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OPINION. « Israël-Gaza : remettre au centre les médiateurs qataris et égyptiens »

Sébastien Boussois

Publié le 28 août 2025 à 05:57

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OPINION. Depuis plusieurs semaines, la diplomatie autour de Gaza s’enlise, prise dans un bras de fer sans issue entre Israël et le Hamas. Alors que Doha et Le Caire avaient arraché l’accord du mouvement islamiste à une trêve progressive, Tel-Aviv a rejeté toute séquence par étapes, exigeant la libération immédiate des otages. Sous la pression de sa coalition ultranationaliste, Benjamin Netanyahou refuse toute concession et multiplie les signaux de défiance. Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)

Depuis plusieurs semaines, la diplomatie piétine autour de Gaza. Alors même que le Hamas avait accepté la proposition de cessez-le-feu portée par le Qatar et l'Égypte, Israël n'a jamais donné suite.

Pour Benjamin Netanyahou et sa coalition, il n'est pas question de négocier par étapes : Tel-Aviv exige la libération immédiate de tous les otages encore vivants — moins d'une vingtaine selon Donald Trump — et refuse la séquence en deux phases proposée par le Hamas, qui cherche avant tout à gagner du temps pour assurer sa survie. Le blocage est total, malgré l'activisme des médiateurs régionaux qui tentent depuis deux ans de garder le fil du dialogue.

Un blocage malgré l'activisme de Doha et du Caire

L'Égypte et le Qatar n'ont cessé de multiplier les efforts depuis l'automne 2023 pour tenter d'éteindre l'incendie. Leur feuille de route prévoyait une trêve temporaire, la libération progressive des otages, l'entrée de convois humanitaires et un retrait israélien limité. Le Hamas avait donné son accord, mais Israël a immédiatement rejeté ce scénario, craignant qu'il n'offre à l'organisation islamiste un répit politique et militaire. Pour Tel-Aviv, céder au fractionnement du processus reviendrait à récompenser un mouvement qualifié de terroriste et à fragiliser encore davantage un gouvernement israélien déjà fracturé.

La coalition Netanyahou, sous pression de ses alliés ultranationalistes, ne veut donner l'image d'aucune concession. À cela s'ajoute une méfiance profonde vis-à-vis du Qatar, jugé trop proche du Hamas alors que Doha n'a cessé d'être sollicité par Israël et les États-Unis pour parler à ceux que personne ne peut atteindre. On en oublie presque le rôle ambigu de Netanyahou lui-même : c'est sous ses gouvernements successifs qu'Israël a longtemps toléré, voire encouragé le Hamas pour affaiblir l'Autorité palestinienne et bloquer toute perspective d'État palestinien unifié. Quant à l'Égypte, pourtant garante historique des équilibres régionaux depuis la paix de Camp David en 1977, son autorité est contestée et son influence réelle  limitée sur le Hamas.

Une multiplication d'intervenants qui complique tout

À cette impasse s'ajoute la prolifération d'intermédiaires qui brouille le jeu. L'Iran, longtemps parrain du Hamas, a encouragé sa ligne de confrontation avant d'être lui-même affaibli par les frappes israéliennes au printemps. Les États-Unis oscillent entre leur soutien militaire indéfectible à Israël et la volonté de ne pas laisser la région sombrer dans le chaos. Trump affirme vouloir clore le dossier, mais ses gages donnés à Netanyahou entretiennent la paralysie.

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L'Europe, elle, a brouillé son message en reconnaissant progressivement l'État palestinien (Espagne, Irlande, Norvège, bientôt la France). Un geste politique fort mais perçu à Tel-Aviv comme une prime donnée au terrorisme. Paris multiplie les initiatives diplomatiques, mais son alignement sur cette ligne européenne affaiblit sa crédibilité aux yeux des Israéliens. Résultat : les positions se neutralisent, les calendriers se chevauchent, et les négociations s'enlisent. Chaque nouvel acteur ajouté au théâtre diplomatique dilue le poids des deux seuls médiateurs capables de parler simultanément à toutes les parties : le Qatar et l'Égypte.

Redonner la main aux seuls médiateurs crédibles

Une évidence s'impose : il faut recentrer la médiation sur les seuls acteurs capables d'obtenir des résultats. Depuis près de deux ans, Doha a été le seul à arracher des pauses humanitaires, un cessez-le-feu fin 2023, et la libération d'otages israéliens. Ni les bombardements ni les opérations militaires n'ont permis de sauver un seul captif. La seule méthode efficace a été celle des négociations discrètes, menées par Doha avec l'appui américain. L'Égypte reste indispensable : sa frontière avec Gaza, son rôle d'État pivot et son expérience de médiateur régional lui confèrent une légitimité unique.

Mais c'est bien le Qatar qui, de Kaboul à Beyrouth, a bâti une expertise rare en médiation et apparaît aujourd'hui comme le dernier canal crédible entre Israël et le Hamas. Il ne s'agit plus de multiplier les conférences de façade ni de jouer les équilibristes diplomatiques : il s'agit de donner aux médiateurs la capacité d'agir réellement. Tant qu'Israël campe sur son exigence irréaliste de libération simultanée de tous les otages, aucune issue n'est possible. Mais tant que le Hamas survit, l'hypothèse d'un compromis reste sur la table. Doha et Le Caire demeurent les seules clés pour espérer sauver des vies et éviter que Gaza ne sombre encore plus profondément dans une tragédie sans fin.

_______

(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (équipe Sécurité Défense), à l'Institut d'études de géopolitique appliquée (IÉGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire géostratégique de Genève (Suisse).

Sébastien Boussois

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