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Infrastructures - La Tribune Bordeaux

Biodiversité : un programme scientifique alerte sur l'artificialisation des sols en Nouvelle-Aquitaine

Photo de Maxime Giraudeau

Maxime Giraudeau

Publié le 27 juin 2022 à 14:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:13

grenouille des Pyrénées biodiversité

La grenouille des Pyrénées, endémique du massif, pourrait disparaître d'ici 2100 selon le programme scientifique régional les Sentinelles du climat.

Matthieu Berroneau

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le programme des Sentinelles du climat, conduit en Nouvelle-Aquitaine depuis 2016 pour mesurer l'effondrement de la biodiversité, vient de livrer ses résultats. Alors que la biodiversité s'effondre, les scientifiques alertent en particulier sur les projets d'aménagement qui menacent les derniers refuges climatiques à sauvegarder.

"On ne ressent pas une forme d'urgence chez les décideurs. Pourtant, nous perdons de la biodiversité même dans les espaces protégés." Il y a de l'amertume et du pragmatisme dans les mots de Christophe Coïc, directeur de Cistude nature. L'association scientifique de protection de la nature en Nouvelle-Aquitaine vient de présenter les résultats de son programme, Les Sentinelles du climat, mené depuis 2016 sur l'état de la biodiversité régionale. Selon les treize auteurs, la faune et les milieux naturels déjà impactés vont voir leur existence particulièrement menacée d'ici la fin du siècle.

Puisqu'elle abrite des milieux très divers, la Nouvelle-Aquitaine représente un territoire intéressant pour l'observation des effets accélérés du changement climatique. Le programme des Sentinelles du climat s'est ainsi intéressé à cinq typologies d'écosystèmes : les dunes, les pelouses sèches, les zones humides, les montagnes et les hêtraies. Une richesse de biodiversité qui n'est d'ailleurs pas forcément mise en valeur. "Nous sommes dans une des régions avec le moins de parcs naturels régionaux alors que nous avons une biodiversité particulièrement importante" appuie le directeur. L'association s'est donc attachée à mesurer les conséquences sur des espèces peu connues.

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Que ce soit pour des espèces de plaine, comme le Nacré de la Filipendule, un papillon noir et rouge, de montagne avec le lézard de Bonnal, endémique des Pyrénées, ou pour des individus vivant en zones humides comme l'Azuré des Mouillères, un autre papillon, le changement climatique impose de profondes mutations des conditions d'existence. Dans les pires scénarios, ces espèces disparaîtraient dans la région d'ici 2100, dans une perspective de réchauffement de 4 degrés - un scénario qui paraît de plus en plus réaliste pour la communauté scientifique.

Pour la flore aussi, la fin du siècle s'annonce dépressive. Exemple en cartes avec les hêtraies, ces forêts qui se développent dans un climat humide et tempéré.

forêts biodiversité
Photo d'illustration (Crédits : Sentinelles du climat)

Le climat de la région du Limousin sera beaucoup moins favorable aux hêtraies d'ici la fin du siècle. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Landes asséchées

Ce bouleversement progressif du paysage engendrerait d'abord un phénomène de "méditerranéanisation" des espèces de faune et de flore des pelouses sèches. Sous l'effet de la hausse des températures en France, les conditions d'ordinaires observées sur le pourtour méditerranéen, se diffuseront de plus en plus vers le nord du pays, favorisant ainsi le développement des espèces vivant au sud. Le même phénomène se produirait en montagne, avec une faune qui gagnerait en altitude pour échapper aux fortes chaleurs. Par exemple, sur les six dernières années, les Sentinelles du climat ont observé que les populations de lézards des murailles, espèce de plaine, ont gagné en moyenne 128 mètres d'altitude, pour s'établir à plus de 2.000 mètres. En revanche, pour la grenouille des Pyrénées, connue de quelques rivières au Pays basque et en vallée d'Aspe, la fin du siècle pourrait sonner l'extinction de l'espèce en lien avec les activités touristiques et forestières des sites et l'augmentation des températures.

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C'est un autre risque majeur et particulièrement inquiétant, les landes humides pourraient bien devenir des landes sèches. Dans la région, un couloir de sécheresse particulier s'observerait à partir de 2040 entre le Poitou et le Lot-et-Garonne selon les projections cartographiques présentées par les scientifiques. Le seul moyen de maintenir des landes humides, non plus à grande échelle mais sur des espaces très localisés, serait de sanctuariser des territoires qui bénéficient de microclimats. Sans pour autant supprimer toute activité humaine.

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"Dès que des activités humaines se développent, il va y avoir un impact sur le milieu. Il faut que la nature soit préservée oui, mais surtout il faut le le faire sur des grandes zones où les herbivores vont gérer le milieu", indique Fanny Mallard, coordinatrice du programme scientifique.

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Développer l'élevage plutôt qu'artificialiser les sols en somme, à l'heure où le Sud Ouest vient de donner le feu vert à un projet d'aménagement colossal : deux LGV qui doivent relier Bordeaux à Toulouse et Dax. Les deux tronçons, dont le financement s'élève à 14 milliards d'euros, vont être déployés sur 5.000 hectares de terres naturelles, forestières et agricoles. La liaison vers Dax traversera par ailleurs le parc naturel régional des Landes de Gascogne. Mais alors que des mesures de compensation environnementale sont prévues, le directeur de Cistude nature maintient une position en défaveur du projet et de l'artificialisation des sols en général.

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"Donner un prix à la nature par des plans de compensation environnementale était une idéeintéressante, rejoue Christophe Coïc.Mais on est vite passé sur de la compensation systématique pour ne pas ralentir le rythme des projets. Alors, les aménageurs ont cru qu'il y avait plein de sites de compensation à vendre et ils sont arrivés à un pendant assez surprenant. Le prix du m² a augmenté sur les sites naturels restants car ils accueillent des espèces rares."

Et récréer les conditions de vie pour une espèce impactée au détriment d'une autre devient alors contre-productif.

Selon les projections du programme scientifique, les refuges climatiques bénéfiques à la biodiversité vont se réduire et se concentrer de façon drastique d'ici la fin du siècle. Entre 2040 et 2070, les zones les plus propices seront localisées autour du Médoc, du massif pyrénéen, de la côte basque, aux frontières Charente-Charente-Maritime-Dordogne et Landes-Lot-et-Garonne, sur l'axe Bordeaux-Bassin d'Arcachon, sur les îles charentaises, en Corrèze et le long des fleuves principalement. La Gironde, qui entre 1991 et 2020 constituait le plus grand réservoir de biodiversité de la région, sera le département le moins accueillant dans les décennies à venir.

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Financement public

Avec un budget global de 5 millions d'euros sur six ans, abondé par des fonds publics, les Sentinelles du climat ont déployé une quarantaine de scientifiques sur plus de 250 sites d'observation. Au total, une vingtaine d'espèces peu mobiles, et donc très soumises aux aléas du changement climatique, ont été étudiées. Avant de relancer le suivi dans ce même format, l'association Cistude nature attend l'avis des collectivités d'ici le second semestre 2022, et notamment celui de la région Nouvelle-Aquitaine qui attribue les fonds européen Feder (comptant pour 70 % du financement), pour déterminer l'ampleur du prochain programme.

Maxime Giraudeau

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