Le billard de l'été

La fusion Suez-Gaz de France occupera les esprits des politiques et des patrons pendant tout l'été. En reportant à septembre le calendrier de la discussion parlementaire sur la loi censée autoriser la privatisation de Gaz de France, Dominique de Villepin a gagné du temps, mais aussi prit le risque d'un enterrement de première classe. Certes, Thierry Breton, en première ligne sur le dossier, l'a pris à bras-le-corps. Mais la partie est loin d'être gagnée. On faisait savoir, du côté du gouvernement, que la CFDT était acquise à la cause de cette privatisation, et voilà François Chérèque qui, dans nos colonnes, lance un pavé dans la mare en s'y déclarant fermement opposé. On fait savoir aussi que l'Élysée et Matignon sont sur la même longueur d'onde, sauf qu'on sait combien sont fragiles ces bons ordonnancements une fois que la voix du terrain local se fait entendre. Et la petite musique qu'on fredonne dans les régions ne renvoie pas un écho très favorable. On fait enfin savoir que Nicolas Sarkozy, longtemps réticent, se serait rallié à l'idée de cette privatisation, le vote devenant alors pour l'UMP une simple formalité. Rien n'est moins sûr, pour les mêmes raisons que celles invoquées plus haut. Le fond du sujet se décline de la façon suivante. Premier point, les élus, et plus largement la classe politique, y compris ses plus éminents représentants, ont comme l'impression d'avoir été bernés dans le dossier Mittal-Arcelor. On leur avait demandé d'agiter bien fort le drapeau du patriotisme économique, ils ont été obligés de le ravaler, certains en s'étranglant, une fois que les belligérants ont trouvé un accord financier. On hésite donc, au Palais-Bourbon, et on peut le comprendre, à rejouer cette partition. Deuxième point, le sort de Suez dans les terroirs n'émeut guère : une seule chose compte, ce sont les prix du gaz et de l'électricité. Troisième point : ils sont quelques-uns à mettre en balance leur avis favorable sur ce projet avec un renforcement d'EDF, notamment dans le gaz. On ne voit donc guère ce qui permettrait, à la veille de cette session extraordinaire de septembre, en pleine rentrée politique, de donner la fusion Suez-Gaz de France comme acquise, tant la partie de billard semble complexe.

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