Santander s'affirme en nouveau conquistador

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S'il est une entité financière qui a démontré sa capacité à ramer contre le courant en cette période de turbulences, c'est bien le Banco Santander (BS). En prenant cette fois le contrôle total de la banque de Pennsylvanie, la Sovereign Bank (SB), le géant financier espagnol réalise sa troisième acquisition en à peine trois mois, après Alliance & Leicester en Grande-Bretagne et la reprise d'une partie des actifs de Bradford & Bingley.À l'origine de cette boulimie d'acquisitions se situe bien sûr l'effondrement enregistré ces derniers mois par les valeurs boursières, un phénomène dont le BS, solidement capitalisé et à l'abri des actifs toxiques, est tout à fait à même de profiter. Ainsi, entre son plus-haut de février 2007 et le cours de clôture de vendredi dernier, l'action de la Sovereign avait perdu pas moins de 85 % de sa valeur. Et les quelque 2.410 millions d'euros qu'avaient jusqu'ici déboursés les espagnols pour acquérir, à partir de 2006, les premiers 24,35 % du capital de la SB, s'étaient depuis traduits par une moins-value de 1.960 millions, soit pas moins de 81 % du total déboursé !SOVEREIGN TRES EXPOSEE AUX ACTIFS TOXIQUESLa nouvelle initiative du BS fait figure d'opération destinée à moyenner à la baisse, puisqu'il acquiert maintenant à 3,81 dollars chacune les nouvelles actions, deux ans après avoir déboursé pour les premières 27 dollars ! Tout porte à croire toutefois que la SB, qui compte quelque 750 agences, la plupart sur la côte nord-est des États-Unis, nécessitera une cure d'élagage d'actifs douteux. L'entité semble très exposée aux actifs toxiques (elle détient quelque 460 millions d'euros en titres de Fannie Mae et Freddie Mac), et est fortement engagée non seulement dans l'hypothécaire, mais aussi dans le marché des prêts à la consommation, principalement l'automobile, un secteur très affecté par la crise. Elle a dû passer d'importantes provisions pour couvrir ces risques, et procéder en mai à une augmentation de capital.Reste que l'espagnol a déjà démontré sa capacité à redresser la barque des banques en difficulté : en Grande-Bretagne, Alliance & Leicester sera l'une des grandes banques à refuser le recours aux deniers publics promis par le gouvernement. Le BS, son nouvel actionnaire, est en mesure de faire face à la situation au prix d'une injection de capital de 1,37 milliard d'euros. Mais la Sovereign pourrait être un morceau plus indigeste !Le retour à petits pas des banques japonaisesPrisonnières d'un marché intérieur qui, rétrécissement démographique oblige, ne peut que se contracter, les mégabanques japonaises se sont invitées partout ailleurs à la faveur de la crise, stupéfiant leurs homologues occidentales. Nomura a raflé les parties asiatiques et européennes de Lehman Brothers pour une bouché de pain. Mizuho a acquis pour 1,2 milliard d'actions privilégiées Merrill Lynch. MUFG vient d'acquérir 20 % de Morgan Stanley, révisant à la dernière minute les conditions de sa participation de manière positive. " Avec un taux d'intérêt de 10 %, MUFG aura remboursé son investissement en dix ans. À moins que Morgan Stanley ne fasse faillite ", estime un analyste. Les Japonais ont-ils profité de la crise, ou a-t-elle profité d'eux ? " Se précipiter ainsi sur des banques qui se vendent à l'encan est le comble de la stupidité ", estime l'économiste Noriko Hama. Cette politique des " petits pas ", qui consiste à multiplier les participations minoritaires plutôt que de reprendre un groupe sous son aile, n'a pas de sens stratégique. Ce n'est pas leur témérité, mais leur frilosité qui est soulignée par les financiers étrangers de Tokyo. Nomura a tout acquis de Lehman, sauf ses activités américaines, sa pièce maîtresse, rachetée par Barclays, qui, depuis, parcourt le reste du monde pour débaucher les meilleurs éléments de l'ex-Lehman. Aucune grande banque américaine ou européenne n'est tombée dans l'escarcelle des banques nippones. Cette prudence est celle du bon sens pour ces établissements habitués à prospérer chez eux. Mais cette prudence montre aussi leur isolement. " Que MUFG n'a-t-il acquis 100 % de Morgan Stanley pour un tel prix ! " s'étrangle un banquier français implanté de longue date au Japon. " J'ai connu une époque, pendant la bulle japonaise des années 80, où la capitalisation de Nomura valait davantage que celle de toutes les banques américaines. Et puis une époque où Bear Stearns valait davantage que Nomura. Aujourd'hui Bear Stearns n'est plus, et Nomura demeure ", conclut-il, philosophe. *

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