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Trop d'école... tue l'école

La Tribune

Publié le 02 septembre 2010 à 21:27 - Mis à jour le 02 septembre 2010 à 21:27

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18 juillet 2026

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Les rentrées tiennent du mythe de Sisyphe?: réforme du lycée et de la formation des enseignants, grogne des professeurs et inquiétude des élèves comme des parents... Sans que soit toujours posée une question aussi - faussement - simple que fondamentale?: à quoi sert l'école?? À viser l'excellence dans un monde de plus en plus concurrentiel?? À assurer la cohésion voire la transformation de la société?? À trop miser sur l'éducation, le risque existe d'en pervertir la mission. Bref, trop attendre de l'école peut... tuer l'école. C'est ce que plaident, dans un registre très différent, trois sociologues dans une étude comparative fouillée des systèmes éducatifs des pays développés et un journaliste américain, dans un essai stimulant sur le régime scolaire français auquel ses filles ont été soumises.Dans « les Sociétés et leur école » François Dubet, Marie Duru- Bellat et Antoine Vérétout mettent à mal bien des idées reçues. À commencer par deux conceptions qui alimentent les débats?: le « volontarisme radical » prônant quelques réformes et des moyens financiers pour permettre à l'école d'assurer le salut social, voire de changer le monde, tient du rêve « héroïque »?; quant au « déterminisme fataliste » limitant l'école à une reproduction sociale implacable, il est tout aussi excessif. Car les trois auteurs font apparaître, dans une radioscopie de sociétés comparables à celle de la France, une réalité dérangeante?: à l'exception de quelques pays nordiques, Finlande en tête, les sociétés et les systèmes scolaires semblent vivre chacun leur vie. En d'autres termes, penser que chaque société a l'école qu'elle mérite est pour le moins simpliste.Quelques exemples parmi bien d'autres. La Finlande, comme la France, consacre 6 % de sa richesse nationale à l'éducation. Or le système finlandais se révèle très « égalitaire » en matière de - bons - résultats scolaires, contrairement à la France. Le constat est similaire pour le Canada, beaucoup plus « égalitaire » que les États-Unis. « Tout dépend de la façon dont on accueille les élèves. » Et de la pédagogie. En recoupant nombre de critères, le traitement individualisé des difficultés des élèves donne de meilleurs résultats, dans le cadre d'un « tronc commun long » d'études, que le redoublement, les classes de niveau, ou la sortie du système éducatif sans qualification. Là encore la Finlande marque des points.Mais deux conclusions des trois sociologues donnent matière à réflexion. La primauté donnée aux diplômes et leur emprise sur la place sociale de chacun peuvent être paralysantes pour l'éducation... et la société. « On aurait assez peu confiance dans les maîtres, l'école et soi-même quand on pense que tout se joue à l'école. » Ce qui expliquerait, notamment, l'anxiété des élèves français, une spécificité dont toutes les études internationales font état. Il existe pourtant d'autres voies d'insertion sur le marché du travail et la société pour ceux qui échouent à l'école. Le cas de l'Allemagne est éclairant où un système de formation efficace compense de fortes inégalités scolaires. Autre conclusion qui mérite d'être méditée, les pays les plus scolarisés ne sont pas forcément « les plus paisibles et fraternels ». Et il ne suffit pas d'ouvrir une école... pour fermer une prison. En clair, la confiance dans les institutions sociales et politiques importe autant, en matière de cohésion et d'intégration sociales, que l'acquis scolaire.Cet appel à « mieux d'école » plutôt qu'à plus d'école, Peter Gumbel le relaye auprès des Français, sur un ton moins austère dans « On achève bien les écoliers ». Dans une enquête dont le sérieux n'empêche pas l'humour, cet Américain, ancien grand reporter à « Time Magazine », fin connaisseur de la France, dénonce un système éducatif où « la culture de l'excellence enfonce les plus faibles plutôt que de les aider à se relever ». Il souligne, lui aussi, que les élèves français sont champions mondiaux de la « ligue anxiogène », au point de se définir comme « nuls », même lorsqu'ils sont « bons », dans les enquêtes. Certes, l'auteur reconnaît que la France n'est pas le seul pays où l'on a tendance à « casser les élèves ». Mais il s'inquiète de la lenteur de l'évolution des mentalités dans un monde en pleine mutation.Peter Gumbel stigmatise notamment la « mortalité scolaire » due au recours intempestif à des redoublements coûteux pour l'Éducation nationale et souvent démotivants pour les élèves. Il s'en prend à une « tyrannie des notes » qui illustre les excès de la course aux diplômes. Plutôt que des notes indicatives de A à F qui permettent aux élèves anglo-saxons d'évaluer leurs progrès ou leurs reculs, cette notation utilise souvent les « 0 » et... rarement les « 20 ». L'auteur ne présente pas, pour autant, son pays comme un paradis scolaire. La « vague montante de la médiocrit頻 à l'école le désole. Et si les Américains ont l'avantage d'apprendre à avoir confiance en eux, s'ils peuvent rattraper leur retard de connaissances à l'université - pour ceux qui y accèdent -, ils sont guettés par un autre risque, l'excès de confiance, autrement dit la « grosse tête ».Autant dire qu'il n'existe pas de Saint-Graal de la pédagogie, même si Peter Gumbel rêve, comme bien d'autres, d'une combinaison entre une « culture scolaire moins rébarbative » qu'en France et une « rigueur intellectuelle » supérieure à celle des États-Unis. Pragmatique, il se refuse pour autant à tout pessimisme tant le changement lui semble être « devenu un impératif politique ». Simplement, il plaide pour que soient privilégiées les compétences sur le savoir ou pour l'abandon de la notation de 0 à 20 pour une échelle de 1 à 5 - quitte, propose-t-il malicieusement, à ajouter un « 6 » inatteignable, pour ne pas bouleverser les traditions de l'excellence à la française. Et prône la création d'un système Erasmus pour les enseignants afin de leur permettre, comme aux étudiants, de découvrir d'autres systèmes, d'autres mentalités et d'en faire leur miel. Afin d'introduire une notion oubliée en France, celle du « bonheur dans les écoles ».Deux livres dont l'ambition et le ton sont éloignés. Mais qui rappellent la nécessité d'une réflexion dépassant les tabous propres à l'Hexagone. Alors, comme nos trois sociologues, plaidons pour améliorer l'école sans abandonner ses valeurs humanistes. Et hâtons-nous, en France, de donner raison à Peter Gumbel qui clôt son livre par un provocateur et rafraîchissant « allez les nuls »?! Françoise Crouïgneau« Les Sociétés et leur école », par François Dubet, Marie Duru- Bellat et Antoine Vérétout, Le Seuil, 212 pages, 18 euros.« On achève bien les écoliers », par Peter Gumbel, Grasset, 170 pages, 9 euros.

La Tribune

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