OPINION. « De la taxe Zucman aux licornes, la France doit choisir la croissance plutôt que la défense »
Xavier Dalloz

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Le levier le plus direct et le plus puissant ? Multiplier les licornes françaises. Aujourd'hui, notre pays n'en compte qu'une vingtaine. Il en faudrait 500 pour changer d'échelle.
Plutôt que de descendre dans la rue, le MEDEF devrait porter une ambition forte : faire émerger massivement des licornes françaises. Les start-up contribuent déjà pour 2 à 3 % du PIB, avec 11,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024. Mais les licornes, véritables locomotives économiques, peuvent décupler cet impact.
Avec 500 licornes, la contribution directe atteindrait 200 à 300 milliards d'euros par an, soit 6 à 9 % du PIB, grâce à l'innovation, aux exportations, aux emplois créés et aux taxes générées. Voilà la voie pour transformer notre économie : passer d'une logique défensive de taxation à une stratégie offensive de croissance.
Et pour incarner cette ambition, souvenons-nous d'un symbole français : le Vélo Solex. Une innovation simple, mais qui a marqué son époque en changeant la mobilité populaire. Aujourd'hui, l'enjeu est de retrouver ce souffle d'innovation — mais à l'échelle mondiale.
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(*) Xavier Dalloz dirige depuis plus de trente ans le cabinet Xavier Dalloz Consulting (XDC), spécialisé dans le conseil stratégique sur l'intégration des technologies émergentes afin d'offrir aux entreprises un véritable avantage concurrentiel. Il est également directeur de la communication de la CMAI, la plus grande association professionnelle du numérique en Inde, qui regroupe plus de 48 500 membres.
Engagé de longue date dans la promotion internationale de l'innovation, il a co-organisé le World Electronics Forum (WEF) à Angers (2017), Grenoble (2022) et Rabat (2024). À la demande de la CTA, il a aussi présenté et animé le WEF lors du CES 2023 à Las Vegas.
L'histoire du Vélo Solex nous rappelle qu'une innovation simple, née dans un contexte de crise, peut changer durablement un pays. À partir d'un carburateur et d'une idée pragmatique, Solex a démocratisé la mobilité et marqué l'imaginaire collectif.
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Aujourd'hui, la France doit puiser dans cet héritage pour relever un défi majeur : créer 500 licornes, ces entreprises innovantes capables de rayonner à l'international et de structurer notre avenir économique.
1. Partir d'un savoir-faire pour répondre à un besoin massif
Comme Solex, né d'une expertise discrète — le carburateur —, les futures licornes doivent émerger de nos pépites technologiques : laboratoires de recherche, PME industrielles, pôles universitaires. La clé : identifier ces savoir-faire souvent invisibles et les transformer en solutions répondant à des besoins massifs — transition énergétique, intelligence artificielle, santé numérique, mobilité durable. Une licorne naît toujours à l'intersection d'une compétence technique unique et d'un problème universel.
2. Transformer la contrainte en moteur d'innovation
Le Solex est né dans une France en reconstruction, où la rareté imposait l'inventivité. Aujourd'hui, les crises climatiques, énergétiques et géopolitiques jouent ce même rôle d'accélérateur. L'adversité forge les grandes innovations. Les licornes françaises doivent être conçues comme des réponses pragmatiques aux défis du XXIe siècle.
3. Miser sur la simplicité et l'accessibilité
Le succès du Solex reposait sur sa simplicité d'usage, son prix abordable et sa faible consommation. Ces qualités doivent guider nos licornes : être immédiatement compréhensibles, financièrement accessibles et rapidement scalables. Le succès ne réside pas dans la complexité technique, mais dans la capacité à transformer une technologie complexe en solution simple, intuitive et universelle.
4. Penser mondial dès le départ
Le Solex n'a pas seulement conquis la France : il s'est exporté massivement en Europe, aux États-Unis et jusqu'en Asie. De la même façon, les licornes françaises ne doivent pas se limiter à l'Hexagone. Le marché intérieur peut servir de tremplin, mais l'ambition doit être mondiale dès l'origine, avec des produits adaptés aux standards globaux.
5. Construire un écosystème favorable
Pour faire émerger 500 licornes, il faut un environnement propice :
Le financement doit être massif et patient : fonds souverain dédié, partenariats public-privé, mobilisation de l'épargne nationale. Et l'État doit jouer un rôle clé : devenir le premier client des start-up innovantes en réservant une part des marchés publics.
6. Former et attirer les talents
Sans carburateur, pas de Solex. Sans talents, pas de licornes.
La France doit investir massivement :
Les licornes naissent d'équipes pluridisciplinaires capables de transformer des idées en produits, puis en industries.
7. Créer un imaginaire collectif
Le Solex fut plus qu'un objet : un symbole de liberté et de modernité. De la même manière, les licornes doivent incarner un imaginaire collectif. Elles doivent être visibles, célébrées, considérées comme des héros nationaux de l'innovation. Cette dimension culturelle est essentielle pour inspirer la jeunesse, attirer les talents et mobiliser la diaspora française.
Créer 500 licornes en France, c'est répéter le pari du Solex : partir d'un savoir-faire technique, répondre à un besoin universel et conquérir le monde. Mais là où le Solex a donné la mobilité physique, ces licornes offriront une mobilité économique, technologique et culturelle. Elles donneront à la France les moyens de se réinventer et de s'imposer comme l'un des moteurs de l'innovation mondiale au XXIe siècle, dans la continuité de son histoire, de la Montgolfière à l'impression textile.
Xavier Dalloz
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