INTERVIEW - Afflux de patients atteints du Covid, soins déprogrammés, personnels soignants à genoux, pénurie de candidats. Les établissements de santé sont mis à rude épreuve depuis deux ans. Par effet ricochet car subissant le report de la prise en charge des malades souffrant du cancer, l’Institut du cancer Sainte-Catherine Avignon Provence se retrouve en situation difficile. Son président Roland Sicard (également fondateur de la medtech La Valériane à Montpellier) alerte les pouvoirs publics.Roland Sicard, gérontologue, préside l'Institut du cancer Sainte Catherine Avignon Provence. Il est aussi le fondateur et dirigeant de La Valériane à Montpellier, une medtech éditrice de solutions e-santé, qui lui donne, comme il le souligne, « une bonne connaissance des pratiques de santé américaines, européennes ou à Singapour, et pas seulement du microcosme français ».
LA TRIBUNE - Quel est le statut de votre établissement et qui y soignez-vous avec quels moyens humains ?
Roland SICARD - L'Institut du cancer Sainte Catherine Avignon Provence est membre de Unicancer (fédération nationale des centres de lutte contre le cancer et réseau de 19 établissements de santé privés, NDLR). Le statut des centres Unicancer, qui sont exclusivement dédiés à la cancérologie, est spécial : ils exercent des missions de service public hospitalier mais sont, comme une fondation ou une association, à but non lucratif et de gestion privée. Mais nous fonctionnons budgétairement parlant comme un centre hospitalier public, avec une prise en charge sans dépassement d'honoraires et des bénéfices qui sont réinvestis. L'institut emploie 550 salariés dont 350 personnels soignants parmi lesquels 40 médecins, et nous prenons en charge environ 10.000 patients par an, sur un territoire qui va du Vaucluse au sud du Gard, au nord de Marseille et sur une partie de la Drôme. Nous traitons tous types de cancers. Nous sommes les seuls à faire de la radiothérapie sur ce territoire.
L'Institut du cancer n'accueille pas de patients atteints du Covid, mais vous dites être malgré tout touché par la crise sanitaire. Comment ?
En effet, nous ne sommes pas en première ligne sur le Covid mais quand l'hôpital ferme un service ou que des services d'urgences sont débordés, on doit suppléer. Les patients que l'hôpital ne peut plus prendre - et c'est le cas en ce moment avec des établissements qui ont activé leur plan blanc (mobilisation de tous les moyens disponibles en cas d'afflux massif de patients Covid, NDLR) - arrivent chez nous. Par ailleurs, certains de nos patients qui seraient allés aux urgences habituellement viennent désormais chez nous. En 2021, cela s'est traduit par une augmentation de 15 à 20% d'activité. C'est à dire qu'on est passés de 10.000 à 11.500 patients. Et ça a été ça toute l'année... Il y a eu tellement de retard dans les prises en charge de cancer et les traitements en 2020 que nous avons connu une grosse année 2021. Les gens viennent plus tardivement se faire diagnostiquer, donc il faut les mettre plus rapidement en traitement. Ce qui signifie une prise en charge qui se fait en stress continu pour le patient, pour qui tout est compliqué, et pour les équipes soignantes. Il faut pousser les murs, les créneaux de scanner, les créneaux de rdv...