Meckert, la justice en procès
La Tribune
La Tribune
Nous sommes tous des assassins », « Justice est faite » : les titres des deux romans de Jean Meckert, qui viennent d'être réédités chez Joëlle Losfeld, sont accrocheurs. Ils sont aussi trompeurs : ce fut d'abord des titres de films avant d'être des titres de livres. Flash-back.Nous sommes en 1952, Jean Meckert a un peu plus de 40 ans. Il a déjà publié six romans qui ont été salués par les plus grands écrivains français de l'époque. Il a fait du chemin depuis les ateliers de Belleville où il entrait comme apprenti à l'âge de 13 ans, après quatre années passées dans un orphelinat !Jean Meckert n'oublie pas pour autant ses origines modestes, du moins, ses livres s'en souviennent pour lui : sa prose est simple, brute, « vulgaire » au sens premier de « populaire », mais les personnages qu'elle anime sont dénués de toute vulgarité d'âme. Qu'il raconte la vie d'un man?uvre, d'un employé de bureau, d'un soldat ou d'un criminel, l'écrivain fait preuve d'une sensibilité peu commune, celle qui fait aujourd'hui défaut à de nombreux livres et films qui entendent nous montrer, d'en haut, la France d'en bas.Une sensibilité révoltée, devrait-on dire, contre une société où l'incompréhension et l'injustice sont le lot commun des individus. Un thème que l'on retrouve aussi bien dans ses premiers romans que dans ceux signés, à partir des années 50 et jusqu'au milieu des années 80, sous le pseudonyme de Jean Amila dans la Série n oire.Quand Gaston Gallimard décide d'adapter à l'écrit deux films de l'ancien avocat Alain Cayatte, « Justice est faite » et « Nous sommes tous des assassins », il n'est donc pas étonnant qu'il fasse appel à Jean Meckert. Dans « Justice est faite », une femme est jugée pour avoir mis fin aux jours de son amant, atteint d'un cancer incurable. Dans « Nous sommes tous des assassins », un petit voyou, homme de main de la Résistance pendant la guerre, est condamné à mort pour meurtre, au lendemain de la Libération. Ce sont deux films de procès, mais où l'accusé véritable n'est autre que la justice.Le prix des motsJean Meckert s'est emparé des deux scénarios et les a transformés en romans à part entière, parus en 1952 et 1954. Aujourd'hui, on appellerait ça une « novélisation ». Heureusement, le travail fourni par l'auteur n'a rien à voir avec ces écrits médiocres et anonymes. Les deux livres sont des sévères remises en cause de l'institution judiciaire, à travers les questions de la peine de mort et de l'euthanasie, à une époque où l'abolition de l'une et la simple évocation de l'autre scandalisaient encore la grande majorité des Français ! Ce sont des livres d'opposant, ce que Jean Meckert ne cessera d'être tout au long de sa vie. Il en paiera le prix, pense-t-on, en 1974, lorsqu'il est violemment agressé et laissé pour mort, après avoir dénoncé dans plusieurs romans les agissements des services secrets français.« Nous sommes tous des assassins » et « Justice est faite » sont des plaidoyers en faveur d'une justice plus humaine, qui reconnaîtrait aux individus le droit de vivre (et mourir) dignement. Si les films d'Alain Cayatte furent comme des coups de poing lors de leur sortie en salles, les romans de Jean Meckert transmettent leur force d'une façon plus continue et plus durable. Peut-être parce qu'on retient mieux les mots que les images. Aimé Ancian L'incipit« On me retire maintenant mes fringues et on me remet en taule. Je ne sais pas pourquoi on fait tout ce théâtre. »
La Tribune
« Une fausse solution pour la réduction de la consommation de plastique » : les élus locaux montent au front contre le projet de consigne des bouteilles
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
Aux États-Unis, l’épargne s'effondre à des niveaux historiques
JO 2030 : « Nous allons continuer à bâtir et à investir », promet Éric Ciotti