OPINION. « Plaidoyer pour une politique aérienne ambitieuse »
Amir Reza-Tofighi et Thomas Juin

Photo d'illustration
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Amir Reza-Tofighi et Thomas Juin

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Le transport aérien en France traverse une crise préoccupante, marqué par un recul significatif de l'offre et des répercussions nocives sur l'économie des territoires. Entre une fiscalité alourdie et des choix politiques orientés vers la décroissance du secteur, la connectivité des régions se dégrade, menaçant leur vitalité économique et sociale. Cette tribune appelle à une révision urgente des politiques actuelles, afin de préserver l'équilibre territorial et de renforcer l'attractivité économique et touristique de la France.
Depuis la crise sanitaire, l'offre aérienne dans notre pays se dégrade, conséquence directe du retrait progressif d'Air France des aéroports régionaux et du redéploiement insuffisant par les compagnies low-cost de nouvelles liaisons. La mobilité aérienne constitue pourtant un enjeu crucial pour les entreprises et le développement des territoires. L'avion, dans bien des cas, reste irremplaçable pour les trajets internationaux et interrégionaux.
Alors que la France, terre d'aéronautique et fleuron touristique, peine à retrouver son niveau de trafic de 2019 (-4 % par rapport à 2019), d'autres pays européens affichent des progressions spectaculaires : +17 % pour l'Italie et le Portugal et +13 % pour l'Espagne. Dans un contexte international instable, l'offre de sièges en France enregistrera cet été une diminution par rapport à 2024, reléguant le pays au sixième rang européen, désormais dépassé par l'Italie et la Turquie. Le marché domestique connaît, quant à lui, un effondrement de 20 %. Ce décrochage est inédit et préoccupant au vu de l'importance stratégique de l'aviation pour le pays.
Derrière ces chiffres se cache une réalité inquiétante : des territoires entiers voient leur accessibilité altérée par la dégradation de l'offre aérienne. Le matraquage fiscal pousse les compagnies à privilégier les liaisons hors de France. Il limite également l'usage de l'aviation d'affaires, pourtant essentielle à la mobilité rapide des entreprises, à la fixation de sièges de grandes entreprises ou de PME en région et à l'attractivité économique des territoires. L'aviation d'affaires joue un rôle complémentaire aux autres modes de transport : 75 % des vols à la demande relient des villes sans liaison ferroviaire rapide (de moins de 3h30) et sans alternative aérienne régulière.
Malgré une demande forte des entreprises et des citoyens, la France s'enferme et s'isole dans une idéologie de décroissance du transport aérien. Elle est le seul pays en Europe à avoir interdit certains vols intérieurs sans étude préalable d'impact, à limiter l'extension des infrastructures aéroportuaires et à alourdir de manière disproportionnée la fiscalité sur l'aviation. Réduire la connectivité aérienne en région contribue pourtant à la concentration des activités économiques dans les grands centres urbains. Ce choix politique menace directement l'aménagement du territoire, renforce les inégalités entre les régions et ne fait qu'accentuer le sentiment de déclassement de nombreux territoires.
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La surtaxation du transport aérien réduit également à long terme les recettes du pays. Dans le contexte budgétaire actuel, l'aviation devrait plutôt être utilisée pour accroître la contribution des touristes étrangers à l'économie. Bien que la France soit la première destination touristique mondiale, elle est loin dans le classement des dépenses touristiques. En 2023, le transport aérien a généré 23 milliards d'euros de recettes touristiques, soit 37 % des revenus du tourisme international en France. Une meilleure stratégie touristique pourrait rapporter des milliards supplémentaires. L'aviation, qui participe déjà au budget de l'Etat à hauteur de plus de 3 milliards d'euros, ne devrait donc pas être perçue comme un simple moyen fiscal destiné à combler les déficits budgétaires, mais bien comme un levier stratégique indispensable au développement touristique et à la réduction de la balance des paiements.
Face à ces enjeux, il est impératif que les pouvoirs publics élaborent et mettent en œuvre rapidement une stratégie nationale ambitieuse pour le tourisme, intégrant pleinement le transport aérien comme un moteur essentiel de croissance. Une telle stratégie devrait réduire la fiscalité excessive afin de garantir au secteur les ressources nécessaires pour accélérer sa transition écologique. Taxer l'aviation ne signifie pas la décarboner ! Il est, au contraire, essentiel de préserver les capacités financières du secteur pour soutenir l'innovation dans les technologies aéronautiques, faciliter le renouvellement des flottes et promouvoir l'usage des carburants aéronautiques durables.
En revalorisant le rôle stratégique du transport aérien, la France pourrait non seulement générer des recettes durables sur le long terme, mais aussi répondre aux aspirations des territoires, en préservant leur compétitivité, leur accessibilité et en favorisant leur développement économique et touristique. Il est urgent de reconnaître l'aviation pour ce qu'elle représente véritablement : un vecteur de progrès et de transformation positive pour l'avenir du pays.
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(*) Thomas Juin est actuellement Directeur Général des Aéroports de La Rochelle-Ile de Ré et Rochefort-Charente-Maritime. À 57 ans, il est engagé depuis plus de 20 ans au service de la communauté aéroportuaire après avoir débuté sa carrière comme consultant aéronautique.Membre du Conseil d'Administration de l'Alfa Aci association regroupant les aéroports francophones, il est élu président en 2011.Membre du Conseil d'Administration de l'Union des Aéroports Français (UAF) il est élu Président en 2017 succédant à Jean-Michel Vernhes Président du Directoire de l'Aéroport de Toulouse.Il engage alors un processus de consultation auprès des aéroports français et Francophones visant à la fusion des deux organisations avec comme objectifs de gagner en efficacité et renforcer la voix des aéroports. L'Union des Aéroports Français & Francophones Associés (UAF & FA) est ainsi créée en 2018 et le désigne Président. Il exerce toujours cette fonction ayant été réélu en novembre 2021 pour un mandat de 3 ans.Il est promu en 2014 dans l'Ordre National du Mérite la Médaille de l'Aéronautique lui est attribuée en 2021.
Entrepreneur dans le secteur des services à la personne et créateur de plusieurs entreprises dans la tech, Amir Reza-Tofighi est le plus jeune dirigeant à être porté à la présidence de la CPME. Fils de réfugiés politiques iraniens, il est né en France en 1984 et a grandi à Grigny. Diplômé de Centrale Supélec et de HEC, il a co-fondé à l'âge de 21 ans Vitalliance, entreprise d'aide à domicile pour les personnes dépendantes, dont il a pris la direction, seul, en 2014. L'entreprise est devenue un acteur majeur du secteur. Il a également co-fondé Heetch, plateforme de transport nocturne, et Click and Boat, site de location de bateaux entre particuliers, deux entreprises aujourd'hui présentes à l'international. En parallèle, il s'est engagé dans la défense de l'entrepreneuriat. Il a présidé la Fédération française des services à la personne et de proximité (Fédésap) de 2016 à 2022. Après avoir piloté plusieurs mandats pour le compte de la CPME (Unédic) il a été nommé président de la commission Innovation, mandat au cours duquel il a piloté un programme de déploiement de l'IA dans les TPE-PME. Il siège, par ailleurs, au comité exécutif de la CPME depuis 2019.
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