EXCLUSIF - Pour alimenter les processus de combustion de ses trois distilleries et les brûleurs de ses 800 partenaires bouilleurs de cru, la Maison Hennessy, filiale du groupe LVMH et producteur de cognac, explore le potentiel de l'hydrogène. Un travail qu’elle réalise avec le spécialiste héraultais de la flamme hydrogène Bulane. La preuve de concept a été obtenue en laboratoire et la prochaine campagne de distillation, qui démarre en octobre, accueillera les premières expérimentations en distillerie.Le cognac pourrait-il faire bon ménage avec l'hydrogène ? C'est ce que la Maison Hennessy, filiale du groupe LVMH, et l'entreprise héraultaise Bulane, spécialiste de la flamme industrielle propre à base d'hydrogène, commencent à expérimenter dans les distilleries charentaises du précieux breuvage. On parle là bien sûr de l'introduction de l'hydrogène dans le processus de combustion...
La Maison Hennessy produit du cognac (94,6 millions de bouteilles - format 70cl - vendues en 2020) particulièrement apprécié à l'étranger, où elle réalise 99% de ses ventes dans 160 pays. L'entreprise emploie quelque 1.000 salariés (dont une cinquantaine à Paris). Si elle exploite ses propres vignobles (180 ha), elle s'approvisionne aussi auprès de 1.600 viticulteurs partenaires (soit 32.000 ha). Le cognac est distillé dans ses trois distilleries et chez 800 partenaires distillateurs.
Du haut de ses 255 ans, la Maison Hennessy regarde aussi vers demain. L'enjeu : préserver un savoir-faire viticole traditionnel et une qualité de produit, tout en faisant évoluer vertueusement ses pratiques.
Une démarche de décarbonation entamée en 1998
Son ambition : réduire les émissions de gaz à effet de serres de ses distilleries provenant pour 85% de la combustion des gaz de chauffe.
« Notre démarche de décarbonation remonte à 1998, avec l'obtention de la certification ISO 14001,rappelle Felix Pouyanne-Lafuste, responsable Distilleries chez Hennessy. Il y a une vingtaine d'années, nous avons entamé un nouveau travail sur nos brûleurs atmosphériques pour réduire les consommations. Au bout de dix ans, nous avions réussi à les diminuer de 20% en optimisant le fonctionnement et la combustion. Depuis 2010, nous avons gagné 12 à 15% supplémentaires en changeant les brûleurs atmosphériques pour des brûleurs à air pulsé, et aujourd'hui, beaucoup de nos partenaires ont avancé sur ces changements de brûleurs. En 2017, nous sommes passés sur un contrat électricité verte. Nous avons poursuivi avec un contrat gaz vert, en partenariat avec une usine de méthanisation de proximité, à Surgères, ce qui nous a permis de réduire de 80% notre empreinte carbone. »
A ce stade, la Maison Hennessy décide alors de changer l'énergie qui approvisionne ses brûleurs pour faire un pas de plus vers la décarbonation.
« Nous avons cherché une énergie alternative décarbonée,raconte Felix Pouyanne-Lafuste.L'hydrogène est compatible avec nos procédés puisqu'il est possible d'injecter une part d'hydrogène dans du gaz tout en conservant le même matériel. Nous avons alors identifié Bulane, un acteur qui connaît bien la partie combustion et avait déjà entamé un travail sur l'hybridation. Nous avons contacté Nicolas Jerez (président fondateur de Bulane, NDLR) en décembre 2019. »
Hybridation au-delà de 50% d'hydrogène
Bulane, c'est cette entreprise innovante installée aux portes de Montpellier, qui a mis au point une technologie d'électrolyseurs industriels à base d'hydrogène et qui travaille aussi, depuis fin 2019, sur la décarbonation de l'énergie de chauffage dans les bâtiments en s'appuyant sur cette technologie pour hybrider des chaudières.