Pourquoi la France attire les leaders étrangers du solaire

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Alors que les professionnels français sont pénalisés par un cadre financier et juridique défavorable et un manque de volonté politique pour développer les énergies renouvelables dans l'Hexagone, la plupart des grands fabricants étrangers du solaire y ont récemment ouvert des bureaux, voire des usines. Un intérêt qui tient moins au potentiel du marché français qu'à ses grands groupes et à son énergie décarbonée...

Le leader mondial du photovoltaïque, le chinois Suntech, a posé ses valises à Grenoble en 2010, quelques mois après l?installation de son compatriote Yingli à Lyon.Le japonais Sanyo, détenu par Panasonic, a des bureaux à Munich, au c?ur du premier marché mondial. Mais son directeur général pour l?Europe est français et se rend fréquemment dans l?Hexagone. L?allemand Bosch, pour sa part, vient d?ouvrir une usine de fabrication de panneaux à Vénissieux, en reconvertissant une usine à partir de laquelle il compte desservir les marchés d?Europe du Sud.Pourtant, depuis le moratoire de décembre 2010, suivi d?une baisse des tarifs de rachat et de l?instauration d?appels d?offres pour tout projet supérieur à 100 kilowattheures (kWh), en France, tous les segments de marché (toitures résidentielles et professionnelles, centrales au sol?) tournent au ralenti.

Messages au nouveau gouvernement

Dès lors, comment expliquer un tel intérêt pour un marché que ses propres acteurs disent atone ? D?abord, le changement de gouvernement est un moment propice pour faire passer quelques messages clés à la nouvelle équipe, pour les acteurs nationaux certes, mais aussi pour les étrangers. Comme les françaises, les entreprises étrangères demandent une modification du système d?appel d?offres notamment pour les projets jusqu?à 250 kW (alors qu?il concerne aujourd?hui les installations à partir de 100 kW). Ensuite, chacun plaide évidemment pour sa paroisse.

Pour vanter ses produits haute performance mais coûteux, Panasonic Solar (ex. Sanyo) participe à l?élaboration du label de qualité insoco (installation solaire contrôlée).P articulièrement adaptés à de petites surfaces comme les toits des particuliers, ils complètent idéalement des batteries que le groupe développe par ailleurs. Julien Chirol insiste donc sur les vertus de l?autoconsommation, déjà pratiquée en Allemagne.

Des leaders de l'énergie et du génie civil

Arnaud Catrice, pour Yingli France, rappelle que dans le monde entier la politique du groupe: consiste à fabriquer de façon centralisée dans d?immenses usines en Chine tout en ouvrant des bureaux commerciaux dans chaque marché, pour adapter l?offre au contexte local.

Outre les tarifs de rachat historiquement intéressants même si cette époque semble révolue, la demande pour le solaire en Europe est tirée par les objectifs du paquet énergie climat prévoyant 20 % d?énergies renouvelables dans le mix énergétique des Etats membres en 2020.

Si Europe représente encore la moitié du marché mondial malgré la montée en puissance des Etats-Unis et de la Chine, c?est essentiellement grâce à l?Allemagne. « Yingli, qui a une capacité de production de 1,7 gigawatts (GW), en a déjà installé 4  dans le monde, mais seulement 70 MW en France, rappelle Arnaud Catrice. Mais la France présente un intérêt stratégique, car elle compte des leaders de l?énergie, de la construction et du génie civil. » Des secteurs en effet stratégiques pour monter un projet solaire. Chez EDF comme chez Vinci, pour ne citer que ces deux, c?est à Paris que se prennent les décisions pour le monde entier.

Sans compter des partenariats qui peuvent se nouer pour des projets en France puis se décliner ensuite à l?étranger. Notamment en Afrique francophone où ils jouissent de positions avantageuses, un continent sur lequel les Chinois misent gros, dans le solaire comme ailleurs.

Une énergie décarbonée

Une autre caractéristique française intéresse particulièrement un maillon de la chaîne solaire,  les fabricants de silicium : son énergie très faiblement carbonée. La production de silicium « de qualité solaire » est très énergétivore car elle se fait à très haute température. Or le projet de privilégier les panneaux à faible teneur en carbone est de plus en plus souvent évoqué, histoire de faire barrage aux importations massives en provenance d?Asie.

D?où l?intérêt du norvégien REC (Renewable Energy Corporation). Le groupe, créé en 1994, produit ses premiers lingots de silicium en 1997. Le composant de base (le silicium) est alors disponible en abondance, mais anticipant qu?il va bientôt représenter un goulot d?étranglement, il investit dès 2002 dans une usine de production de silicium aux Etats-Unis.

Devenu depuis leader dans la production de silicium, le groupe s?est aussi intégré verticalement. Essentiellement fabriqué aux Etats-Unis à partir d?énergie hydroélectrique, et à Singapour selon la technologie FBR (fluidized bed reactor) qui permet d?économiser 90 % d?énergie, le silicium de REC présente, selon Jan Jacob Boom Wichers, directeur général de REC Solar France, UK, Benelux et Irlande, l?empreinte carbone la plus basse du marché.

Il pense que la France aurait une carte à jouer en attirant sur son sol des producteurs de silicium qui pourraient vanter cette sobriété en carbone auprès de leurs clients (fabricants de wafers, modules et panneaux). Et en instaurant un « bonus/malus » sur le contenu en CO2 des panneaux. Une idée évoquée par le précédent gouvernement, mais sur laquelle on ignore encore la position de la nouvelle équipe?


 


 

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a écrit le 13/07/2012 à 17:35 :
ça fait plaisir de voir que pour une fois nucléaire et solaire sont présentés de façon complémentaire !
a écrit le 12/07/2012 à 18:27 :
Après avoir encouragé le solaire et autres énergies alternatives, nos gouvernants se sont rendus comptes que les recettes chuteraient lourdement étant dit que des crédits seraient en plus accordés. A ce jour, l'Europe occidentale est au fond du trou et ne peut donc empêcher les émergents dynamiques d'investir comme ils l'entendent. Tout simplement comme avec les taxis de shenzen qui font plus de 300 Kms en tout électrique! Rassurons- nous, nous en bénéficierons dans moins de 2 ans. Adieu au énergies fossiles et au CO2, impôts déguisés!
a écrit le 12/07/2012 à 9:52 :
Le titre de l'article pose une question. L'article n'y répond absolument pas.
a écrit le 11/07/2012 à 21:49 :
Il ne faut pas être naïf: ce seront une fois de plus les collectivités qui seront en pointe de ce lourd combat. Gageons qu'elles sauront s'y montrer au moins aussi efficace que pour les rond-points par exemple...
a écrit le 11/07/2012 à 21:14 :
En 2008, un journaliste proposait à un élu local de Basse-Normandie de créer une plateforme dédiée à l'environnement et aux énergies renouvelables. Il s'agissait d'utiliser des bâtiments existants désaffectés pour mettre en place une plateforme comprenant un espace de démonstration et d'information en limite d'un secteur sauvegardé à Honfleur, visant à démontrer les possibilités offertes par les énergies renouvelables ( solaire, biomasse,éolien...) et un centre de formation destiné aux professionnels du bâtiment. L'idée consistait à attirer des industriels français et étrangers à s'implanter sur ce site. Mais le projet est resté sans lendemain. C'était encore une idée présentée par le directeur de la rédaction de la webradio indépendante AWI. On ne peut qu'espérer qu'un jour....
Qui sait,
Réponse de le 12/07/2012 à 7:36 :
si l'idée est intéressante pourquoi ne pas attirer des financements privé ??? pourquoi l'impôt doit-il toujours et toujours payer ????
a écrit le 11/07/2012 à 21:14 :
... mais quid de la pollution liée à la fabrication et au recyclage des panneaux solaires ?
Réponse de le 12/07/2012 à 7:38 :
mais quid des emplois crée ? des charges énergétiques diminuées ?
Réponse de le 12/07/2012 à 10:22 :
Quelle pollution???
Avant de parler d'idées reçues et de rumeurs, renseignez-vous, un panneau solaire se recycle et la plupart des technologies utilisée ne sont pas polluantes. Seuls quelques segments du marché comme une partie des couches minces utilisent des procédés polluants, mais tout à fait contrôlable, comme cela peut être le cas pour l'informatique, la téléphonie.

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