Total inaugure une usine de panneaux solaires en France

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En pleine crise mondiale du secteur, SunPower, filiale de Total à 66 %, ouvre ce jeudi en Moselle une usine qui produira chaque année 44 mégawatts de panneaux à très haut rendement, destinés au marché européen.

Ouvrir une usine de fabrication de panneaux solaires en France, par les temps qui courent, ça n'est pas anodin. Cela pourrait même passer pour téméraire... C'est pourtant ce que font Total et sa filiale SunPower ce jeudi à De Vernejoul en Moselle. Située sur le même bassin d'emplois que l'usine Total Petrochemicals France de Carling qui a connu une existence mouvementée notamment marquée par des restructurations, et où Total est engagé par une convention de revitalisation du territoire, elle permet au pétrolier de manifester sa bonne volonté dans le soutien de l'économie mosellane, au-delà de ses obligations . La décision d'investissement a été prise en 2010, et les travaux entamés à l'automne 2011.
L'usine, qui emploie 80 personnes,  produira une capacité annuelle de 44 mégawatts (MW). Les panneaux qui en sortiront seront les premiers à haut rendement produits en Europe.

La technologie mise au point par l'américain SunPower, dont Total a pris 60 % du capital il y a un an pour 1,37 milliard de dollars (et qui a affiché 83 millions de dollars de pertes en 2011), est à la fois la plus coûteuse et la plus efficace du monde. Justement, en la situant « à la frontière franco-allemande, au c?ur de l'Europe », cela permet au moins de limiter les coûts logistiques pour servir les clients européens.

Sur le sol français, cette nouvelle usine du groupe Total vient compléter celle de Tenesol (100 MW) à Toulouse. Après le rachat par Total des 50 % de parts encore détenues par EDF en 2011, Tenesol, qui possède également une usine en Afrique du Sud, a été absorbé par SunPower. Aujourd'hui, les technologies sont différentes, mais cela pourrait ne pas durer. Il serait en effet possible de modifier les usines Tenesol à moindre coût pour les adapter à la technologie .

Une technologie  chère mais très efficace

Mais quel avenir pour une technologie chère alors que les prix des produits « standard » poursuivent leur chute, en grande partie responsable de la crise mondiale que traverse aujourd'hui le secteur ? Le coût du panneau représente une part de plus en plus faible du coût total d'un projet. Et pour Arnaud Chaperon, directeur " Electricité & nouvelles énergies" de Total, même le coût du Watt, brandi notamment par les fabricants de panneaux à bas coût, n'est pas le meilleur étalon pour comparer les technologies entre elles.

« Le juge de paix n'est pas le coût du Watt, mais celui du kilowattheure, qui inclut les coûts annexes au panneau, regroupés dans le « balance of system » et le coût du financement. Il est très dépendant de l'ensoleillement et du rendement. Plus le rendement est élevé, plus le LCOE (levelized cost of electricity) est bas.»

En outre, « Après des années heurtées en 2012 et 2013, nous attendons des relais de croissance dès 2014, y compris en Europe, un marché qui devrait principalement se développer sur les toitures et les friches industrielles. » Si cette prévision s'avérait exacte, une usine de panneaux à haut rendement (nécessitant donc des surfaces moindres pour un résultat équivalent) en plein c?ur de l'Europe du solaire serait en effet des plus stratégique.

Simplifier les démarches administratives en France et abaisser leur coût

Pour autant, ces panneaux ne bénéficieraient pas du bonus réservé aux panneaux fabriqués en France tel que l'avait prévu le précédent gouvernement. En effet, les cellules sont fabriquées aux Philippines (où SunPower vient de fermer l'une de ses lignes de production pour mieux traverser la crise) et en Malaisie.

Seuls Photowatt (repris par EDF EN en février) et quelques fabricants allemands répondraient aux critères initialement prévus. Mais le nouveau gouvernement modifiera probablement un texte imaginé par l'équipe précédente.

Et pourrait par ailleurs, comme l'espèrent de nombreux acteurs, prendre d'autres mesures. «En France, on manque un peu d'ambition », déplore Arnaud Chaperon. Administrateur du Syndicat des énergies renouvelables (SER), il rappelle les principales requêtes de la filière solaire : un objectif cible relevé à 20 GW (au lieu de 5,4 GW aujourd'hui) en 2020 et un système d'appel d'offres réservé aux installations de plus de 250 kWh, et non plus 100 Kwh.

« De même, on pourrait améliorer la crédibilité de la filière solaire en travaillant plus en profondeur sur les normes des installations. Finalement, il est assez étonnant de constater qu'alors que l'outil industriel devient de plus en plus compétitif, avec des coûts qui ne cessent de baisser, les coûts qui découlent des démarches administratives et des délais de raccordement pénalisent l'ensemble de la filière. Cela pourrait être un point d'amélioration rapide. »! »

Des visées mondiales

Total ne peut certes pas ignorer le marché français (où il est, avec 400 salariés, le premier employeur français du secteur) mais avec SunPower (dont la capacité de production mondiale est de 1 gigawatt, à comparer aux 44 mégawatts de Vernejoul) ses visées dans le solaire sont mondiales.

Notamment dans les pays producteurs de pétrole où Total est bien implanté. Ensoleillés et riches, ils figurent parmi les principaux marchés de demain.

A l'image de l'Arabie Saoudite, qui vient d'annoncer un plan solaire de 109 milliards de dollars (85,4 milliards d'euros) visant 41 gigawatts (GW) de capacité installée en 2032 (contre 3 mégawatts aujourd'hui). Mais ces marchés seraient desservis par des usines installées sur place, celle de Vernejoul étant réservée au marché européen.
 

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Commentaires
a écrit le 25/05/2012 à 0:44 :
simplifier les demarches administratives : les fonctionnaires nous tueront tous !!! il est là, le problème !
a écrit le 25/05/2012 à 0:04 :
Les ricains l'ont échappée belle. Le solaire US est en train de crever face au pétrole issu de la fracturation hydraulique a plein gaz au Texas... Mais si cela peut nous permettre de récupérer les bonnes technologies, ça mérite de réfléchir.
a écrit le 24/05/2012 à 14:21 :
Avec une mortalite des installateurs de pres de 90%, a qui vont-ils vendre leurs panneaux ?
a écrit le 24/05/2012 à 9:41 :
Sacré eux ils ne payent pas d?impôts sur les bénéfices, alors pour investir pas de problème, quand on tyrannise les PME/PMI à coût de taxes divers et variées et de contrôle fiscal à tout va, et pas de financement de la part des banques avec pour résultats des dépôts de bilans en cascades avec des millions de chômeurs à la clé et en leur faisant croire que se sont des loosers, la corruption par l'argent prend toute sa valeur, un véritable scandale pour être polie.
Réponse de le 24/05/2012 à 10:33 :
Un article en Suisse montrait comment les reductions fiscales offertes aux entreprises internationnales mettaient a mal les PME locales (concurence deloyale due a la difference d'imposistion). Le bilan etait negatif pour tout le monde.

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