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Idée reçue (3/5): les théories keynésiennes sont totalement dépassées

La Tribune

Publié le 06 août 2013 à 21:03 - Mis à jour le 06 août 2013 à 21:03

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Keynes, c\'est fini. A entendre la plupart des commentateurs, le théoricien de Cambridge est totalement dépassé. Non seulement ses recettes de politique économique ne fonctionnent plus, mais ses analyses ne correspondraient plus du tout à la réalité des économies actuelles. Exit, les théories sur la demande, l\'effet multiplicateur des dépenses publiques (l\'injection d\'un dollar dans une économie, via un investissement public, engendre une hausse du PIB supérieure à un dollar), ou l\'impact récessif des politiques d\'austérité.L\'effet multiplicateurEt si ces affirmations devaient être remises en cause ? Et si les théories de Keynes pouvaient expliquer la réalité actuelle ? Pour un économiste, être keynésien, c\'est d\'abord être convaincu de l\'existence de cet effet multiplicateur de la politique budgétaire. Dans un sens comme dans l\'autre : augmenter les dépenses soutient la croissance, les réduire obère au contraire le niveau d\'activité.Même si les choses évoluent, il est toujours de bon ton de dénigrer cette théorie des multiplicateurs. Compte tenu du niveau de dette publique, toute coupe dans la dépense a au contraire un effet positif sur la croissance, affirment les économistes en vogue. Comment ? Les agents économiques (ménages, entreprises) ont confiance dans un gouvernement qui ose couper dans les dépenses pour rétablir les comptes publics, car cela évitera des hausses d\'impôts à l\'avenir. Pas de hausse d\'impôt en vue : on peut donc investir ou consommer. Voilà résumée la théorie en vogue, qui a à l\'encontre des thèses de Keynes.La \"fée confiance\"Seulement voilà, cette théorie de la « fée confiance », comme le dit l\'économiste américain Paul Krugman, théorie chère notamment aux dirigeants de banque centrales, ne correspond pas si bien que cela à la réalité.Le Fonds monétaire international l\'a écrit il y a quelques mois, en octobre 2012, faisant au passage son mea culpa : contrairement ce que nous, experts du FMI, croyions, les politiques d\'austérité ont un vrai impact sur la croissance, ont-ils affirmé alors. Notamment s\'agissant de l\'effet multiplicateur. Avant la crise, le FMI estimait que celui-ci était faible, proche de 0,5 : pour un euro de dépense publique en moins, en Grèce ou Espagne, par exemple, le PIB devait être réduite de 0,5 euro.En fait, ont reconnu les experts, ce multiplicateur est beaucoup plus élevé, il se situe entre 0,9 et 1,7. Un euro de dépense en moins ou d\'impôt plus peut conduire à une baisse du PIB de 1,7 euro... Rien à voir.La validation des théories keynésiennesA elle seule, cette affirmation, cette reconnaissance d\'une valeur élevée du multiplicateur, vaut validation des théories keynésiennes : comme prévu par les conclusions de Keynes, les politiques d\'austérité menées en Europe depuis 2010 ont bel et bien mené à la récession, en raison de cet effet multiplicateur. Certains peinent à l\'admettre, comme les économistes de la commission européenne : certes, affirment-il, le multiplicateur a été plus élevé que prévu ces dernières années, mais c\'est en raison de la crise financière, qui a nui au financement des économies. Une fois celle-ci apaisée, les effets keynésiens vont disparaître. Un raisonnement aux fondements plus qu\'incertains, qui montre l\'enracinement idéologique des théories néo-classiques, selon lesquelles la politique économique n\'a pas d\'effet sur l\'économie. Forts de leurs convictions néo-classiques, les économistes bruxellois semblent avoir toutes les peines à admettre la réalité.Des recettes actuelles?En revanche, les recettes de politique économique telles que définies Keynes doivent être adaptées. Comment relancer par la dépense publique, alors que la dette atteint déjà des sommets ? Les keynésiens d\'aujourd\'hui se montrent plus pragmatiques. Voilà des mois qu\'ils suggèrent de mettre fin aux politiques d\'austérité. Sans pour autant pratiquer la relance. Une neutralité budgétaire qui les fait rejoindre, paradoxalement, certains économistes néo-classiques.

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