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Fintechs vs banques : les nouvelles règles du jeu du monde de la finance

Photo de Béatrice Girard

Béatrice Girard

Publié le 24 mars 2016 à 12:43 - Mis à jour le 24 mars 2016 à 15:19

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En quelques années, les fintechs, ces startups de la finance, sont venues bousculer les acteurs traditionnels de la banque et de l'assurance. Jusqu'où iront-elles ? Banques et assurances sont-elles réellement menacées par ces modèles innovants ? Quelle est leur riposte ? Ces questions ont animé les débats ce 22 mars lors du Forum Fintech Innovation organisé par La Tribune Toulouse.

Pour les banquiers, depuis l'apparition des fintechs, c'est un peu comme s'il y avait eu un avant et un après. Ainsi, Alain Clot, ancien directeur de la stratégie de la Société Générale devenu président de l'association France Fintech l'affirme : "je suis un banquier repenti. Aujourd'hui, je suis passé de l'autre côté. Ma mission, c'est d'accompagner Internet et les fintechs." En quelques années, ces startups agiles et innovantes ont secoué les modèles traditionnels de la banque mais, de là à dire que ces dernières sont vraiment menacées par les fintechs, il y a une certaine marge selon ce spécialiste.

Banques et fintechs en mode "coopétition"

"Financièrement, la banque traditionnelle se porte bien aujourd'hui, rappelle-t-il. Simplement, depuis l'arrivée des fintechs, ce sont les approches des consommateurs qui ont évolué. Le vrai risque pour les banques, ce n'est pas de disparaître, mais plutôt de perdre des marges, de dégrader la relation client et de rester avec des coûts fixes et une mauvaise image."

Face à cette situation, certaines banques ont compris qu'elles avaient intérêt à construire des partenariats avec ces nouveaux acteurs, c'est la fameuse "coopétition".

À la tête de Kantox, fondée en 2011, Philippe Gelis le confirme : "Nous sommes une plateforme de gestion de devises à destination des PME et ETI et, effectivement, les banques ont commencé par nous ignorer. Mais, dès qu'elles ont mesuré l'impact de notre activité (3 milliards de dollars échangés sur notre plateforme depuis sa création, avec à la clé 50 millions de commissions bancaires économisées pour nos clients), elles ont privilégié la collaboration de produits et de clients", décrit le jeune patron qui prévoit de nombreuses initiatives sur ce mode dans les trois prochaines années.

À Toulouse, Payname, la startup fondée par Éric Charpentier et qui prévoit de lancer une "néobanque" en septembre prochain en est une autre illustration. Celui qui affirme "lutter contre l'entrée des banques au sein de son capital", a levé l'année dernière 5 millions d'euros auprès de la  Maif.

"L'objectif est d'arriver à évangéliser, explique-t-il. Mais nous avons réussi le tour de force de nous imposer comme le seul acteur indépendant vis-à-vis des banques, et nous sommes d'ailleurs la seule fintech de province à avoir obtenu l'agrément bancaire."

Dans cet élan, Éric Charpentier a désormais 2017 en ligne de mire, avec un seul objectif : proposer à cette échéance des crédits à ses clients.

Quand les banques rachètent

Pour les banques, la deuxième option reste le rachat pur et simple de ces technologies. En octobre dernier, la BPCE a ainsi racheté la cagnotte en ligne lepotcommun.fr via sa filiale S-money tandis que le Crédit Mutuel a acquis Leetchi. Et la liste devrait s'allonger dans les prochains mois. "C'est une tendance, observe Alain Clot. Une quinzaine de discussions sont en cours actuellement sur le sujet en France."

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À la tête du pôle de compétitivité mondial Finance Innovation (qui a labellisé plus de 300 projets à ce jour), Joëlle Durieux insiste sur la concurrence internationale.

"On raisonne franco-français, mais il y a aussi une extrême créativité à l'étranger, en Turquie, ou en Afrique. Je défends l'idée d'une équipe de France car nous avons beaucoup de choses à dire et à faire."

En effet, la concurrence vient aussi des Gafas : Apple et ses 875 millions de numéros de cartes bancaires ou Google qui vient de réactiver sa licence bancaire.

Londres : première place européenne pour les fintechs

"La concurrence est internationale, insiste Philippe Gelis, et les Anglo-Saxons ont, sans conteste, la première place en Europe. 400 000 personnes travaillent dans le secteur de la finance en France, contre 1 million en Angleterre."

Il détaille :

"Les Anglo-Saxons font des road-shows dans le monde entier pour attirer des fintechs en Angleterre et force est de constater que la place fintech de Londres est 10 à 15 fois plus importante que la place fintech française. Nous sommes en retard !"

Une compétition qui, selon ces experts, se jouerait sur plusieurs terrains. "En France, on met le paquet sur la recherche et on n'a pas à rougir. À l'inverse,  Londres développe une excellente force de frappe marketing et commerciale et nous ne sommes pas bons sur ce point", estime Joëlle Durieux.

À lire également

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Un argument un peu court pour Philippe Gelis, qui a installé le siège social de Kantox à Londres et rappelle que "l'Angleterre a baissé l'impôt sur les sociétés et l'impôt sur les bénéfices au moment de la revente d'une entreprise".

Selon lui, c'est avant tout ce dumping fiscal en faveur des entreprises qui explique l'intérêt des fintechs pour Londres.

Béatrice Girard

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