Risque de défaut des États
La Tribune
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Y a-t-il un risque à prêter à un État souverain comme la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni ou les États-Unis ? Sur le marché, le risque d'un emprunteur se mesure grâce aux CDS (« credit default swap »). Il s'agit de sortes de contrats d'assurance où l'une des parties paie une prime annuelle et où l'autre verse un dédommagement en capital au cas où l'emprunteur fait défaut. Jusqu'à il y a quelques semaines, les primes sur les CDS des grands États occidentaux étaient presque nulles, dépassant rarement 0,10 % l'an. Brusquement, les primes ont augmenté et atteignent des niveaux de 0,52 % l'an pour l'Allemagne, 0,65 % pour la France ou les États-Unis, 1,22 % pour le Royaume-Uni. D'après le marché, ces grands États occidentaux présentent donc un risque significatif, situation que l'on croyait réservée aux États fragiles des pays émergents. Nos États ont en effet décidé de garantir et de recapitaliser les banques, de s'engager à racheter des papiers commerciaux d'entreprises et des crédits immobiliers de particuliers, de dépenser de l'argent pour des infrastructures. De sorte qu'ils vont aggraver les déficits publics à un niveau qui commence à susciter des doutes sur leur capacité de remboursement (pour les États-Unis, certains calculs vont jusqu'à des engagements de dépenses supplémentaires de 8.000 milliards de dollars). Jusqu'à maintenant, tout le monde pensait qu'un État souverain dans un grand pays industriel était à l'abri de tout soupçon, puisqu'il était maître de l'impôt et maître de la monnaie. À la rigueur, on comprendrait que les États de la zone euro, qui ont renoncé à contrôler leur banque centrale, soient plus risqués que les autres. Pourtant, les primes des CDS augmentent même pour les États-Unis et le Royaume-Uni, qui conservent le contrôle de leur banque centrale et qui peuvent donc, théoriquement, fabriquer la monnaie dans laquelle ils paient. Mais monétiser la dette publique a aussi des inconvénients. À la place, dit le marché, ils pourraient être tentés un jour de se mettre en défaut, comme n'importe quel emprunteur surendetté. nMaurice de Boisséson (Octo Finances)
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