Le Deeptech Tour organisé par Bpifrance passe par la faculté des sciences de l'Université de Montpellier ce 20 avril. Avec une question fondamentale en toile de fond : comment donner davantage d'impact à des travaux de recherche et comment les projets deeptech portés par des chercheurs, enseignants-chercheurs, docteurs, étudiants ou entrepreneurs peuvent passer du monde académique de la recherche au monde de l'entreprise ? Ces potentielles startup hautement technologiques, issues de travaux de recherche créant une innovation de rupture, impacteront le monde de demain. Mais comment ces porteurs de projets, passionnés et souvent ignorants de tout ce qui touche à l'entrepreneuriat, peuvent-ils appréhender l'idée de créer une startup puis passer à l'action sans se fourvoyer en chemin ?
Arnault Ioualalen est le référent deeptech de la French Tech Méditerranée. Doctorant à l'Université de Montpellier, il a fait porté ses travaux sur la fiabilité des calculs des ordinateurs à destination des développeurs. Des travaux qui lui ont ouvert la porte à l'entrepreneuriat en 2015 : il crée Numalis, à Montpellier, qui aujourd'hui s'est recentrée sur la fiabilisation des intelligences artificielles. Au sein de la commission deeptech de la French Tech Méditerranée, il a piloté la création du "Kit de survie de l'entrepreneur.e deeptech", en accès libre en ligne.
LA TRIBUNE - Comment en êtes-vous venu à créer Numalis et où en est l'entreprise aujourd'hui ?
Arnault IOUALALEN, CEO de Numalis - Nous avons réfléchi, avec mon directeur de thèse, à comment valoriser mes travaux de doctorat et les rendre accessibles à l'industrie. J'ai été accompagné par Languedoc Roussillon Innovation (depuis absorbé par SATT AxLR, NDLR) et par le BIC de Montpellier. En 2018, nous avons commencé un programme de R&D avec la Direction générale de l'armement sur la fiabilisation des IA. Cette technologie ayant rencontré un gros succès commercial après des grands comptes, nous avons centré notre activité dessus. Nous adressons les grands comptes de la défense, de l'aéronautique, de l'aérospatial, partout où la fiabilité des IA doit être garantie. Nous travaillons aussi pour d'autres secteurs comme la santé, la banque... Et avec des ETI, des PME ou des startups. Car beaucoup de gens savent fabriquer des IA mais faire de l'IA de confiance nécessite de savoir vérifier la fiabilité de leur comportement. Numalis amène des outils et des standards, que nous avons poussés auprès de l'agence ISO (International Organization for Standardization, NDLR) où je suis éditeur. Un cadre réglementaire arrive sur les intelligences artificielles, l'AI Act, un règlement européen qui va encadrer l'IA et déterminera les catégories de risques. Numalis fournira les outils nécessaires pour répondre en partie à ces obligations... Aujourd'hui, Numalis emploie 15 salariés et ambitionne de monter à 20 d'ici fin d'année. Nous sommes impliqués dans différents grands programmes européens, notamment deux programmes d'armement : l'un sur une plateforme d'IA pour la défense et l'autre sur la lutte anti-drones (outils de détection et de neutralisation de drones, NDLR).