Âpre bataille pour le nickel de Falconbridge

En ces temps de pénurie de minerais, la conquête de nouveaux gisements n'a rien de pacifique. Fussent-ils situés en Nouvelle-Calédonie. Les dirigeants du géant canadien Inco, qui rêvent de constituer le premier producteur mondial de nickel, le savent mieux que quiconque. Pourtant annoncé depuis l'automne dernier, leur mariage avec leurs compatriotes Falconbridge, bien qu'amical, attise depuis une semaine l'appétit des prédateurs du secteur.Alors qu'il redoute de voir le conglomérat Xstrata s'attaquer à sa promise, Inco est lui-même depuis une semaine la proie du canadien Teck Cominco, le premier producteur mondial de zinc, qui propose 15 milliards de dollars pour son rachat.Si, selon Inco, une fusion avec Falconbridge permettrait d'économiser 375 millions de dollars par an, cela ne suffit pas à convaincre ses actionnaires, qui réclament du cash. La réponse de Scott Hand, le PDG d'Inco, ne s'est pas fait attendre. Ce dernier a décidé d'accroître de 11 % le montant offert aux actionnaires de Falconbridge : au choix, 51,17 dollars "cash" ou 0,6927 de ses propres titres plus une soulte de 5 cents. "Il n'y avait guère d'alternative, le cours de Falconbridge sur le marché dépassant depuis longtemps le montant proposé", souffle un spécialiste du secteur.Xstrata, maître du jeu. Hier, le plongeon de l'ensemble des sociétés minières en Bourse - à la mi-journée, Inco perdait 3 % à Toronto, tandis que Falconbridge chutait de 2,4 % - est certes venue réajuster les compteurs. Le montant désormais avancé par Inco - 17 milliards de dollars pour l'offre en numéraire, soit 20 fois les profits de Falconbridge - en fait toujours le plus important rachat du secteur. Et la valeur de Falconbridge, qui s'est envolée de 73 % depuis l'annonce d'une alliance avec Inco, atteint encore 17,5 milliards d'euros.La véritable inconnue demeure l'attitude du groupe helvétique Xstrata, qui, selon le Sunday Times, préparerait une offre de 18 milliards de dollars. "Disposant du luxe de réfléchir s'il doit céder à prix d'or sa participation de 20 % dans la cible ou s'il peut se permettre de surenchérir pour en prendre le contrôle, c'est le véritable maître de la bataille", remarque Jean-Bernard Guyon, spécialiste du secteur chez Global Gestion.Le conglomérat, domicilié dans le canton helvétique de Zoug, a en effet acquis sa participation pour 2,05 milliards de dollars canadiens en août. Elle vaut aujourd'hui 3,5 milliards. S'il devra prendre en compte une clause de dédite de 450 millions s'il ravit le contrôle de Falconbridge à Inco, le groupe helvétique n'en reste pas moins d'autant plus à l'affût qu'il a les mains libres. En août, Xstrata s'était engagé auprès des financiers auxquels il avait racheté sa participation à leur rembourser la différence, s'il venait à s'emparer du reste de Falconbridge à un prix plus élevé. Or cette promesse arrivait à échéance... hier.P.-A. S.

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