Steve Jobs, le phénix aux griffes de fer d'Apple

Ce quinqua portant invariablement jeans et col roulé noir est l'homme d'affaires le plus puissant de la planète, selon le magazine américain Fortune. Le fondateur et patron d'Apple, Steve Jobs, n'est pas l'homme le plus riche du monde : il ne pointe qu'à la 132e place avec un patrimoine évalué autour de 6 milliards de dollars. Mais il a su, comme aucun autre, dicter sa loi à ses fournisseurs et ses partenaires, voire à des secteurs entiers, des majors du disque aux studios de Hollywood, des fabricants de composants électroniques aux opérateurs télécoms. Au point d'être craint ou honni comme Bill Gates en son temps. Parviendra-t-il à maintenir son ascendant ? C'est l'une des questions de 2008." MAGIC TOUCH"Son allocution au salon Macworld de San Francisco dans dix jours est attendue avec fièvre, comme chacune de ses apparitions, par les fans de la firme et les analystes de Wall Street, impatients de découvrir sa prochaine innovation, un an après la présentation du révolutionnaire iPhone. Un nouveau téléphone moins cher ou 3G, un ordinateur ultra-portable, une télévision pour surfer sur Internet ? Les oracles rivalisent. Le gourou de la Silicon Valley ne doit pas décevoir. Le cours de Bourse d'Apple a plus que doublé en 2007 et franchi les 200 dollars en décembre, portant sa capitalisation à 170 milliards de dollars, plus que HP ou IBM, deux fois plus que France Télécom...Steve Jobs n'est pas seulement un roi du marketing, passé maître dans l'art du bruit médiatique. Si sa réussite agace, même ses détracteurs le créditent d'un remarquable talent, celui de transformer en succès tout ce qu'il crée ou presque. Il est parvenu à régénérer sa marque, née il y a plus de trente ans, comme en témoigne la relance des ventes de Mac. Grâce à cette "magic touch", il a métamorphosé Apple d'un groupe informatique en déclin en leader du divertissement high-tech.Non content de dominer le marché des baladeurs numériques avec son iPod, écoulé à plus de 120 millions d'exemplaires depuis son lancement en 2001, Steve Jobs a bouleversé l'an dernier celui du téléphone portable avec son iPhone, élu invention de l'année par Time Magazine. Design léché, large écran tactile, simplicité d'utilisation malgré une multitude de fonctionnalités (courriel, appareil photo, baladeur audio et vidéo), ce téléphone novateur, le premier à permettre une navigation fluide sur Internet, a donné brutalement un coup de vieux à tous les autres. Il est devenu illico objet de désir de milliers d'accros à Apple ainsi que des opérateurs de téléphonie mobile, qui ont perçu en cet onéreux gadget le moyen de faire enfin décoller l'Internet mobile et d'accroître leurs recettes, en vendant des forfaits plus chers.Tous les grands opérateurs se sont bousculés au siège d'Apple à Cupertino, en Californie, dans l'espoir de décrocher l'exclusivité de la distribution dans leur pays. Steve Jobs, bien décidé à briser la chaîne de valeur de l'industrie du portable, a pu imposer des conditions qu'aucun opérateur n'aurait accepté d'un autre fabricant, même du leader jusqu'ici incontesté, Nokia. Apple refuse que son terminal soit subventionné par l'opérateur et récupère un pourcentage des abonnements, entre 20 % et 30 %, selon les estimations des analystes.Mais le système verrouillé de l'iPhone, et donc son modèle économique, ont des failles : les pirates informatiques ont vite trouvé le moyen de débloquer l'appareil pour l'utiliser chez un autre opérateur, créant un manque à gagner pour Apple. De plus, en France et en Allemagne, les opérateurs Orange et T-Mobile sont contraints par la loi de vendre l'iPhone " nu ", utilisable sur d'autres réseaux. Steve Jobs cherche la parade, laisse planer la menace de rebloquer l'appareil avec son logiciel iTunes, tout en sachant qu'il n'a pas intérêt à s'aliéner ses fans.10 MILLIONS D'IPHONE VISES EN 2008Malgré son prix élevé (499 dollars lors du lancement, abaissé depuis), l'iPhone a démarré en fanfare : 1 million d'exemplaires vendus en 74 jours aux Etats-Unis, contre 129.000 iPod au cours du trimestre de sa sortie. Les ventes auraient dépassé les 2 millions en fin d'année. Steve Jobs vise les 10 millions en 2008. Le lancement réussi se convertira-t-il en succès durable, susceptible de prendre le relais de l'iPod ? En France, Orange a vendu 70.000 iPhone au 31 décembre, manquant son objectif ambitieux de 100.000. Apple n'a pas encore dévoilé ses chiffres : l'heure de vérité pourrait sonner à Macworld ou à la publication des résultats trimestriels le 22 janvier.ParcoursEn 1976, à 21 ans, Steve Jobs, employé d'Atari, crée avec Steve Wozniak un ordinateur baptisé Apple. Il introduit la société en Bourse en 1980 et lance le premier Macintosh en 1984. Chassé de la direction d'Apple en 1985, il y est rappelé en 1997, alors que la firme accumule les pertes. Après le succès de l'iMac en 1998, il lance l'iPod et iTunes en 2001.

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