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Bière?: le casse-tête indien

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Publié le 20 décembre 2008 à 00:30 - Mis à jour le 20 décembre 2008 à 00:30

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Pour s'offrir une simple bière, l'Indien moyen doit parcourir plusieurs dizaines de kilomètres. Arrivé devant une minuscule échoppe, il saisit une bouteille conservée à température ambiante sur une étagère poussiéreuse, paye l'équivalent d'une heure de salaire, avant de se frayer un chemin entre les hommes accroupis qui consomment sur place? « C'est loin d'être une partie de plaisir », reconnaît Jean-Marc Delpon de Vaux, directeur exécutif de SABMiller en Inde. Mais la vétusté des points de vente n'est qu'un obstacle parmi d'autres?: taxation à outrance, interdiction totale de faire de la publicité, limitation des licences de distribution? la liste des pesanteurs bureaucratiques est longue et varie d'un État à l'autre. Résultat, si l'Inde se situe au deuxième rang mondial pour sa population, elle est quasiment inexistante de la carte des buveurs de mousse. La consommation par habitant et par an ne dépasse pas 0,9 litre, comparée aux 22 litres des Chinois ou aux 160 litres des Tchèques?! nouvel eldoradoMais ce marché lilliputien ne suffit pas à décourager les grands brasseurs internationaux. Bien au contraire. Depuis quelques années, l'Inde est devenue leur nouvel eldorado. Heineken vient de mettre la main sur le leader Kingfisher, jusqu'ici détenu par Scottish & Newcastle. SAB Miller est un solide numéro deux, avec 38,5 % de part de marché, contre 43 % pour son concurrent. Même Anheuser-Busch a récemment signé avec un brasseur local pour embouteiller sur place sa célèbre Budweiser. Ce qui les attire tous?? Le potentiel de développement de ce marché. Le climat est chaud, le revenu de la classe moyenne augmente de 15 % par an, 40 % de la population a moins de 30 ans. « La consommation devrait être multipliée par cinq dans les cinq à dix ans », s'exclamait récemment Jean-Marc Delpon de Vaux, lors d'un voyage de presse à l'invitation de SABMiller. Cette année, la progression est de 23 % et explose même de 300 % dans les États comme le Punjab et le Haryana, qui ont baissé leurs taxes. Car le premier obstacle au développement du marché est bien là. En raison d'un étrange système qui taxe les boissons alcoolisées en fonction des volumes et non du taux d'alcool, la bière se retrouve cinq fois plus taxée que le whisky et trois fois plus taxée en Inde que dans le reste du monde. Plus embêtant encore, chacun des 28 États impose ses propres droits de douane. Du coup, les marges des brasseurs en prennent un sacré coup. Seuls 35 % du prix de chaque bière leur reviennent, contre 55,4 % dans le reste du monde. Même la distribution échappe aux brasseurs. Dans la moitié des États, c'est le gouvernement local qui la contrôle et accorde les licences au compte-gouttes. L'Inde se retrouve ainsi avec un point de vente pour 21.000 habitants, contre un pour 450 à Hong Kong et un pour 363 en Angleterre. « Nous nous battons en permanence pour créer plus d'occasions de consommation », explique T.J. Venkateshwar, directeur commercial de SABMiller. Stratégie des brasseurs Et les brasseurs sont encore plus ingénieux pour contrer l'interdiction de faire de la publicité. Chez SABMiller, chaque bière a son pendant en boisson non alcoolisée. Pour vanter sa marque Haywards 5000, le numéro deux mondial a ainsi créé un spot très « bollywoodien » dans lequel deux hommes virils se battent à coups de bouteilles de? soda Haywards 5000. D'autres brasseurs créent des vêtements, des articles de sport ou même des chaînes de télé au nom de leurs marques de bière. Mais la palme revient à Vijay Mallya, le très charismatique patron de Kingfisher, qui a créé une compagnie aérienne du même nom?!Face à toutes ces difficultés, Kingfisher et SABMiller se serrent les coudes et font beaucoup de lobbying en commun. Ils fourbissent surtout leurs armes et leurs stratégies en prévision du grand marché de demain. Le premier axe tout sur une seule marque pour lui donner une écrasante notoriété. Le second segmente le marché avec 5 à 6 marques fortes. La dernière, lancée en octobre, se nomme Indus Pride et joue sur le fort sentiment nationaliste indien. En ces temps de repli identitaire à la suite des attentats de Bombay, elle a toutes les chances de s'imposer rapidement. n

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