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Entreprises et politiques publiques

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Publié le 29 septembre 2008 à 13:51 - Mis à jour le 29 septembre 2008 à 13:51

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Depuis la chute du mur de Berlin, le capitalisme s'est déployé dans presque l'ensemble du monde, avec beaucoup de succès en termes de croissance. Pourtant, les récentes turbulences ­financières sonnent comme une alerte : ne serions-nous pas allés trop loin dans la dérégulation et le retrait de l'état de l'économie ?On peut, sans gros risque de se tromper, avancer que la déréglementation a eu le mérite de faire respirer et de dynamiser de nombreux secteurs. Mais un quart de siècle après le début de ces expériences, on voit aussi ce que cette inspiration a de partiel. Les entreprises le savent bien, elles attendent plus des pouvoirs publics : sans faire une liste exhaustive, elles apprécient la mise à disposition d'infrastructures publiques de qualité, l'accès à une main-d'oeuvre bien formée, un ­financement bien réparti des ­dépenses de santé, le tout dans un environnement macroéconomique sain (croissance régulière, inflation faible).À l'égard des réglementations, le jugement des entreprises est souvent partagé mais pas, comme on l'écrit parfois, parce qu'elles en rejetteraient en bloc le principe ; non, ce qui est en cause, c'est plutôt d'avoir des règles du jeu claires et une application transparente. Il y a d'ailleurs là un jeu permanent qu'illustre bien la crise bancaire récente, qui peut s'interpréter comme une conséquence de la créativité des ingénieurs financiers pour échapper aux régulations afin de générer ­davantage de profits. Bref, les entreprises ont besoin de " bonnes politiques publiques ", mais comment les définir ? Comment les mettre en oeuvre ?Trois motifs d'interventionRichard Musgrave, que beaucoup considèrent comme le fondateur de l'analyse économique moderne des finances publiques, nous a quittés l'an dernier. Avec son épouse Peggy Boswell Musgrave, il avait publié dès 1973 un ouvrage intitulé Public Finance in Theory and Practice clarifiant les motifs de l'intervention publique dans l'économie. Tous les étudiants d'économie aujourd'hui apprennent que, selon " Musgrave et Musgrave ", l'État peut intervenir pour trois motifs : pour produire des biens publics ou modifier les incitations des agents économiques lorsque celles-ci ne sont pas optimales au regard de l'efficacité économique (par exemple parce que cela conduit à trop d'émissions de gaz à effet de serre) ; pour redistribuer entre les agents économiques (lorsque la ­répartition du revenu par le marché est considérée comme inadéquate socialement) ; enfin, pour stabiliser l'activité autour de son niveau ­potentiel (en particulier pour éviter les périls symétriques de la récession et de l'inflation).Malheureusement, ces trois motifs ne sont pas indépendants les uns des autres. En particulier, le motif de redistribution entre souvent en contradiction avec le motif d'allocation. Le revenu minimum d'insertion en est un bon exemple, la redistribution en faveur des plus pauvres pouvant être à l'origine de " trappes à inactivité " qui réduisent l'efficacité du système économique. Par ailleurs, les entreprises sont rarement enthousiastes lorsqu'il s'agit de payer des impôts, en particulier pour financer un système social ambitieux. De fait, la concurrence fiscale à laquelle se livrent les États sous la pression des entreprises et de leurs actionnaires tend à réduire la facture fiscale payée par les détenteurs du capital et les travailleurs hautement qualifiés, la charge se reportant alors sur les travailleurs moins qualifiés. Face à cette situation, la Commission européenne s'apprête à faire des propositions.Qu'en pensent les entreprises ? Les Rencontres économiques d'Aix en Provence, qui réunissent chaque année chefsd'entreprise, partenaires sociaux, universitaires et responsables politiques, seront l'occasion d'échanger sur les attentes contradictoires que peuvent avoir les différentes parties prenantes de l'économie en matière de ­régulation, de fiscalité, de coordination internationale, de politiques macroéconomiques : quel est le bon niveau de régulation bancaire ? La BCE a-t-elle raison de se montrer très dure face à la résurgence de l'inflation ? Comment organiser la redistribution en faveur des perdants de la mondialisation ? Quelles politiques climatiques privilégier ? Des débats qui s'annoncent animés !Aix-en-Provence 2008 : l'entreprise mondialisée au programmeRobert C. Merton, professeur à Harvard et Prix Nobel d'économie, Carlo Rubbia (Prix Nobel de physique), plusieurs sommités du monde académique américain - Eugène Fama, Luigi Zingales (université de Chicago), Stewart Myers (MIT), Richard W. Roll (Ucla), Richard Freeman, Andrei Shleifer et Peter Hall (Harvard) -, de très nombreux patrons - Bruno Lafont (Lafarge), Gérard Mestrallet (Suez), Christophe de Margerie (Total), Alexei Mordashov (Serverstal), Anne Lauvergeon (Areva), Carlos Ghosn (Renault), Guillaume Pépy (SNCF), Jean-Paul Bailly (La Poste), Alain Dinin (Nexity), Philippe Germont (Atos Origin) -, des banquiers et des financiers - Axel Miller (Dexia), Jean-François Théodore (Euronext-Nyse), Philippe Lemoine (LaSer), Augustin de Romanet (CDC) : ce seront, parmi beaucoup d'autres, de ce vendredi à dimanche, les intervenants des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, un événement organisé désormais chaque année par le Cercle des économistes, dont La Tribune est l'un des médias associés. Dimanche, en clôture, Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, parlera régulation de l'entreprise dans une finance en folie, tandis que Christine Lagarde, la ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi, interviendra sur l'entreprise innovante, dans un débat intitulé " le retour de Schumpeter ". Avec 2.000 participants attendus, à l'occasion du festival d'Aix, ce rendez-vous permettra d'aborder toutes les grandes questions de l'entreprise dans la mondialisation : nouvelles responsabilités de l'entreprise, la prise en compte de l'immatériel, la nationalité, la dimension sociale, le rôle des politiques publiques...

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