L'éditorial de Pierre-Angel Gay
La Tribune
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Cela s'appelle se prendre les pieds dans le tapis. Un tapis volant, en l'occurrence. Dans les années 1980, les quatre pays membres d'Airbus (Allemagne, Espagne, France et Grande-Bretagne) signent un Yalta avec les États-Unis, la patrie de Boeing. L'accord interdit aux compagnies aériennes de même nationalité que l'un des deux grands constructeurs aéronautiques, de bénéficier d'un crédit-export pour l'achat d'un appareil de son grand concurrent. Il s'agissait d'éviter que les compagnies américaines n'achètent que des Airbus pour bénéficier de cette facilité, ou qu'à l'inverse les transporteurs européens concernés n'acquièrent que des Boeing. Chacun défendait son pré carré, en quelque sorte. Le monde de l'aérien s'en est longtemps satisfait. Mais aujourd'hui, la compagnie qui vise le premier rang mondial s'appelle Emirates, et la première sur les vols intra-européens est l'irlandaise Ryanair. Et toutes deux ont droit à ces fameux crédits-exports. On comprend que leurs malheureuses concurrentes américaines ou européennes s'en émeuvent et dénoncent dans un courrier commun adressé à leurs autorités de tutelle cette distorsion de concurrence. Quant aux deux grands constructeurs aéronautiques, longtemps défenseurs du système, ils en découvrent aussi les limites. Le canadien Bombardier et le brésilien Embraer peuvent faire miroiter cet avantage aux compagnies qui en sont privées pour l'acquisition d'un Airbus ou d'un Boeing... Dans leur courrier commun, les compagnies demandent que les règles des crédits-exports soient mieux encadrées. En réalité, la seule solution pérenne consisterait à abandonner ces restrictions d'un autre âge. [email protected]
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