Spécialiste de la prothèse mammaire externe additive, Realetee veut passer au stade industriel

Colombe Laferté
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« C'est un projet d'utilité publique », martèle Julien Montenero. Ce prothésiste facial - appelé aussi épithésiste -répare physiquement et mentalement l'humain depuis 25 ans. Touché dans sa vie personnelle par le cancer du sein, ce professionnel de santé a transposé sa méthode de travail du visage au corps des femmes ayant subi une mastectomie. Ainsi naît Realetee en 2022, start-up installée à Nice soutenue par le pôle de compétitivité Eurobiomed, et qui compte parmi ses effectifs, cinq membres du milieu médical ou artistique, avec un développement, avoue-t-elle, « un petit peu en catimini ».
Pourtant, déjà 80 femmes ont eu recours à l'expertise et au savoir-faire de la jeune entreprise. « La numérisation 3D, personne n'y avait pensé, c'est une première mondiale », revendique Julien Montenero, qui explique numériser le corps dès l'annonce de la maladie afin d'archiver l'anatomie. « Puis, une nouvelle numérisation est pratiquée après opération afin de pour pouvoir adapter la prothèse à l'anatomie scannée au préalable. Ce processus permet une intimité parfaite du sein d'avant sur le corps d'aujourd'hui. » Une avancée sur mesure notable dans le processus de réhabilitation post cancer du sein, qui touche, chaque année 60.000 femmes.
Aujourd'hui, la start-up fonctionne avec sept imprimantes 3D, et avec le savoir-faire de l'épithésiste : une méthode dite du « digital par les mains ». Mais face aux besoins croissants des patientes, Realetee rêve de se développer. « En France, 20.000 patientes ont besoin d'une prothèse du sein tous les ans. On ne pourra jamais faire ces prothèses artisanalement. Il faut industrialiser le process, cependant la prothèse elle-même ne sera jamais industrielle : on va associer davantage de digital, mais il y aura toujours un travail manuel, car la couleur, la sensibilité devra toujours passer par l'homme ».
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L'industrialisation de la fabrication permettrait d'atteindre la production de 2.000 prothèses par mois, un objectif qui correspond au nombre mensuel de femmes qui subissent une mastectomie. « L'objectif, c'est de rendre la prothèse accessible à toutes. En automatisant certains actes, on minimiserait les coûts », analyse le fondateur de Realetee. Une problématique économique, à l'heure où la prothèse mammaire externe n'est pas reconnue, donc pas prise en charge par la sécurité sociale. « Je n'ai pas envie d'offrir cette prothèse uniquement aux personnes ayant l'assise financière suffisante », admet Julien Montenero.
Colombe Laferté