L'Ohio survit grâce à la manne fédérale

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« C'est formidable la façon dont les projets s'accélèrent ! Voilà trente-cinq ans que je travaille dans ce secteur et je n'ai jamais rien vu de pareil. » Vice-président de l'autorité aéroportuaire de Columbus, dans l'Ohio, Robin Holderman a de bonnes nouvelles pour la centaine de cadres assistant en cette mi-juin à une assemblée du Conseil de la logistique de la ville. Non seulement les fonds publics dédiés aux travaux d'infrastructure ont été débloqués mais leur exécution sera accélérée.Réunis dans l'aéroport de fret de Rickenbacker, les participants prennent connaissance du calendrier. Deux chantiers seront cofinancés par le plan de relance fédéral : l'élargissement de l'autoroute de l'aéroport et la ligne de fret ferroviaire menant de Columbus à Cincinnati. L'enjeu est énorme pour la capitale de l'Ohio. Représentés par 900 entreprises, les secteurs du transport et de la logistique occupent plus de 100.000 personnes dans cette métropole qualifiée « d'oasis économique » de l'État du Midwest miné par la désindustrialisation. Des équipementiers automobiles (American Axle, Johnson Controls...) ont récemment taillé dans leurs effectifs tandis qu'en mai, ArcelorMittal a fermé son aciérie de Cleveland. Depuis 2000, près de 400.000 emplois industriels ont disparu dans l'Ohio, où le taux de chômage a bondi de 6,8 % à 10,8 % en un an.« Sans ces travaux, des entreprises risquent de quitter Columbus et de choisir un autre hub », avertit Matt Collister, le vice-président de la chambre de commerce de la ville où sont implantés FedEx, UPS et l'opérateur de jets d'affaires NetJets. En période de croissance, ces projets auraient créé 10.000 à 20.000 emplois à Columbus, estiment les responsables locaux. Mais compte tenu de la récession, patrons comme élus ne s'aventurent plus à évaluer leurs retombées pour le fret. « L'argent fédéral garantira à terme une croissance pérenne de l'économie locale », assure John Ness, président de la société ODW Logistics.149 projets liés aux transports« Son impact le plus significatif est invisible, mais sans le plan, la récession serait bien plus violente », affirme Zach Schiller, directeur de la recherche du « think tank » Policy Matters Ohio. Sur les 8 milliards de dollars perçus par l'Ohio dans le cadre du plan, 775 millions seront dédiés à 149 projets liés aux transports. Mais l'essentiel ? 5 milliards de dollars? permettra à l'État de combler une partie de son déficit budgétaire qui, malgré cette aide, est attendu à 3,2 milliards sur 2010 et 2011. « Dans l'Ohio, le plan consacre 2 milliards de dollars à Medicaid, la couverture santé des plus démunis, et permet aux chômeurs de toucher des allocations pendant cinquante-trois semaines de plus », détaille Zach Schiller. « Sans le plan, le système scolaire de Columbus et la recherche de ses universités seraient décimés », assure Herb Asher, professeur de sciences politiques à l'Ohio State University. De son côté, Chester Jourdan Jr, directeur de la commission de développement régional (MORPC), indique que « 500 familles de Columbus ont conservé leur logement grâce au plan ».Pour stimuler l'emploi, les autorités locales tablent aussi sur le développement d'un réseau Internet haut débit, pour lequel l'Ohio a demandé 100.000 dollars, et sur les énergies alternatives. Mais faute d'intérêt d'investisseurs privés, la conversion d'un ancien site de l'équipementier Delphi en usine dédiée à ce secteur n'a pas reçu de fonds du plan de relance. Chargé des transports chez Exel Logistics, une filiale de Deutsche Post DHL basée à Columbus, Jim Damman prévient : sa société n'investira dans les énergies vertes que lorsque le Congrès aura légiféré sur les émissions de CO2 et il n'est pas sûr que l'Ohio en profite au premier chef. « Peut-être sera-t-il plus intéressant fiscalement d'investir dans l'éolien au Texas ? » s'interroge le responsable. Les États rivalisent donc pour la manne fédérale et les investissements privés. Une autre ville de Columbus ? située celle-là en Géorgie ? entend employer des fonds du plan de relance pour acquérir une usine qu'elle louera au fabricant de distributeurs de billets NCR. C'est aussi en Géorgie que ce groupe va transférer son siège, jusque-là situé à Dayton, dans l'Ohio, où 1.200 postes seront détruits. e. c., envoyé spécial à Columbu

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