L'Europe parle relance, l'Allemagne agit

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À lire les gazettes et à entendre nos dirigeants, l'Allemagne freine des quatre fers pour mettre en place un plan de relance de son économie et jouer un rôle de locomotive de l'Europe. Il est vrai, fidèle à son orthodoxie budgétaire, Berlin récuse toute idée de relance keynésienne. Or, de Paris à Rome, en passant par Madrid ou Londres, toutes les capitales se sont converties à l'interventionnisme public et envisagent des mesures de relance tout en demandant à Berlin d'en faire autant. La Commission européenne prépare son propre plan qu'elle dévoilera mercredi prochain, évalué selon des indiscrétions à quelque 130 milliards d'euros, soit 1 % de la richesse de l'Union européenne. L'idée n'est pas nouvelle. Ce sont les Néerlandais qui l'avaient suggérée début octobre, demandant à chaque État membre de l'Union de libérer 1 % de leur richesse nationale pour soutenir leur économie. Dans la foulée de la communication de la Commission la semaine prochaine, des batteries d'annonces devraient fuser de toutes parts. Silvio Berlusconi a déjà évoqué 80 milliards d'euros. Nicolas Sarkozy mettra en place « un plan de relance des infrastructures françaises » (lire page 4). Le président en exercice du Conseil européen souhaite mener « une stratégie offensive » avec ses partenaires. Il devrait s'entretenir avec la chancelière allemande Angela Merkel lundi prochain à l'occasion d'un Conseil des ministres franco-allemand qui doit se tenir à l'Élysée pour la convaincre.Toutefois, demander un plan de relance à la première économie de la zone euro pour tirer l'ensemble de la machine européenne semble être impertinent à deux titres. D'abord, parce que le gouvernement allemand n'est pas resté les bras croisés face à la crise de l'économie réelle et a déjà bien utilisé les leviers budgétaires sans parler de la relance (lire encadré). Il s'agit dans la plupart des cas d'argent neuf, et non de redéploiement de crédits. L'objectif de retour à l'équilibre du budget fédéral en 2011 a par ailleurs été abandonné et le budget national reviendra dans le rouge dès l'an prochain. Certes, Berlin est loin de laisser filer les déficits publics mais la grande coalition, qui avait fait de la rigueur budgétaire un de ses rares buts communs, doit manger son chapeau et accepter de voir l'État fédéral contracter jusqu'à 20 milliards d'euros de dettes nouvelles l'an prochain, soit près du double de ce qui était prévu.Reste à savoir, et c'est le deuxième point, si une relance allemande peut devenir la locomotive pour l'ensemble de l'Europe. Rien n'est moins sûr. L'économie allemande fonde sa croissance sur ses exportations, surtout industrielles. Or, c'est l'effondrement de la demande mondiale qui explique la contraction de la croissance outre-Rhin. Autrement dit, l'Allemagne est elle-même accrochée à une autre locomotive, celle de la demande qui lui est adressée de l'extérieur. Sans la reprise de la croissance mondiale, l'Allemagne fera grise mine. Quant à jouer sur la demande intérieure, rien n'est moins aisé : les ménages allemands épargnent beaucoup et le risque est réel de voir les aides à la consommation finir dans des bas de laine. Enfin, il n'est pas évident de muer une économie tournée vers l'extérieur en une économie répondant à une stimulation « keynésienne » intérieure. Le risque est donc de voir le solde commercial se dégrader et donc peser encore sur la croissance sans régler le problème des nombreuses PME exportatrices.En tout cas, la chancelière « Angela Merkel salue le principe d'un plan de relance de 130 milliards d'euros » préparé par la Commission européenne, mais pour l'Allemagne « il ne s'agit pas de verser un sou de plus », a dit hier son porte-parole. Si l'on met bout à bout les mesures de soutien à l'économie envisagées par Berlin, l'on parvient à 2,5 % de la richesse nationale, soit plus du double du plan concocté à Bruxelles. Bref, les Allemands agissent pendant que d'autres gesticulent.déficits et dette publicsD'ailleurs, de l'aveu même du président de la Commission, José Manuel Barroso, il ne s'agit pas de proposer n'importe quoi. Et d'enchaîner que « ce serait une erreur fondamentale de mettre en cause le pacte de stabilit頻. Donc pas question de laisser filer les déficits et la dette publics. Le plan européen relèvera d'une « approche coordonnée qui doit prendre en compte les différentes situations nationales et ne puisse pas mettre en cause les règles et les principes communs de l'Union européenne », selon le patron de la gardienne des traités. C'est une façon de dire par exemple à Silvio Berlusconi qu'il n'est pas question d'injecter 80 milliards d'euros neufs dans l'économie italienne. Cela tombe bien, puisque Il Cavaliere semble envisager plutôt du redéploiement budgétaire.

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