Menaces sur la pension des Américains
La Tribune
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La résistance des lobbyistes du secteur financier n'y peut rien : après des années de silence, le débat sur l'efficacité du système de retraites par capitalisation bat son plein aux états-Unis. Et pour cause, selon le Bureau budgétaire du congrès (CBO), fonds de pension et comptes d'épargne retraite américains ont perdu 2.000 milliards de dollars, soit 20 % de leur valeur, au cours des quinze derniers mois. « Il est clair que l'épargne retraite est l'une des grandes victimes de la crise financière », déplore le démocrate George Miller, président de la commission sur l'éducation et le travail de la Chambre des représentants. Pour l'élu, l'essor ces dernières années des plans d'épargne retraite à cotisations définies au détriment des plans à prestations définies est au premier chef responsable des déboires de ses compatriotes. Les plans à prestations définies protègent l'épargnant contre la volatilité des marchés. En revanche, la performance des plans à cotisations définies dépend du rendement des investissements réalisés par les gérants pour le compte des salariés d'une entreprise ? généralement dans des plans dits 401 (k) ? ou directement par l'épargnant ou son intermédiaire financier dans un plan individuel dit Iras (« Individual Retirement Accounts »). Entre 1985 et 2005, le nombre d'Américains ayant investi dans un 401 (k) est passé de 10 à 47 millions pendant que ceux ayant conservé un plan à prestations définies a chuté de 29 à 21 millions. Les 401 (k) ont la faveur des entreprises car ils ne les engagent que sur les cotisations. Les particuliers acceptant ce risque bénéficient pour leur part d'un crédit d'impôt pouvant s'élever à 15.500 dollars par personne et par an.Selon l'Employée Benefit Research Institute (EBRI), les comptes 401 (k) ont en moyenne perdu entre 19 % et 25 % de leur valeur au cours des neuf premiers mois de l'année, en fonction de l'âge de l'épargnant et la maturité de son plan. « Les preuves indiquant qu'il s'agit d'un véhicule inadapté commencent à s'accumuler », a déclaré au Congrès George Miller qui, face à la fureur des fonds communs de placement et lobbies comme l'Association des actionnaires américains (ASA), propose une refonte totale des plans à cotisation définies et leur supervision par le gouvernement fédéral.Dans le secteur public, les retraités et aspirants à la retraite ne sont pas à l'abri, même lorsque leurs intérêts sont gérés par le plus puissant fonds de pension des états-Unis : entre le 1er juillet et le 20 octobre 2008, Calpers a accusé une chute de 20 % de la valeur de ses actifs sous gestion, soit 40 milliards de dollars. D'après Northern Trust, les fonds de pension du secteur public ont en moyenne lâché 14,8 % au cours des neuf premiers mois de l'année. dépense imprévuesLas, la viabilité financière des plans à prestations définies n'est pas assurée sur le long terme. Certes, le consultant Watson Wyatt Worldwide note que ces comptes ont en moyenne superformé les plans à cotisations définies de 1 % par an entre 1995 et 2006. Mais la crise des crédits subprime ne les a pas épargnés : le Center for Retirement Research estime qu'ils ont perdu 1.900 milliards de dollars sur les marchés en quinze mois. Et le régime de retraite publique par répartition, la Social Security, qui constitue la seule et modeste ressource de quelque 30 % des seniors américains, verra ses dépenses surpasser ses revenus à l'horizon 2019, prévoit le CBO. Il n'est donc pas surprenant que, selon l'AARP, le puissant lobby des personnes âgées, un « baby-boomer » américain sur trois envisage de retarder son départ à la retraite tandis que le contexte économique en a contraint un sur cinq à ne plus alimenter leur plan d'épargne. D'après une étude du consultant Mercer, les entreprises américaines devront injecter plus de 100 milliards de dollars dans leurs fonds de pension pour couvrir les pertes accusées sur les marchés financiers. Selon Mercer, entre la fin 2007 et la semaine dernière, la couverture des engagements de retraites des entreprises du S&P 500 a chuté de 104 % à 97 %. Sans redressement durable des marchés actions ce coefficient pourrait descendre à 77 %, ce qui équivaudrait à un déficit de 400 milliards de dollars " et constituerait une mauvaise nouvelle" pour les sociétés proposant encore des prestations définies. Analyste au Credit Suisse, David Zion estime que les résultats de 65 sociétés américaines seront réduits de 10 % du fait de l'effort à réaliser cette année pour renflouer leur fonds de pension.
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