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OPINION. « Visite de Donald Trump dans le Golfe : entre politique et business »

Sébastien Boussois

Publié le 08 mai 2025 à 06:49

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OPINION. Le 47e Président des États-Unis, Donald Trump, s'apprête à reprendre son ballet diplomatique au Moyen-Orient du 13 au 16 mai, avec un voyage crucial dans les pays du Golfe. Alors que la situation en Ukraine et à Gaza est toujours tendue, Trump cherche à réaffirmer son influence sur la scène internationale en renforçant ses alliances économiques et stratégiques dans la région. Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques (*)

Alors que plusieurs médiations de guerre sont toujours en cours, le 47e Président des États-Unis va bientôt reprendre son ballet diplomatique et tenter de faire oublier l'enlisement en Ukraine comme à Gaza des négociations. Une actualité chasse l'autre avec Trump et il a besoin de reprendre la main avec des partenaires de choix qui tirent sa politique vers le haut.

Après son voyage à Rome pour se rendre aux obsèques du Pape François, c'est bientôt le Golfe qui verra arriver le 47e Président des États-Unis sur son sol du 13 au 16 mai prochain. Les pays du Conseil de Coopération des Pays du Golfe sont des partenaires stables, fiables et durables de Washington depuis des décennies, malgré des agendas parfois divergents. Face à la menace iranienne, ils sont globalement tous tournés vers une politique de « containment » et renforcent le front anti-chiite depuis des années. L'Arabie Saoudite est l'allié numéro un des États-Unis dans la région depuis 1945 et la signature du Pacte du Quincy, alors que le Qatar, médiateur de la guerre entre Israël et le Hamas, accueille la plus grande base américaine au monde. Oman joue traditionnellement le rôle de médiateur régional qui ne se fâche avec personne, pendant que les Émirats arabes unis jouent souvent un jeu trouble avec les ennemis de Washington, Bachar Al Assad en tête par exemple jusqu'à sa chute l'année dernière.
D'un point de vue politique, Trump se rend au Moyen-Orient pour tenter d'accélérer le règlement de la question iranienne. À la surprise même du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou en visite à Washington début avril dernier, il avait même annoncé avoir ouvert un nouveau front de négociation avec Téhéran, afin de parvenir à un accord sur le nucléaire, qui devrait garantir la sécurité dans la région à tout prix, mais aussi celle de l'État hébreu. Il se rend aussi sur place afin d'avancer sur le dossier des otages israéliens et du Hamas, récemment menacé de destruction avec tout Gaza par le gouvernement israélien.

Mais derrière tout cela, Donald Trump se rend dans le Golfe, en Arabie Saoudite, au Qatar puis aux Émirats arabes unis pour témoigner de l'alliance indéfectible qui l'unit à ses riches partenaires sur le plan économique. Et obtenir des garanties de financement de ses derniers dans plusieurs conflits régionaux d'où se désengagent les États-Unis. Le voyage à Riyad est une bénédiction pour le prince héritier et le Premier ministre saoudien Mohamed Ben Salmane, marginalisé par Joe Biden pendant quatre longues années. Grâce à Trump, il a pu revenir dans le concert des nations et peser de tout son poids face au rival iranien qui craignait le retour du milliardaire. Premier pied de nez pour le régime des mollahs : le président américain devrait céder à un souhait de plusieurs pays du Golfe qui voulaient depuis longtemps renommer le Golfe Persique, Golfe Arabique. Tout cela sur le même modèle que le changement de nom du Golfe du Mexique en Golfe d'Amérique !

C'est aussi un homme d'affaires qui a transmis d'un point de vue pratique le temps de sa présidence les cordons de la bourse de son empire à son fils, Eric Trump, qui se charge de faire fructifier son patrimoine et multiplier les projets le temps de son mandat à la Maison-Blanche. Mais il reste à la manœuvre. C'est une pratique qui peut surprendre, vue depuis l'Europe, mais qui n'avait posé aucun problème entre 2016 et 2020. On évoque des conflits d'intérêts, mais pas trop fort. La Trump Organization a plusieurs projets dans la région : en 2024, les deux fils Trump lançaient un projet de Trump tower à Djeddah, en partenariat avec la société saoudienne Dar Global. Il en va de même à Dubaï, où une tour de 80 étages devrait voir le jour sous le même label et avec le même associé saoudien.

Enfin le premier projet immobilier de Trump au Qatar sera officiellement annoncé par Qatari Diar et Dar Global lors du voyage de Trump. Il est loin le temps où en 2017, Trump accusait, soutenu par Riyad et Abu Dhabi, le Qatar d'être un acteur du terrorisme régional et provoquait son isolement sur la scène régionale pendant plusieurs années. Les Qataris apprécient Trump, car ils restent toujours proches des États-Unis et que les affaires sont aussi le nerf de la guerre... et de la paix. La Trump Organization va donc dévoiler son premier projet au Qatar dans le cadre d'un projet de développement côtier de 5,5 milliards de dollars. Le parcours de golf international Trump et les villas Trump feront partie du développement balnéaire de Simaisma, un gigantesque projet de « resort » à 40 minutes au nord de la capitale qatarie Doha. Ce sera un méga complexe de divertissement de 7 km de long, ancré par un parcours de golf de 18 trous et un parc à thème « Land of Legends », plus grand qu'un parc Disney. D'autres projets trumpiens devraient voir le jour prochainement également à Oman.

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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).

Sébastien Boussois

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