2. Quand l'esprit d'entreprise renaît dans les HLM

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Les immeubles ont des noms de fleurs. Chaque bâtiment est à lui seul un village avec plus de mille habitants. Au total mille deux cents familles ont élu domicile dans cette cité réhabilitée entre 1977 et 1983. En 1990, une barre a été détruite pour faire place à un habitat pavillonnaire. Un second édifice, aujourd'hui muré, doit à son tour être dynamité. La cité de la Pierre-Collinet, à Meaux (Seine-et-Marne), n'est plus montrée du doigt comme symbole des erreurs d'urbanisme du passé. Certes, il y a loin encore pour faire de cet environnement bétonné et concentrationnaire un modèle de résidence urbaine. Redonner l'espoir Charles Bouzols, président du Comité national de liaison des régies de quartier, et directeur de la régie de Meaux, en convient : l'avenir de ce type d'habitat passe certainement par sa disparition. Mais, en attendant, il faut animer le présent en rendant l'espoir à une population frappée par le chômage et l'exclusion sociale. Un vaste chantier qui recouvre des réalités bien différentes, que l'on s'intéresse aux grands ensembles de la banlieue parisienne ou aux quartiers HLM de petites villes de province, que l'on se donne pour ambition première le développement économique du quartier ou l'aide prioritaire aux personnes en situation de grande exclusion, que l'on mise sur la création d'emplois salariés en entreprise ou l'émergence de nouveaux métiers d'utilité sociale. « L'illusion qu'on a eue les uns et les autres, c'est de croire que la politique de la ville serait une solution miracle. Aujourd'hui, il faut être plus modeste et plus réaliste », explique Julien Dray, député socialiste de l'Essonne. « Une part des problèmes est liée au contexte économique. Proposer une politique de la ville ne peut être suffisant, il y a des choix de macro-économie à faire auparavant, et c'est d'abord à l'Etat d'assumer cette tâche. » Ensuite, le gouvernement se doit de donner aux acteurs locaux les moyens de mener à bien leurs projets, de façon pragmatique, sans ériger de grands dogmes de la politique urbaine, estime le parlementaire spécialiste des banlieues. C'est aussi l'avis d'André Santini, député-maire UDF d'Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine, pour qui tous les grands montages complexes et théoriques ne valent pas une prise en charge des problèmes sur le terrain, au niveau local : « C'est l'Etat qui a créé ces banlieues, mais il doit maintenant se contenter d'agir sur ce qui est de sa compétence, comme l'organisation des transports pour les désenclaver. Pour le reste, c'est aux municipalités d'agir. » Aucune initiative ne doit être négligée. Par exemple, la municipalité d'Issy-les-Moulineaux (50.000 habitants, 550 personnes sont en situation de grande pauvreté) a mis en place un service de garde d'enfants à domicile qui, selon le maire, fait réaliser des économies aux familles intéressées ainsi qu'aux contribuables. André Santini est parti du constat qu'une journée de crèche coûte jusqu'à 190 francs par enfant à une famille (qui, en plus, est rarement satisfaite des horaires), mais revient à 420 francs. La municipalité compense. Pour réduire les dépenses de la mairie et développer un service adapté aux besoins des familles tout en créant des emplois, il a bâti un système qui permet aux parents, pour le même prix, de faire garder chez eux leur enfant par une personne recrutée par la municipalité. Ce recrutement concerne exclusivement des jeunes femmes au chômage ou au RMI. Avant d'être opérationnelles, elles doivent participer à un stage de formation de douze semaines dans les crèches de la commune, période pendant laquelle les indemnités qu'elles touchent ne sont pas suspendues. Les gardes d'enfants sont ainsi réinsérées socialement et se voient délivrées des bulletins de salaire. Les familles qui optent pour ce système peuvent déduire 23.000 francs de leur déclaration annuelle de revenus, selon des dispositions mises en place par Martine Aubry et reprises par le gouvernement d'Edouard Balladur. La municipalité ne puise plus dans ses caisses pour régler aux crèches la différence entre le coût de la garde et la participation des familles. Mais, surtout, selon André Santini, une soixantaine d'emplois a ainsi été créée à Issy-les-Moulineaux. Maintien de la paix sociale A Meaux, la régie de quartier de la Pierre-Collinet gère un hôtel-résidence, installé il y a trois ans par l'office HLM dans l'un des immeubles de la cité. Cet établissement, qui permet d'abord de donner du travail à des jeunes filles employées comme femmes de chambre, remplit également un rôle non négligeable dans le maintien de la paix sociale du quartier. Ailleurs ce sont des emplois d'animateurs socio-éducatifs, d'encadrement sportif, d'accompagnement des personnes âgées qui sont créés. Concrètement, les élus locaux peuvent miser sur trois gisements d'emplois, explique Patrice Dunoyer Desegonzac, chef de projet du programme « 50 quartiers », mis en oeuvre par la Caisse des dépôts et consignations et l'Unon nationale des fédérations d'organismes HLM. Un programme qui vise à soutenir les actions de restructuration urbaine dans les quartiers d'habitat social. Premier gisement : la gestion du quartier, notamment par les offices HLM. « Dans les années 80, les organismes HLM, confrontés à des difficultés financières, ont réduit leur personnel. Aujourd'hui, on assiste, au contraire, à un redéploiement du personnel de proximité. Une circulaire du ministère de l'Intérieur devrait ainsi prochainement imposer la présence, dans les cités HLM, d'un gardien pour deux cents logements, quand il y en a aujourd'hui un pour cinq cents ou un pour mille. » Autre piste, le renforcement des services publics, nationaux ou municipaux, qui avaient également déserté ces quartiers. Deuxième gisement : les chantiers de réhabilitation et les investissements urbains avec, notamment, la clause de mieux-disant social qui peut désormais conditionner l'obtention d'un marché à l'embauche de jeunes chômeurs en voie d'insertion. Une contrainte qui a permis, par exemple, le recrutement d'une trentaine de jeunes en contrat de formation en alternance par le groupe Bouygues, sur le chantier de la rénovation du quartier Salvador-Allende, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) autour du grand Stade. Une opération réalisée dans le cadre de la charte régionale, « Quartiers : 1.000 parcours d'insertion », lancée en 1994 par les organismes d'HLM d'Ile-de-France et par les fédérations du BTP, et qui a permis à ce jour l'insertion de neuf cent cinq personnes. « Nous développons une économie solidaire » Troisième gisement, les entreprises : celles qui sont déjà installées dans le quartier - commerçants, artisans ou grandes surfaces -, le plus souvent en voie de disparition, celles qui sont établies au-delà, sur les autres communes ou dans le département, et les entreprises nouvelles attirées par de possibles incitations fiscales. La municipalité de la Courneuve, en Seine-Saint-Denis, et ses partenaires ont créé en 1993 une structure ad hoc pour démarcher ces entreprises afin de venir en aide aux jeunes à la recherche d'un emploi, principalement originaires de la Cité des 4.000, et qui rejetaient les institutions et notamment l'ANPE. « Ces jeunes avaient besoin d'un accompagnement plus long et plus étroit que ce que pouvaient leur offrir l'ANPE, qui gèrent 5.000 demandes », explique Samia Gasmi, la responsable du pôle emploi. « Bilan : environ une dizaine de placements par mois en moyenne dans des entreprises du département, mais avec un point noir : l'insertion des jeunes qui sont le plus en difficulté, et pour lesquels il n'y a que très peu d'offres d'emplois peu qualifiées. » Un constat pointé par Julien Dray : « Attirer des entreprises en banlieue pour recréer un tissu économique et social est illusoire. A Grigny (Essonne), en dix ans, il n'y a que Coca-Cola qui s'est implanté et avec très peu d'embauches locales », souligne le député socialiste, qui note que la priorité à l'embauche que l'on voudrait instaurer se heurte bien souvent à un problème de niveau de qualification et de compétence. « Nous développons une économie solidaire, qui répond aux attentes de nos concitoyens », souligne Charles Bouzols, président du comité national de liaison des régies de quartier. « Ce qu'il faut, c'est que les pouvoirs publics compensent le manque à gagner côté recettes de ces activités par un transfert de charges venant des économies réalisées sur le versement des diverses indemnités (Assedic, RMI, etc.). Nous pourrons alors mettre sur pied des dispositifs financièrement équilibrés mais à géométrie variable. » Philippe Flamand

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