OPINION. « Téléconsultation au service de tous : il est grand temps d'adapter les règles ! »
Dr Dominique Souvestre

Photo d'illustration
DR
Dr Dominique Souvestre

Photo d'illustration
DR
29 000 communes sur 35 000 en zone sous-dotée. 6 millions de Français sans médecin traitant. Alors que s'ouvrent les Assises de la télémédecine le 27 juin prochain, une évidence s'impose : jamais les besoins de santé n'ont été aussi criants, et paradoxalement, jamais les solutions disponibles n'ont été autant sous-employées.
Parmi elles, la téléconsultation, qui fait désormais partie du paysage médical. Encadrée, reconnue par la loi, plébiscitée par les patients, elle a démontré son utilité pour répondre à l'urgence. Pourtant, les médecins qui l'exercent — en salariat sur des plateformes agréées par le ministère de la Santé — se heurtent encore à des règles rigides... et obsolètes.
Nous tirons aujourd'hui la sonnette d'alarme. En tant que médecins téléconsultants, nous ne réclamons pas la dérégulation.. Mais l'adaptation. Nous ne cherchons pas à contourner la médecine de proximité. Mais à la prolonger, la compléter, et la rendre possible là où elle fait aujourd'hui défaut.
Et nous proposons pour cela trois évolutions concrètes et nécessaires.
Reconnaître pleinement les sociétés agréées comme des acteurs du système de santé : elles salarient des milliers de médecins, assurent plusieurs millions de consultations chaque année, et respectent un cahier des charges strict. Et pourtant, elles n'ont toujours aucun cadre conventionnel spécifique avec l'Assurance maladie. C'est un angle mort du système. Un accord national permettrait de clarifier leurs missions, de sécuriser les pratiques, et de valoriser leur rôle dans l'accès aux soins.
Cette limite, conçue sans fondement épidémiologique, freine l'exercice des médecins dans les zones sous-dotées. Elle empêche des médecins disponibles d'exercer pleinement, et prive les patients de consultations pourtant accessibles. Lever ce seuil, dans des cas précis (déserts médicaux, patients fragiles, téléconsultations assistées), serait une mesure simple, évaluable, sans surcoût pour la Sécurité sociale... et même génératrice d'économies (jusqu'à 113 millions par an selon la Cour des comptes).
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Les plateformes agréées assurent une prise en charge immédiate, y compris sans rendez-vous, et s'appuient sur des relais physiques (bornes, cabines en pharmacies). Pourquoi ne sont-elles pas intégrées au Service d'Accès aux Soins (SAS) ou d'office intégrées aux CPTS (Communautés Professionnelles Territoriales de Santé) ? Les faits parlent d'eux-mêmes : les plateformes de téléconsultation prennent en charge trois fois plus de patients sans médecin traitant que les généralistes libéraux (20 % contre 7 %), et touchent prioritairement les populations fragiles bénéficiant de la Complémentaire santé solidaire. Cela en fait un levier direct pour lutter contre les inégalités d'accès aux soins.
Les Assises de la télémédecine doivent être le moment de ce tournant. Nous, médecins qui consultent à distance, ne le faisons pas par facilité, mais par conviction. Nous ne voulons pas d'un exercice solitaire et déconnecté, mais d'une pratique rigoureuse, intégrée, et au
service des patients. Il est temps de sortir des postures qui freinent un exercice pourtant plébiscité par les patients fragiles, et soutenu par des médecins qui souhaitent faire évoluer leur pratique pour mieux répondre aux besoins d'aujourd'hui.
La télémédecine est un outil de santé publique. Donnons-lui enfin les moyens d'agir.
_______
(*) Dr Dominique Souvestre est un médecin généraliste retraité actif. Il a rejoint une plateforme de téléconsultation en avril 2021, à la suite de la fermeture de son cabinet à Noisy-le-Grand. Très engagé dans la permanence des soins, il a assuré de nombreuses gardes dans les années 80 et 90, puis exercé comme coordonnateur PDSA dans le sud du 93, de 2007 à 2016. C'est tout naturellement qu'il s'est tourné vers la téléconsultation dès le début de la crise du Covid, en mars 2020.
Récemment, il a cofondé la Fédération des Médecins Téléconsultants (FMT) avec plusieurs confrères, pour mieux représenter et défendre l'activité des médecins téléconsultants en France
Dr Dominique Souvestre