Impôts locaux  : les raisons de la flambée

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Difficile d'être un élu local par les temps qui courent. De droite ou de gauche, ils sont montrés du doigt. Leur faute ? Augmenter la fiscalité des ménages en cette période de crise : + 9 % pour le taux de la taxe d'habitation et du foncier bâti en 2009 à Paris, + 9 % à Grenoble, + 10,5 % à Neuilly, + 13,9 % à Argenteuil, + 15 % à Nice? Même Éric Woerth, le ministre des Comptes publics, et de ce fait gardien de l'orthodoxie financière, a dû se résoudre à une hausse de 4,5 % dans sa bonne ville de Chantilly. Seuls quelques originaux comme les élus d'Angers, de Lille ou de Strasbourg ont décidé de maintenir les taux à leurs niveaux antérieurs. Certes, en valeur absolue, ces hausses sont modestes : 35 euros en moyenne à Paris pour la taxe d'habitation, affirme Bertrand Delanoë, 18 euros à Bordeaux, selon Hugues Martin, l'adjoint d'Alain Juppé, « pas plus de deux cafés en terrasse », affirme l'adjoint aux finances de Caen. De surcroît, les hausses importantes concernent souvent des villes où le montant des impôts en valeur absolue est relativement faible comme Paris ou Neuilly (voir tableaux ci-contre).Malheureusement pour les contribuables, à ces hausses des maires vont s'ajouter celles décidées par les présidents des conseils généraux : + 6 % en moyenne, mais avec des pics comme dans l'Ain (+ 15 %), le Nord (+ 17,6 %), le Cher (+ 16,9 %), les Hautes-Alpes (+ 30 %). Le plus riche des départements français, les Hauts-de-Seine de Patrick Devedjian, a quand même été contraint d'augmenter ses taxes de 4 % pour boucler son budget?Ces augmentations n'étonneront pas les lecteurs de « La Tribune », qui titrait en une, dès le 13 février : « Les impôts locaux flambent à nouveau ». Dans un pays où 39.000 collectivités peuvent lever l'impôt, comme le rappelle Édouard Balladur dans son récent rapport, cette avalanche de hausses n'a rien d'illogique. Mais les élus, à l'image de ceux interrogés par « La Tribune », vivent particulièrement mal ces mises en cause. Ils estiment qu'ils ne pouvaient faire autrement. Il y a bien sûr des raisons politiques, pas toujours les plus convaincantes. Les maires ont tendance à augmenter les impôts les années suivant leur élection, pour pouvoir stabiliser la pression fiscale avant leur réélection. Pour les maires nouvellement élus, le bilan du prédécesseur, surtout lorsqu'il n'est pas de la même couleur, permet également de faire passer la pilule.dépenses d'aide socialeMais, pour les élus, la faute principale revient à l'État. Alors que celui-ci leur demande d'investir massivement pour le succès du plan de relance, il limite la revalorisation de ses subventions au niveau de l'inflation tout en leur transférant des compétences coûteuses.Autre explication à la flambée actuelle : la crise. La montée du chômage oblige en effet les élus à accroître leurs dépenses d'aide sociale, ce qui pèse sur leur budget. C'est en particulier vrai pour les départements, responsables du RMI et demain du RSA. Or, ceux-ci sont en même temps touchés de plein fouet par la baisse des droits de mutation, en raison du marasme de l'immobilier. À la fin février, la baisse atteignait déjà 15 %. Dans les Hauts-de-Seine, le manque à gagner en 2009 devrait atteindre 30 millions, dans le Var, 80 millions ! Face à cette situation, tous les élus ou presque annoncent qu'ils feront des économies sur le fonctionnent de leur collectivité. Voilà peut-être au moins une bonne nouvelle? n Le plus riche des départements, les Hauts-de-Seine de Patrick Devedjian, a été contraint d'augmenter ses taxes de 4 %.

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