Henning Kagermann prolongé pour faire émerger le nouveau SAP

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Le 8 octobre 2007, l'éditeur allemand SAP annonçait la plus grosse acquisition de son histoire : celle de Business Objects, leader mondial de l'analyse décisionnelle, pour 4,8 milliards d'euros. Cette opération qui s'achève ces jours-ci a surpris les spécialistes du secteur car pendant des années, les dirigeants de SAP n'ont cessé de répéter vouloir privilégier la croissance organique et les petites acquisitions à forte valeur technologique. Henning Kagermann , le PDG de SAP était d'ailleurs le premier à défendre cette stratégie tandis que ses concurrents - IBM, Microsoft, Oracle - multipliaient les très grosses acquisitions pour grappiller quelques parts de marché. Mais les temps changent et Henning Kagermann reconnaît que pour croître, " la croissance interne ne suffit plus ".QUESTIONS SUR UN RACHATAvec des clients qui utilisent de l'informatique partout pour gérer leur entreprise (comptabilité, gestion des clients, des stocks, analyse financière), il devient impossible pour un éditeur de tout développer en interne : trop cher mais surtout trop long dans un secteur où les concurrents sont prêts à tout - notamment casser les prix - pour gagner des contrats. Car l'essentiel est d'être dans la place pour ensuite facturer au client la maintenance du logiciel, qui assure des revenus récurrents, et lui vendre des modules supplémentaires qui généreront également des revenus de maintenance.Pour capter le marché très porteur de l'analyse décisionnelle, SAP avait développé sa propre solution mais celle-ci n'était pas assez compétitive. D'où le rachat du français Business Objects (BO) avant que d'autres ne s'en emparent. Cette opération cependant n'est pas sans poser de questions. Peu habituée à acquérir des grandes sociétés, la société de Walldorf dans le Bade-Wurtemberg va devoir intégrer une entreprise à la culture bien différente de la sienne. Avec en prime tous les risques liés à ce genre de rapprochement (départ des collaborateurs, doublons des activités, freins dans les investissements, etc.). Mais la tâche ne semble pas faire peur à Henning Kagermann. " Il n'y a pas de conflits entre nos deux entreprises. 60 % des clients BO ne sont pas clients SAP. Et puis, BO gardera son autonomie avec ses lignes de produits. " Le défi d'ailleurs n'est pas pour déplaire à cet ancien professeur de physique, fan de musique " heavy metal " et que l'on imagine plus à l'aise dans un amphi d'étudiants qu'avec les analystes de Francfort. Henning Kagermann n'a certes pas la facon de de ses homologues américains (Steve Ballmer, Larry Ellison, etc.). Mais sous sa houlette, SAP est devenu le premier éditeur européen, seul capable de rivaliser avec les concurrents d'outre-Atlantique.La transformation n'a pas été facile et l'éditeur allemand ne s'est toujours pas débarrassé de cette image d'entreprise d'ingénieurs qui lui colle à la peau depuis sa création en 1972. Mais le SAP de 2008 n'a plus rien à voir avec celui de la fin des années 90 : le lancement d'une nouvelle génération de produits basée sur les technologies Internet a rassuré les clients sur les capacités d'évolution de l'éditeur ; le succès de l'implantation aux États-Unis grâce à la réorganisation vigoureuse menée par Leo Apotheker, le directeur des opérations, a prouvé que SAP savait se développer sur la terre de ses rivaux. Enfin, la réussite, après bien des cafouillages, de sa stratégie en direction des moyennes entreprises montre que ce spécialiste des grands comptes a su concrétiser sa recherche de relais de croissance.LES ANALYSTES SCEPTIQUES SUR LES PERSPECTIVES 2008Ce bilan plutôt positif a poussé les actionnaires de SAP à prolonger le mandat de Henning Kagermann. Donné comme partant fin 2007, il devrait finalement rester en place jusqu'à la fin 2009. Un changement qui a conduit à la démission fracassante, l'année dernière de son successeur annoncé, Shai Agassi, mécontent de devoir attendre deux ans de plus.Quoi qu'il en soit, Henning Kagermann ne devrait pas trouver le temps de s'ennuyer dans les dix-huit prochains mois. Si avec 41 milliards d'euros de capitalisation boursière, l'éditeur semble à l'abri d'une OPA hostile, il va devoir conforter ses positions alors que l'avenir ne se présente pas forcément sur les meilleurs hospices. Malgré des ventes 2007 supérieures aux attentes (10,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en progression de 9 %), les analystes sont, en attendant la réunion financière sur les résultats annuels prévue le 30 janvier, sceptiques sur les perspectives 2008. Ils craignent que la dégradation économique actuelle, notamment dans les banques - grandes clientes de SAP -, ne pèse sur les résultats de 2008.

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