« Les républicains ont abusé de leur pouvoir »

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« La Tribune ». - Un compromis budgétaire est-il encore possible malgré l'arrêt des négociations ? Thomas Mann. - Nous entrons dans une période fascinante. Les républicains ne savent plus quoi faire. Bill Clinton leur a dit : voici mes dernières propositions, jusque-là, ça va. S'ils laissent le conflit traîner jusqu'aux élections, ils vont perdre. Ils ne peuvent pas décemment faire campagne sur les coupes drastiques de Medicare et Medicaid qu'ils préconisent. Mais il est aussi de l'intérêt du président de parvenir à un accord. Je pense donc qu'on peut encore avoir des surprises. Tout n'est pas fini. Que se passerait-il s'il n'y avait pas d'accord ? Comment la première économie du monde peut-elle fonctionner sans budget pendant un an ? Il n'est pas indispensable de passer un grand programme d'élimination du déficit sur sept ans. Les budgets de certains ministères ont déjà été votés, il suffirait d'approuver les autres. Cette fois, je crois que les républicains feraient en sorte que le gouvernement puisse fonctionner sans de nouvelles interruptions, et qu'ils accepteraient même de relever le plafond de la dette. Ils ont compris que la stratégie d'obstruction ne menait à rien. Et puis, il faut remettre les choses en perspective. Le déficit budgétaire américain n'a pas cessé de diminuer ces trois dernières années. Il se situe à peine à 2 % du produit intérieur brut, le plus bas des pays industrialisés. Nous sommes simplement entrés dans la phase la plus difficile, où il faut faire un dernier effort en sacrifiant les programmes qui touchent à la protection sociale. Nous sommes en face de divergences philosophiques profondes. N'y a-t-il pas aussi une bonne dose de jeu politique dans cet affrontement ? Les républicains ont abusé de leur pouvoir autant que le président Clinton l'avait fait au cours des deux premières années de son mandat. Ils sont arrivés avec des ambitions extravagantes concernant les coupes des programmes sociaux. Ils ont pensé qu'ils pouvaient prendre le gouvernement fédéral en otage. Ils se sont trompés. Comment cette crise est-elle vécue par l'Américain moyen ? Il était devenu très à la mode de dénigrer le gouvernement, de dire qu'on pourrait très bien s'en passer. Beaucoup d'Américains ont vite changé d'avis. Dans l'ensemble, l'opinion publique s'est rangée du côté du président. Que dit ce conflit sur le fonctionnement de la démocratie américaine ? Cette fois, les choses sont allées plus loin que jamais. Les nouveaux républicains étaient persuadés qu'ils obtiendraient gain de cause en bloquant tout. Cela leur a coûté cher. Je pense que, à l'avenir, aucun Congrès américain n'osera répéter la même erreur. Propos recueillis par Blanca Riemer

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