Fiat veut forger une alliance paradoxale

À peine conclue l'alliance avec Chrysler, Sergio Marchionne, l'administrateur délégué de Fiat, était hier à Berlin pour présenter son projet de reprise d'Opel aux pouvoirs publics allemands. L'Italien souhaite créer une nouvelle entité, qui regrouperait sa branche automobile (marques Fiat, Lancia et Alfa Romeo), sa part au capital de Chrysler (20 % au départ) ainsi que les activités européennes de GM (Opel, mais aussi Saab, apparemment) et l'introduire en Bourse. À travers cette société, le groupe deviendrait l'un des premiers constructeurs automobiles mondiaux, derrière Toyota et en concurrence avec Volkswagen pour la deuxième place, avec six à sept millions de véhicules par an. Mais il n'en est pas là. Et le gouvernement allemand a averti qu'il prendrait son temps.Après l'entrevue, le ministre de l'Économie Karl-Theodor zu Guttenberg a certes qualifié l'offre italienne d'« intéressante ». Mais il n'en a pas moins rappelé que l'équipementier canadien Magna avait aussi manifesté son intérêt. En cas de reprise, Fiat aurait en tout cas promis de garder les sites d'assemblage allemands de Rüsselsheim, Eisenach et Bochum, mais pas celui de moteurs de Kaiserslautern. Opel emploie près de 26.000 outre-Rhin. En revanche, le sort des usines en Grande-Bretagne, en Suède et en Espagne n'est pas précisé à ce stade.atouts en théorieLe hic pour Berlin, c'est que « Fiat veut réaliser [l'opération] sans contracter de dettes », a expliqué le ministre de l'Économie. Sergio Marchionne, qui serait prêt à mettre 1 milliard d'euros selon le comité d'entreprise d'Opel, estime que la firme aurait « un besoin de financement de 5 à 7 milliards d'euros », selon Karl-Theodor zu Guttenberg. « On pourrait imaginer des garanties et des cautions des États, à l'échelle européenne », a laconiquement précisé le ministre.Théoriquement, cette triple alliance offre des atouts : Fiat s'ouvre le marché américain et s'appuie sur le savoir-faire d'Opel dans les voitures compactes et familiales, pour lesquelles il n'a pas la taille critique. Il perfectionne les synergies avec Opel, déjà engagées durant sa brève alliance avec GM au début de la décennie. Opel utilise déjà les diesels Fiat ; les petites Opel Corsa et Fiat Punto ont des plates-formes communes. Fiat y perdrait aussi son image trop italienne ? peu flatteuse dans l'industrie automobile ? pour une identité plus américaine et germanique.L'alliance Fiat-Chrysler-Opel soulève pourtant bien des questions. Fiat, qui a échoué dans tous ses rapprochements internationaux avec Ford, Chrysler (au début des années 1990), PSA, Renault, GM (en 2000) et Daimler, saura-t-il réussir un ménage à trois ? Qui plus est avec deux sociétés à tradition isolationniste. Chrysler sort d'une fusion ratée avec Daimler et d'une tentative avortée de rapprochement avec Mitsubishi. Et Opel n'est, depuis quatre-vingts ans, qu'une filiale à 100 % de GM, sans autonomie.casse sociale En outre, à peine sorti lui-même d'une quasi-banqueroute, Fiat n'a ni les ressources humaines, ni les moyens financiers ? son endettement est important ?, ni l'expérience pour mener à bien un double redressement, avec deux constructeurs en mauvais état, surtout Chrysler, dont toute la gamme est à refaire, et qui pèsent quasiment la même chose que lui dans l'automobile. L'Italien n'a, qui plus est, aucune expérience du marché automobile américain ? sauf de façon fort limitée à travers Ferrari et Maserati. Il connaît également plutôt mal le monde des affaires et le marché d'outre-Rhin.Enfin, la casse sociale entre Fiat et Opel s'annonce rude, puisque les deux constructeurs sont sur les mêmes créneaux de marché avec des produits fabriqués pour une grande part dans des sites à coûts élevés (en euros).

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