Les Médicis ou la religion de l'art

D'abord il y a la scénographie de l'exposition. Éblouissante. Par un jeu de miroirs, Bruno Moinard donne l'impression de pénétrer à l'intérieur d'un palais vénitien. Trompe-l'oeil, perspectives. Tout est fait pour nous projeter dans le temps. Sol marbré dans l'esprit de la mosaïque « la Place de la seigneurie » ici présentée. Objets précieux, meubles, sculptures, tableaux deviennent presque familiers comme si nous étions là, en invités, chez des hôtes de grande qualité. Le musée Maillol en est transformé.Et quelle famille ces Médicis?! Quel goût, quel sentiment de grandeur?! Avec eux, certains artistes vont trouver leur place à la droite de Dieu et une célébrité toute aussi grande. Ils se nomment Michel-Ange, Fra Angelico, Raphaël, Botticelli, Cellini, Pontormo...Au départ de cette famille florentine, Cosme l'Ancien. Si la banque l'intéresse, l'art le fascine tout autant. Pour preuve, cette prédelle de Fra Angelico intitulé « Sépulture des saints Côme et Damien et de leurs trois frères ». ?uvre d'une grâce mystique étonnante. Tant par sa sérénité que par ses couleurs. Dans la lignée de son grand-père va naître certainement le plus connu des Médicis, Laurent le Magnifique. Fidèle à la famille, il perpétue l'esprit de collection avec un goût prononcé pour le camée. En hommage à celui-ci, Botticelli va peindre une « Adoration des mages », dans laquelle on reconnaît à travers les personnages les figures de Cosme l'Ancien et d'autres membres des Médicis. Botticelli ira jusqu'à faire un autoportrait de lui dans cette oeuvre que l'on peut voir dans l'exposition. C'est au XVIe siècle que les Médicis accèdent à la papauté avec Jean de Médicis qui devient Léon X, personnage un peu replet peint par Giuliano Bugiardini d'après un original de Raphaël. Beau témoignage qui est proposé là. Raphaël, justement, qui va être un de ses protégés comme Michel-Ange. Toujours issu des Médicis, Clément VII va, lui, s'intéresser plus particulièrement à la bibliothèque de Florence qu'il va enrichir d'oeuvres exceptionnelles dont un « Livre d'heures d'une des filles de Laurent le Magnifique » par Francesco Rosselli, ou encore les oeuvres d'Homère illustrées par Bernardo et Neri de'Nerli que l'on peut admirer dans d'éclatantes couleurs. Délaissant la papauté, Cosme Ier poussa l'art vers plus d'intellectualisme et surtout une certaine excentricité. Elle s'exprime à travers le tableau de sa femme « Eléonore de Tolède » par Agnolo Bronzino, portrait dans lequel se dégage une véritable tendresse. Mais l'art chez les Médicis ne va pas se cantonner à la peinture et à la sculpture, les descendants s'intéresseront aux sciences, aux meubles en marqueterie et à la musique. C'est au sein de cette famille, pourtant déjà décadente, que naîtra la Camerata Bardi, cette académie de musique, à l'origine de l'opéra. Les premiers instruments de musique exceptionnels y seront fabriqués pour donner ensuite naissance aux Stradivarius et Guarnieri, comme on peut le voir avec le violoncelle dû à leur maître Niccolo Amati. Mais c'est déjà la fin des Médicis dont les derniers représentants seront Cosme II et Jean Gaston. Avec ce dernier, sans héritier, s'arrête la lignée des Médicis collectionneurs.Jean-Louis Pinte Musée Maillol, 59-61, rue de Grenelle, 75007 Paris, tél.?: 01.42.22.59.58, www.museemaillol.com. Jusqu'au 31 janvier. Cat. éd. Skira, Flammarion, 40 euros.

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