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« Tant que le chômage ne diminuera pas, le danger protectionniste demeurera »

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Publié le 01 juin 2010 à 21:21 - Mis à jour le 01 juin 2010 à 21:21

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Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)Confirmez vous la sortie de crise ?L'économie mondiale a touché le fond mais il reste à savoir si la reprise sera vigoureuse, durable, ou si on aura droit à d'autres répliques sismiques comme celle que l'Europe vient de connaître avec la Grèce. La crise est due, pour l'essentiel, à un défaut de régulation d'une activité très globalisée, la finance. Les travaux pour combler cette lacune de la régulation internationale sont toujours en cours et tant qu'on n'aura pas terminé cette tâche nous restons en zone fragile.Le risque du protectionnisme vous paraît-il toujours écarté ?Nous restons extrêmement vigilants. Le travail d'observation que nous avons mené depuis la fin 2008 sur les politiques commerciales de nos membres a abouti à la conclusion qu'il n'y a pas eu de dérapages protectionnistes majeurs. L'économie mondiale est aussi ouverte en 2010 qu'en 2008. Ce sont les règles commerciales internationales qui ont permis d'éviter de sombrer dans le protectionnisme. Mais l'origine politique de la tentation protectionniste reste le chômage. Or celui-ci s'est aggravé, particulièrement dans les économies en développement. Beaucoup de dirigeants comprennent à présent qu'en essayant de protéger leurs emplois nationaux menacés par les importations, ils risquent de perdre ceux créés par leurs exportations, souvent de meilleure qualité. Mais tant que le chômage ne diminuera pas, le danger protectionniste demeurera. L'amélioration de l'emploi va prendre du temps. Les paramètres de la croissance économique évoluent du point de vue géographique, au profit des pays émergents, et du point de vue de sa composition avec la montée du thème de la croissance soutenable, économe en ressources naturelles et moins émettrice de CO2. Ces évolutions modifient la gamme des activités économiques, des biens, des services, des échanges et des qualifications de la main d'oeuvre ce qui donnera lieu à des ajustements en matière d'emploi. Le moteur asiatique sera-t-il suffisant pour soutenir la reprise économique mondiale ?Les foyers de croissance se trouvent dans les pays émergents , les plus dépendants du commerce international. Mais il faut en tirer les conséquences du point de vue de l'ouverture aux échanges et de la stabilisation du système financier international. Les politiques budgétaires et monétaires extrêmement accommodantes des pays développés que sont les états-Unis, l' Europe et le Japon constituent un risque pour la pérennité de la croissance des économies émergentes et pour leur rôle moteur de l'économie mondiale. Elles entraînent des différentiels de taux d'intérêt importants, et risquent de créer des turbulences sur les marchés émergents par des afflux de capitaux à court terme. Les conditions sont réunies pour que se forment des bulles spéculatives si les gouvernements des économies émergentes ne parviennent pas à stériliser ces afflux. C'est pour prévenir la formation de bulles que le Brésil a introduit une taxe sur les entrées de capitaux. En redressant leur économie, les états-unis, l'Europe et le Japon doivent veiller à ne pas compromettre le dynamisme des émergents et du commerce.Le cycle de Doha peut-il encore aboutir ? Ne faut-il pas repartir sur des bases nouvelles ?Repartir sur des bases nouvelles est une idée intéressante mais peu réaliste. Le cycle de Doha n'est pas mort. Mettre d'accord les 153 pays membres de l'OMC est une tache complexe car chacun veille à ses intérêts nationaux. Tous nos membres ont envie que les négociations lancées à Doha se poursuivent. 80 % des objectifs de ces négociations ont déjà été atteints. Et nos membres veulent conclure les 20 % restant. Pour ces sujets, le niveau d'ambition n'est pas encore clair. Ce sont notamment les services, auxquels les Etats-Unis et l'Europe sont très attentifs, les tarifs industriels et les subventions à la pêche, un sujet qui devient majeur. Les groupes techniques continuent à négocier.La crise n'accentue-t-elle pas l'image négative de la mondialisation vue comme une menace pour le modèle social européen ?La question est comment combiner les avantages de la mondialisation avec la préservation de systèmes politiques et sociaux assez enracinés dans l'identité nationale des pays pour rester stables. L'Europe a le système social le meilleur mais aussi le plus coûteux de la planète. Pour que ce modèle soit soutenable, il faudrait soit améliorer l'évolution démographique du continent, ce qui passe par davantage d'immigration afin de compenser la diminution de la population dans les cinquante ans qui viennent ; soit améliorer le potentiel de croissance européen de 1 % à 1,5 % ce qui implique des réformes de structures. On peut trouver une poche de productivité en parachevant la construction européenne. Car l'Europe est aujourd'hui atteinte de claudication, comme l'a dit Jacques Delors. Elle a une grosse jambe monétaire, l'euro zone, et une toute petite macroéconomique, l'eurogroupe. La crise impose à l'Europe de choisir : soit défaire ce qu'elle a patiemment bâti, soit aller au bout de sa construction. Propos recueillis par laurent Chemineau

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