« L'Europe doit repenser sa sécurité énergétique »

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La Russie et l'Ukraine s'accusent mutuellement d'être le responsable de la crise. À qui la faute ?Pierre Noël. Avec l'explosion de l'Union soviétique, l'Ukraine est devenu un pays de transit du gaz russe vers l'Europe. Mais elle n'est pas un pays fiable, le gaz étant devenu la première source de corruption de la classe politique. C'est un problème tant pour les Russes que pour les Européens. La relation gazière entre la Russie et l'Union européenne (UE) ne peut fonctionner normalement que si l'Ukraine se comporte comme un pays de transit responsable. Le problème est que la méthode employée par la Russie pour discipliner l'Ukraine et lui imposer un prix de vente du gaz plus proche des prix internationaux ne tient pas compte des conséquences pour l'Europe. Fondamentalement, c'est l'Ukraine qui pose problème, mais la physionomie de la crise est liée aux méthodes de Gazprom.Que cherche Gazprom ?La Russie a décidé de contourner l'Ukraine comme pays de transit pour livrer son gaz en Europe. Elle s'est pour cela engagée dans la construction du North Stream, un gazoduc qui passe par la mer Baltique jusqu'en Allemagne. Elle souhaite également lancer la construction du South Stream, un gazoduc qui passerait par la mer Noire jusqu'en Bulgarie. Mais ces deux projets bénéficient d'un faible soutien en Europe, en dehors de l'Allemagne pour le North Stream et de l'Italie pour le South Stream. De ce point de vue, rien ne vaut une crise récurrente avec l'Ukraine pour convaincre l'ensemble de l'Europe de la nécessité de développer de nouvelles routes contournant l'Ukraine.Quelles leçons tirer de cette crise ?J'en vois trois. Primo, l'UE doit repenser sa sécurité énergétique. Elle doit pour cela s'engager sérieusement en faveur d'une véritable intégration de son marché gazier. Un marché du gaz qui fonctionnerait correctement permettrait de faire bouger du gaz en Europe. La Bulgarie, par exemple, pourrait faire venir du gaz liquéfié de Grèce par cargos. Mais, faute de coopération entre les gestionnaires de réseaux et les régulateurs nationaux, c'est aujourd'hui impossible. Un marché européen du gaz véritablement intégré est un excellent moyen de produire de la sécurité énergétique en temps de crise.Secundo, il faut que les pays d'Europe centrale, souvent très dépendants de la Russie pour leurs approvisionnements en gaz, investissent dans leur sécurité énergétique. Les fonds structurels européens doivent être utilisés en ce sens. Tertio, cette crise soulève des questions majeures sur les relations de l'UE avec la Russie. Est-ce que le partenariat entre la Russie et l'UE a encore un sens après cette crise ? Propos recueillis par Xavier Harel

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