L'éditorial de Pierre-Angel Gay

 |  | 347 mots
L'affaire Bettencourt ne relève plus, depuis longtemps, de la simple querelle familiale. Une querelle aux points de vue irréconciliables. Celui de Françoise, la fille, dénonçant « l'abus de faiblesse » dont serait victime sa mère, Liliane, 87 ans. Et celui de cette dernière, milliardaire, comprenant « très bien » que sa fille puisse être « jalouse » des largesses inouïes dont elle gratifie un envahissant entourage. L'onde de choc est désormais politique, fiscale et judiciaire. Politique, puisque chaque révélation déstabilise un peu plus l'ex-ministre du Budget et actuel ministre du Travail, Éric Woerth, dont l'épouse veillait aux placements financiers de Liliane Bettencourt. Fiscal, puisque des enregistrements, clandestins, font peser des soupçons de fraude. Judiciaire enfin, puisque le gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, évoque dans ces conversations volées, ses accointances à l'Élysée et le rôle clé du procureur de Nanterre, Philippe Courroye. Mais l'affaire ne devrait pas se limiter à cela ! Elle menace de déstabiliser, désormais, deux fleurons de l'industrie européenne, L'Oréalcute;al et Nestlé, sous le regard intéressé d'un troisième, LVMH. Paradoxalement, ce n'est pas le sort de L'Oréalcute;al qui intrigue le plus. Liliane Bettencourt, qui en est l'héritière, a cédé depuis 1992 la nue-propriété de ses titres à Françoise, sa fille, qui se dit « viscéralement attachée » à l'entreprise familiale. Nul ne sait, en revanche, ce qu'il adviendra des 3 à 7 % que madame Bettencourt détient encore dans Nestlé, elle qui a fait de son photographe préféré, François-Marie Banier, son... légataire universel ! Le nom du futur premier actionnaire du géant suisse dépend de la décision du tribunal sur la plainte pour « abus de faiblesse ». Enfin, les liens qui unissent le gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, à Bernard Arnault et à l'un de ses conseillers, mettent LVMH dans le jeu. Au centre ? Pas encore. Mais il y a là, toutes les prémices d'une conflagration industrielle à l'échelle européenne. pagay@latribune.f

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :