OPINION. « Investir dans la défense : un enjeu économique, technologique et stratégique »
Stéphane Klecha

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L'Europe fait face à une mutation de son environnement géopolitique. La guerre en Ukraine, les tensions commerciales avec les États-Unis et la fragmentation du secteur de la défense rendent indispensable un investissement massif et stratégique dans l'industrie militaire. Pourtant, le financement privé demeure sous-exploité, freiné par des contraintes réglementaires et des préjugés ESG qui opposent à tort défense et développement durable.
Historiquement, la défense a été un puissant moteur d'innovation. Internet, le GPS ou les semi-conducteurs ont tous émergé de programmes militaires avant de révolutionner l'économie civile. Aujourd'hui encore, les avancées en cybersécurité et intelligence artificielle bénéficient largement aux secteurs civils. Airbus, Ariane Group, SAFRAN et même Dassault Aviation (aviation d'affaires) et Dassault Systèmes illustrent depuis de nombreuses années cette dynamique, prouvant que l'investissement dans la défense peut stimuler l'ensemble du tissu industriel. Selon la Commission européenne, chaque euro investi dans la défense génère entre 0,6 et 1,2 euro de PIB supplémentaire. Plus encore, le développement d'outils stratégiques renforce la souveraineté technologique européenne et limite les dépendances extérieures.
Malgré ces éléments, l'Europe continue à prendre du retard. En 2023, 60 % des achats d'armement européens provenaient des États-Unis, soulignant la dépendance du continent et l'insuffisance des investissements locaux. La fragmentation des stratégies d'acquisition et de production industrielle est un frein supplémentaire : L'Europe dispose de 17 modèles de chars, 29 types de frégates et 20 modèles d'avions de chasse, contre un nombre bien plus réduit aux États-Unis, limitant ainsi les économies d'échelle. Cette fragmentation contraste avec les success-stories des années 70-80 en matière de coopération européenne : Concorde (Franco-UK), Jaguar (Franco-UK), Transall (Franco-Allemand) ou encore les frégates Franco-Italiennes. Cependant ces succès semblent aujourd'hui difficiles à reproduire. Des projets plus récents comme l'A400M, le SCAF ou le char franco-allemand rencontrent des difficultés en raison de concurrences politiques et industrielles, marquées par des désaccords sur la répartition des tâches, des spécifications techniques et le contrôle des technologies clés. Ces blocages ralentissent l'émergence d'une industrie de défense intégrée et renforcent la dépendance aux fournisseurs étrangers. Cette dépendance s'observe aussi dans d'autres secteurs stratégiques. Début mars 2025, la Société Générale a annoncé nouer un partenariat avec Palantir Technologies Inc. pour déployer la solution Palantir Foundry dans ses banques de détail afin de lutter contre la criminalité financière. Un choix surprenant à l'heure où l'Europe cherche à renforcer sa souveraineté et à s'affranchir de la tutelle économique américaine.
La Commission européenne estime à 800 milliards d'euros les besoins de financement d'ici 2030 pour répondre aux défis stratégiques actuels. Les budgets publics seuls ne suffiront pas à combler cet écart. Mobiliser l'épargne privée devient essentiel pour garantir un effort soutenu et efficace.
Or, les investisseurs privés restent réticents, en partie, en raison d'un manque de clarté réglementaire et d'une perception erronée du secteur. Il est donc primordial de structurer un cadre financier incitatif et de lever les blocages qui pèsent sur le financement de la défense. Plusieurs pistes doivent être explorées.
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Quatre leviers pour attirer le capital privé :
L'Europe ne peut se permettre de rester spectatrice. La compétitivité de l'industrie européenne de la défense passe par une mobilisation accrue des capitaux privés. Investir dans ce secteur, ce n'est pas seulement préparer l'avenir stratégique du continent, c'est aussi stimuler l'innovation, garantir la souveraineté et renforcer la résilience économique et technologique de l'Union européenne. Il est urgent de créer des mécanismes incitatifs et de réconcilier les enjeux de sécurité et de durabilité pour permettre à l'Europe de jouer pleinement son rôle sur la scène internationale.
Stéphane Klecha
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