Nicolas Bouzou : "Tant qu'il y aura des Hommes, il y aura du travail !"

Pierre Cheminade

Nicolas Bouzou
PC / La Tribune

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Nicolas Bouzou
PC / La Tribune
"Progrès et sagesse" : c'est le thème retenu pour la 24e édition de l'Université hommes-entreprises qui s'est tenue les 30 et 31 août 2018 au château Smith Haut Lafitte, à Martillac. C'est l'économiste Nicolas Bouzou, fondateur du cabinet de conseil Asterès, qui a ouvert le bal des interventions. Cet essayiste (*) et chroniqueur de 42 ans, très apprécié des médias, a déroulé sa démonstration libérale sur le sujet de son ouvrage "Le travail est l'avenir de l'Homme" (Editions de l'observatoire, 2017) devant une salle comble et conquise.
"Ce qui distingue l'Homme de l'animal, c'est le travail. L'Homme travaille pour construire le monde, il a une histoire, il va de l'avant. En somme : il progresse", débute Nicolas Bouzou qui ajoute aussitôt que les craintes sur la disparition du travail ont existé à chaque grande innovation technique. A tort selon l'essayiste, qui se rattache à la théorie économique de la destruction créatrice de Joseph Schumpeter :
Nicolas Bouzou se dit ainsi absolument convaincu que la transformation numérique de nos sociétés crée davantage d'emplois qu'elle n'en détruit : "le solde net de créations d'emplois liées à la technologie en Europe de 2000 à 2010 est de 12 millions d'emplois !", indique-t-il reprenant les résultats d'une étude publiée en 2016 (*). Cette-ci évalue à environ 9,6 millions le nombre de postes détruits par les avancées technologiques dans 27 pays européens de 1999 à 2010 et à plus de 21 millions le nombre d'emplois directs et indirects créés par ces mêmes avancées, soit un solde net d'environ 11,6 millions d'emplois. Un impact considérable puisque le solde total de création d'emplois sur la période est estimé par les auteurs autour de 23 millions.
Poursuivant son raisonnement, Nicolas Bouzou reprend également à son compte la théorie d'Alfred Sauvy sur le déversement, selon laquelle les gains de productivité engendrent des gains de salaires et ainsi la création d'emplois qualifiés et bien payés qui entraînent, à leur tour, la création d'emplois moins qualifiés et moins payés dans d'autres secteurs économiques :
Un ratio qui pourrait monter jusqu'à cinq nouveaux emplois dans les zones métropolitaines les plus dynamiques en matière d'innovation.
Selon Nicolas Bouzou, l'enjeu réel n'est donc pas la disparition du travail mais bien les importantes mutations qui surviennent simultanément dans un temps restreint et dans quasiment toutes les économies de la planète. "Le champ du travail est infini car tant qu'il y aura des Hommes, il y aura des besoins insatisfaits et donc du travail", considère l'économiste. Nombre de métiers, en particulier ceux des classes moyennes, sont donc amenés à évoluer à court terme, posant ainsi des défis considérables en termes de formation initiale et continue.
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"Les entreprises de transports manquent aujourd'hui de chauffeurs routiers et ont du mal à en recruter. Cela pose un problème concret de politique économique parce qu'on en a un fort besoin aujourd'hui alors même que ce métier aura disparu dans quinze ans avec l'essor des véhicules autonomes ! Alors que doit-on faire ? Il faut permettre à ces chauffeurs d'évoluer vers les métiers connexes notamment dans la logistique", explique-t-il.
Et le fondateur d'Astarès d'esquisser les qualités des salariés de demain :
Et pour favoriser l'émergence de ces profils, Nicolas Bouzou attaque frontalement le management des entreprises qu'il juge trop complexe et frustrant :
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(*) Terry Gregory, Anna Salomons & and Ulrich Zierahn : "Racing With or Against the Machine? Evidence from Europe" (Juillet, 2016). ZEW - Centre for european economic research.
(*) GAFA/BATX désigne les géants du numérique américains (Google, Amazon, Facebook et Apple) et chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).
Pierre Cheminade