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Comment empêcher Google d'achever l'internet européen ?

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Publié le 05 septembre 2013 à 21:02 - Mis à jour le 05 septembre 2013 à 21:02

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Le Commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia est pressé par le temps. Son mandat arrivant bientôt à terme, M. Almunia doit maintenant décider s\'il est opportun d\'engager des poursuites judiciaires pour pratiques anticoncurrentielles contre Google, le géant américain de la recherche en ligne. Sa décision sera déterminante pour le succès ou l\'échec de toute une génération d\'entreprises européennes du secteur Internet.La Direction générale de la concurrence enquête depuis plus de trois ans sur les activités de Google en Europe. Il y a quelques semaines, la Commission européenne a publié des « conclusions préliminaires », qualifiant Google « d\'entreprise dominante » (plus 90% de parts de marché) qui abuserait potentiellement de sa position sur le marché.Internet européen en criseLa Commission a estimé que le principal abus commis par Google consiste en la manipulation des résultats de recherche. Selon la Commission, Google met en avant les résultats de ses propres services (sites de recherche spécialisés pour trouver par exemple des produits à bas prix ou des entreprises locales) au dépend de ceux de ses concurrents français, allemands ou anglais.Dans une déclaration, la Commission a fait part de ses inquiétudes concernant les pratiques de Google consistant à détourner les utilisateurs des sites et services concurrents les plus pertinents, diminuant par là même les incitations à l\'innovation. Cela va même plus loin. Les pratiques de Google ont mis à mal les business plans de jeunes entreprises européennes, provoquant le licenciement d\'employés qualifiés du secteur des technologies de l\'information, la fermeture de centres de donnée, ainsi qu\'une tendance générale à la réduction des investissements dans le secteur de l\'internet en Europe.Négocier plutôt que condamner? Lorsqu\'une enquête a mis en évidence des pratiques similaires de la part de Microsoft, il y a plus de dix ans, le prédécesseur d\'Almunia, Neelie Kroes, avait mis en place d\'importantes mesures, aboutissant à plus de deux milliards d\'euros d\'amende, et poussant Microsoft à modifier ses pratiques.Pourtant, malgré le succès de l\'action musclée de Neelie Kroes, Almunia a adopté une approche différente avec Google. Il y a un peu plus d\'un an, le Commissaire européen a entamé des négociations pour que Google propose volontairement des changements dans ses pratiques et puisse ainsi résoudre les accusations dont la société est l\'objet. La Commission a récemment rendu publiques les propositions de Google. Ces propositions ont suscité une vague de critiques de la part d\'entreprises européennes et d\'associations de consommateurs. Tous considèrent que ces propositions ne permettent pas de réparer les dégâts causés par des années de pratiques anticoncurrentielles.Alumnia a-t-il eu tort ?Le mois dernier, faisant écho à de nombreuses critiques, M. Almunia a annoncé que les propositions de Google ne suffisaient pas à résoudre les inquiétudes de la Commission. Il a ajouté avoir adressé une lettre au Président de Google, « lui demandant de présenter de meilleures propositions ».>> Lire aussi : Google va devoir prendre plus d\'engagements devant la commissionSes détracteurs estiment qu\'Almunia aurait dû engager des poursuites bien plus tôt, et que les entreprises européennes du secteur internet ont subi des dommages irréparables pendant qu\'il poursuivait ces négociations infructueuses. Par ailleurs, nombreux sont les détracteurs qui s\'interrogent sur la raison pour laquelle M. Almunia a pris des dispositions si « arrangeantes » à l\'égard d\'une entreprise américaine en situation monopolistique, entreprise qui, par ailleurs, fait l\'objet d\'enquêtes dans plusieurs pays européens pour évasion fiscale et violation de la vie privée des internautes.L\'Europe a pris trop de retardLes actions de Neelie Kroes contre Microsoft ont permis d\'ouvrir le marché à une nouvelle génération d\'entreprises du net, au premier rang desquelles figure Google. Les consommateurs européens ont bénéficié de cette nouvelle concurrence américaine, mais il était trop tard pour qu\'une entreprise européenne puisse rattraper son retard par rapport à Microsoft, sur les technologies concernées. De la même manière, il est aujourd\'hui trop tard pour que les entreprises européennes rattrapent leur retard sur Google en matière de recherche généraliste, quoi que fasse M. Almunia.Toutefois, rien n\'est encore joué en matière de recherche spécialisée. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, les marchés de recherches spécialisées fourmillent de concurrents européens en devenir - et notamment de sites qui se concentrent sur des produits et services à l\'échelle locale ou nationale.Dernier espoirSi on leur donne une chance réelle d\'être bien référencées dans les résultats de recherches sur Google, ces entreprises peuvent mettre en place ce dont rêvent les pouvoirs publics européens : des marchés transnationaux efficaces, qui respectent et promeuvent les cultures et traditions européennes.Il s\'agit là du meilleur et du dernier espoir pour que l\'Europe occupe une place de premier rang dans la nouvelle économie. Mais si M. Almunia ne réussit pas à prendre des mesures décisives pour mettre fin aux pratiques anticoncurrentielles de Google, ce sera bien le géant américain et non ses concurrents européens émergents qui contrôleront le futur du commerce européen.

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