OPINION. « Changement climatique : s'adapter est aussi nécessaire que réduire nos émissions »
Stéphanie Heng et Alban de la Soudière

Photo d'illustration
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Stéphanie Heng et Alban de la Soudière

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Le changement climatique n'est ni l'unique ni le plus urgent des problèmes planétaires auquel l'humanité doit faire face. La pandémie l'a amplement démontré et il n'y a aucune tentative de négationnisme à le rappeler. Ce changement, causé par l'homme et ses émissions de gaz à effet de serre depuis le début de l'ère industrielle, est cependant un des grands défis des décennies à venir. La réduction de nos émissions est évidemment nécessaire, et donc à terme l'arrêt de l'usage des fossiles carbonés comme sources d'énergie, mais l'adaptation est également indispensable pour diverses raisons. Il est essentiel de ne pas la négliger, d'autant plus qu'elle est directement profitable à coup sûr au pays qui l'entreprend, car elle a des effets surtout locaux et à court terme, contrairement à la réduction des émissions qui n'a que des effets globaux et plutôt sur le long terme.
L'adaptation au changement climatique en complément de la réduction des émissions est pleinement soutenue par les rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). La raison principale tient dans un mot scientifique plutôt barbare pour les non spécialistes : hystérésis ! Cela signifie simplement que le changement climatique continuera pendant de longues années même après l'arrêt des émissions, parce que les gaz à effet de serre d'origine humaine (principalement dioxyde de carbone CO2 et méthane CH4) ont une durée de vie longue dans l'atmosphère. Compte tenu de nos émissions récentes et de celles futures que ne pourront éviter les pays en développement pour combler leur écart avec nous (ce qu'il serait inutile sinon immoral de blâmer), une partie significative du changement climatique devient inévitable sinon irréversible.
L'adaptation apparaît ainsi comme une réelle nécessité pour gérer les impacts inévitables et protéger les populations vulnérables. Selon le GIEC, même en limitant le réchauffement à 1,5 °C ou 2 °C ce qui devient de moins en moins probable, des évènements climatiques extrêmes comme vagues de chaleur, sécheresses ou encore inondations deviendront plus fréquents et plus sévères. Les stratégies d'adaptation doivent être flexibles et basées sur les dernières connaissances scientifiques. Beaucoup de mesures peuvent avoir des effets quasi-immédiats et locaux, renforçant la résilience des communautés : il s'agit, entre autres, de l'amélioration des infrastructures, de la gestion durable des ressources en eau ou encore de la protection des écosystèmes. Des catastrophes comme les inondations à Valence (Espagne) ou les incendies au voisinage de Los Angeles (Californie) auraient eu des conséquences bien moins graves si plus de mesures préventives d'adaptation avaient été mises en œuvre. Les zélotes de la lutte climatique qui voudraient privilégier la réduction des émissions sur l'adaptation sous prétexte que la seconde nous fait « gaspiller » des ressources au détriment de la première doivent reprendre leurs esprits : nous avons absolument besoin des deux.
Le GIEC recommande une approche intégrée en insistant sur la complémentarité entre atténuation et adaptation. Si l'adaptation constitue une réponse pragmatique aux impacts déjà observables du changement climatique, l'atténuation par réduction des émissions vise à limiter l'ampleur du changement climatique à terme. Mettre en œuvre les deux stratégies simultanément permet de réduire les risques tout en protégeant les populations et les écosystèmes.
De plus, investir dans l'adaptation présente des avantages financiers non négligeables : chaque dollar investi dans l'adaptation peut générer des bénéfices multiples en réduisant les pertes économiques liées aux catastrophes climatiques, tout en bénéficiant d'abord à l'économie locale.
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Cerise sur le gâteau, l'adaptation contribue par ailleurs souvent à la réalisation d'autres objectifs de développement humain, comme la réduction de la pauvreté, l'amélioration de la santé ou la sécurité alimentaire. N'oublions jamais que le développement « durable », y compris la défense de l'environnement et du climat, n'est qu'un moyen au service du développement « humain ». Il ne s'agit pas de « sauver la planète », qui s'en sortira avec ou sans nous, mais de maintenir sur cette planète des conditions qui permettent à l'ensemble de l'humanité d'y vivre convenablement dans la durée.
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Les auteurs s'expriment à titre personnel.
Stéphanie Heng et Alban de la Soudière