OPINION. « Écouter pour mieux agir : les conseils d'administration face à l'impératif de la concertation »
Muriel Moreau

Photo d'illustration
DR
Muriel Moreau

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Ce n'est un secret pour personne : les grandes entreprises ont aujourd'hui moins les coudées franches que par le passé. À la suite de la pandémie de COVID-19 et à mesure que la crise environnementale s'aggrave, les attentes envers les organisations se renforcent. En conséquence, leur action est scrutée avec une attention redoublée par les pouvoirs publics, les consommateurs, les investisseurs, mais aussi par les salariés. En témoignent les injonctions à la transparence qui se multiplient, tant de la part du régulateur que de l'opinion publique. Mauvaise nouvelle ? Loin de là. Ce phénomène place les entreprises et leurs dirigeants face à leurs responsabilités et les encourage à s'ouvrir aux tendances de la société et de l'économie, souvent pour le meilleur.
Dans ce contexte, les conseils d'administration jouent un rôle de premier plan. Ils adoptent une posture d'écoute plus active vis-à-vis des parties prenantes, leur permettant de mieux capter les signaux faibles et d'orienter plus finement la stratégie de l'organisation. Cela se traduit par des échanges plus fréquents avec des responsables institutionnels, politiques et économiques, ou par des études internes auprès des équipes et externes auprès des clients, offrant un aperçu clair de leurs attentes et de la demande. Un atout stratégique crucial face à une conjoncture macroéconomique changeante, à des disruptions technologiques à répétition dans tous les secteurs et à une concurrence accrue nécessitant d'anticiper finement les transformations du marché.
Conséquence directe de ce changement de posture des administrateurs, l'agenda des conseils s'est significativement élargi au cours des dernières années. Initialement centré quasi exclusivement sur la supervision de la stratégie, la performance financière, la gestion des risques, l'évaluation et la rémunération de l'équipe dirigeante ainsi que les plans de succession, il inclut désormais des enjeux tels que le développement durable, la transformation numérique, le déploiement de l'intelligence artificielle ou encore l'adaptation au contexte géopolitique, qui font l'objet de comités dédiés. À ce titre, les conseils d'administration bénéficient d'une vision beaucoup plus large qu'auparavant, leur permettant d'être un appui encore plus solide pour le comité exécutif, dont la tâche se complexifie face aux crises qui se succèdent. Par ailleurs, les nouveaux sujets abordés amènent les membres du conseil d'administration à se former sur de nouvelles problématiques, davantage connectées aux réalités du terrain.
Parallèlement, cet intérêt renouvelé des administrateurs pour les attentes des parties prenantes favorise également la confiance dans l'entreprise et améliore sa réputation auprès des consommateurs comme des investisseurs sensibles aux critères ESG. Cette attractivité renforcée permet aux organisations de solidifier leur place au sein de leur écosystème et de consolider leur compétitivité sur des marchés de plus en plus sensibles à la posture des organisations et à l'adéquation produit-demande.
Si les administrateurs des grandes entreprises cotées sont contraints à la transparence et au dialogue par la pression des marchés financiers et du régulateur, les entreprises non cotées, influencées notamment par les fonds de private equity, tendent également à s'inscrire dans cette démarche pour aligner leurs pratiques avec les nouvelles exigences sociétales et économiques, mais aussi pour accroître la performance de leurs participations.
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En effet, les fonds de private equity, en tant qu'actionnaires principaux, exercent souvent une influence sur les administrateurs pour maximiser la rentabilité à moyen terme, ce qui peut affecter, voire compromettre, la relation de l'entreprise sous LBO avec ses diverses parties prenantes. Cependant, face à une demande croissante pour une nouvelle approche, plus concertée, de la création de valeur, de nombreux fonds encouragent aujourd'hui les conseils d'administration des entreprises de leur portefeuille à intégrer cette nouvelle posture, qui pourrait non seulement renforcer la performance opérationnelle grâce à une meilleure vision des opportunités, mais aussi accroître le rendement final à la sortie.
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(*) Muriel Moreau est associée-gérante du bureau de Paris d'Heidrick & Struggles. Depuis plus de 20 ans, elle accompagne les acteurs du private equity et leurs participations pour leurs recrutements de dirigeants (associés, directions générales, membres de comités exécutifs, administrateurs, etc.). Parallèlement, elle intervient auprès d'acteurs de l'investissement (asset managers, banques d'affaires, etc.) sur des missions d'executive search et d'évaluation.
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