Puissances mondiales : le grand basculement

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Comme pour celle de 1929, la crise économique et financière de 2008 aura changé la configuration du monde, en particulier en accélérant la montée en puissance des pays émergents par rapport à l'Occident sous la houlette des Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine). La récession provoquée en 2009 par le fort ralentissement de l'activité dans le monde développé (- 3,2 %) aura permis aux émergents de faire un bond en avant, avec une croissance de 2,5 %, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Mieux, la Chine, désormais deuxième économie du monde cette année, devant le Japon, semble n'avoir jamais connu véritablement de crise.En 2011, le taux de croissance des économies émergentes devrait atteindre 6,4 %, après 6,8 % en 2010, selon le FMI, tandis que le rythme d'activité dans les pays développés évolue presque trois fois moins vite? : 2,4 % en 2011, après 2,6 % prévus pour cette année.Malgré les milliards de dollars et d'euros investis dans les plans de relance pour stopper la propagation de tout risque systémique, la crise aura surtout révélé la fragilité des modèles économiques en Occident. Le « laisser-faire » statistique en Grèce, qui a débouché sur une crise de la dette en Europe, est venu amplifier les problèmes liés à une économie trop dépendante d'un secteur ? l'immobilier en Espagne ou en Irlande ? ou manquant de compétitivité. L'Europe, en particulier son coeur, la zone euro, doit d'abord assainir ses finances publiques, comme l'exigent les marchés financiers, ce qui passe par des réformes du système des retraites ou des marchés du travail. Aux États-Unis, avec la purge du secteur bancaire et du marché de l'immobilier qui reste encore à achever, le moteur de la première puissance économique du monde n'arrive pas à redémarrer, grippé par un sous-investissement structurel, une consommation des ménages faible car ceux-ci restent focalisés sur leur désendettement, et un niveau record du chômage, à 9,6 %.DésenclavementA contrario, la Chine a d'autant mieux traversé ces deux années de turbulences qu'elle a réussi à partiellement rééquilibrer sa croissance. Hier largement tirée par les exportations ? l'effet « atelier du monde » ? son économie est aujourd'hui davantage tirée par la consommation intérieure, grâce au pouvoir d'achat de millions de Chinois sortis de la pauvreté et aux facilités de crédit accordées aux particuliers et aux entreprises durant le ralentissement. Pékin en a profité également pour investir dans les infrastructures pour désenclaver les régions intérieures et les aider à se développer pour là aussi opérer un rééquilibrage avec les riches régions côtières et leurs mégalopoles portuaires comme Shanghai.C'est d'ailleurs le même phénomène que l'on retrouve au Brésil, où le gouvernement d'un Lula, le président sortant très populaire, aura réussi à attirer les capitaux pour investir dans le pays tout en finançant des programmes de réduction de la pauvreté. Cette année, le géant vert d'Amérique latine devrait créer 2 millions d'emplois. « Dans les grands pays émergents, les risques de surchauffe économique se modèrent. La croissance ralentit et se rapproche de son potentiel », souligne Hélène Baron, économiste chez Allianz Global Investors.Mieux, on voit s'intensifier les échanges entre pays émergents. Ces derniers profitent de l'effet boule de neige qu'a entraîné la hausse des prix des matières premières, alimentée par la demande chinoise, et qui a permis d'enrichir en retour nombre de régions du globe?: le Proche-Orient, l'Amérique du Sud, l'Asie centrale et l'Afrique subsaharienne.Si ce dynamisme des pays émergents a des effets positifs ? leurs marchés représentent des débouchés pour les entreprises occidentales ?, il est aussi générateur de tensions. Dans le dossier du nucléaire iranien, le Brésil, la Chine et la Russie ont fait entendre leurs différences par rapport aux États-Unis et à l'Union européenne. Les plaintes se multiplient devant les instances de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et la faiblesse du yuan reste un sujet de discorde.

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