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« On ne traite pas la politique de l'emploi à coup de lois »

La Tribune

Publié le 27 février 2009 à 00:30 - Mis à jour le 27 février 2009 à 00:30

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Tout au long de la semaine dernière, vous avez rencontré les partenaires sociaux pour préparer la réunion de mercredi avec le chef de l'État. Au moment où le climat social se tend, quels enseignements en tirez-vous ?Le souhait du président de la République était que l'on mette tous les sujets sur la table, sans exclusive, dans le souci d'être à l'écoute des partenaires sociaux. Force ouvrière est ainsi revenue sur les contreparties aux allégements de charges, la CFDT a parlé de son fonds d'investissement social, la CGT du moratoire sur les licenciements? Au total, nous avons eu près de quinze heures de discussions dont je retiens des idées intéressantes. Quand les syndicats parlent d'investir dans la formation, cela m'intéresse car on sort de la vieille opposition entre le capital et le travail, où l'investissement n'est que dans le capital. Poser l'idée qu'en période de crise il faut aussi investir dans les salariés est une idée simple mais forte.Avez-vous senti les partenaires sociaux très déterminés face au gouvernement ?Je ne ressors pas de ces tables rondes avec le sentiment d'une opposition frontale sans possibilité de rencontre. Personne parmi les syndicats ne conteste l'utilité du plan d'investissement. Mais à côté, ils souhaitent d'autres mesures.Les syndicats attendent, le 18 février, des décisions concrètes. Qu'allez-vous leur proposer ?Il y aura des mesures très concrètes, opérationnelles, parmi les pistes évoquées par le président de la République autour du chômage partiel, de l'aide aux victimes de la crise ou des mesures vers les classes moyennes comme le chèque emploi-service universel préfinancé. D'autres nécessiteront de travailler plus longtemps, car ce sont des choix de plus grande ampleur.Parmi ces sujets, il y a le partage profits-salaire. C'est une question compliquée, à un moment où une entreprise comme Total annonce 14 milliards d'euros de bénéfices. Cet exemple vous choque ?D'abord, dans la période actuelle, je préfère qu'une entreprise française fasse des bénéfices plutôt qu'elle licencie. Et si Total en profite pour être exemplaire sur l'emploi des seniors ou des jeunes, comme ils ont su l'être en matière de rapidité de baisse des prix ou du financement de la prime à la cuve pour les plus modestes lorsque Christine Lagarde le leur a demandé, alors je crois que nous aurons tout lieu de nous réjouir.Vous misez donc sur l'exemplarité des entreprises plutôt que sur une loi ?Le président a voulu poser la question sur un sujet majeur de la crise. Les débordements du capitalisme financier ont tué le capitalisme économique et de production. Dans la famille politique dont je me réclame, nous sommes attachés à la valeur de l'entrepreneuriat, avec une rentabilité dans la durée. Nous nous opposons à un partage de la valeur ajoutée courtermiste, qui exige des rendements des capitaux investis qui sont déraisonnables. Il faut se poser ces questions : comment fait-on pour que le taux de rendement des actionnaires n'épuise pas les capacités d'investissement de l'entreprise dans la durée ? Comment fait-on pour que l'argent dégagé bénéficie de manière équilibrée aux actionnaires et aux salariés ? C'est une réflexion de longue haleine.à un moment où la situation se dégrade, faut-il changer d'orientation dans la politique de l'emploi ?Nous avons déjà fait beaucoup de choses. Depuis le mois de septembre, nous avons facilité l'activité partielle pour prévenir les licenciements, débloqué une enveloppe de 100.000 contrats aidés supplémentaires, accéléré la fusion ANPE-Assedic pour améliorer le service aux demandeurs d'emploi, institué une aide à l'embauche dans les TPE, accompagné les réformes de la formation professionnelle et de l'assurance chômage? Dans tous les cas, nous avons pris nos responsabilités pour aider les victimes de la crise et minimiser ses effets sur l'emploi. Et nous avons à chaque fois dégagé les moyens nécessaires avec, par exemple, les 500 millions du plan de relance, les 700 millions dédiés à l'aide à l'embauche auxquels il faudrait ajouter les financements dégagés par les partenaires sociaux, notamment les 200 millions sur les fonds de la formation professionnelle. Est-ce suffisant ? Le président est très pragmatique. La rencontre du 18 février est une étape supplémentaire.Les partenaires sociaux semblent traîner des pieds pour investir des fonds paritaires dans la formation des chômeurs et des salariés fragiles. Faut-il une loi pour les pousser à agir ?Je n'ai pas cette lecture. Ils ont accepté de négocier sur ce sujet et de débloquer 200 millions d'euros tout de suite, puis 900 millions d'euros par an. Nous allons traduire leur accord en loi au printemps. Cela va nous permettre de débloquer des fonds. Aujourd'hui, tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut coupler la formation à l'activité partielle. Les PME qui vont licencier perdront un savoir-faire qu'elles ne retrouveront pas. Il faut à tout prix l'éviter.Dans les dispositifs sectoriels, les aides de l'État sont assorties de contreparties. Ce « donnant-donnant » est assez nouveau pour la droite. Est-ce le présage d'une évolution de la politique de l'emploi ?La vieille politique de gauche ? et parfois l'actuelle ? est de croire qu'on traite la politique de l'emploi à coups de lois. On le voit avec Benoît Hamon et son souhait de rétablir l'autorisation administrative de licenciement. C'est de l'utopie législative ! La vieille approche de droite, cela a pu être parfois de laisser faire. Aujourd'hui, nous sommes prêts à aider certains secteurs, mais nous demandons des contreparties. Cette approche, très nouvelle, est celle qui a le meilleur effet de levier.Face à l'afflux de demandeurs d'emploi, Pôle emploi semble un peu débordé. Est-il en mesure d'absorber la hausse du chômage ?Avec 45.000 salariés, 1.500 sites, deux statuts et des cultures différentes, la fusion ANPE-Unedic est une réforme compliquée. Un an après le vote de la loi, les choses ont déjà évolué grâce au travail remarquable fait par Christian Charpy et ses équipes. Il est évident que la crise rend la gestion plus difficile pour Pôle emploi. Mais heureusement que nous avons engagé en 2008 la réforme du service public de l'emploi, à l'image de ce qu'ont fait d'autres pays comme la Suède, le Royaume-Uni ou l'Allemagne. Quand il y a eu des difficultés en décembre avec des dossiers qui s'accumulaient, nous avons pu réagir tout de suite et mettre en place des moyens supplémentaires. En trois semaines, Pôle emploi a diminué de 40 % le nombre de dossiers en attente.Finalement, la politique de l'emploi est calée sur les cycles économiques. Toute politique structurelle est-elle vouée à l'échec ?Depuis son élection, le président a souhaité que l'on sorte d'une approche passive de la politique de l'emploi, d'un système où l'on n'investit que lorsque les gens sont au chômage. Nous avons essayé de remonter le plus en amont possible les outils de la politique de l'emploi. Cela se traduit notamment par le soutien à la création d'emploi. Nous avons aussi fait une vraie révolution culturelle en favorisant le retour à l'emploi avec le CTP, la fusion ANPE-Unedic, les contrats autonomie pour les jeunes. Mais la politique de l'emploi doit être hyperréactive. Par exemple, nous avons développé les contrats aidés depuis juillet pour éviter que les gens ne restent englués dans du chômage de longue durée. Je l'assume sans aucun problème.

La Tribune

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