On la visite pour son histoire. On en repart, étonné par to...

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Willkommen in BerlinIl en va des grandes capitales comme des femmes. Prenez Rome, sublime, mais si difficile à vivre au quotidien. Ou Paris, qui semble n'user de ses charmes que pour mieux vous ruiner. Berlin n'est pas de cette trempe. Plus attachante que foncièrement jolie, la seule vraie métropole d'Allemagne ne cherche pas à séduire. On la prend telle qu'elle est. Et, à l'usage, on se dit qu'on a bien fait.Les charmes de Berlin ne se résument pas, loin s'en faut, aux musées, monuments et vestiges de son Mur, que chaque touriste liste consciencieusement avant de se poser à Tegel ou à Schönefeld, les deux aéroports de la ville. Pour en jouir pleinement, il faut user de tous ses sens. Commencez par humer. En mai, le lilas domine, avec une pointe de glycine. Puis vient le temps des acacias. Mais le point d'orgue olfactif, annonciateur des grandes chaleurs, c'est cette entêtante odeur de tilleul qui inonde Berlin au mitan de juin. En cette saison bénie, sur les pelouses des « Volksparken », ces grands parcs publics qu'aucune grille n'enferme, ou à la terrasse des « Kneipen », ces cafés où l'on peut boire et se sustenter, les Berlinois refont le monde ou s'informent sur ses derniers soubresauts à la lecture d'un quotidien acheté au crieur qui passe de table en table. Six mois plus tard, ils se réchaufferont d'un verre de vin chaud en découvrant les ?uvres décapantes dégotées par les galeristes de Mitte et les sobres vitrines des magasins de créateurs de Prenzlauer Berg et de Kreuzberg.Ville à la campagneObjectivement plus affriolante quand l'hiver ne la démaquille pas, Berlin reste en toute saison une ville à la campagne. Sept fois plus vaste que Paris, elle cultive sa verdure. Un tiers de sa superficie en est paré. Forêts et lacs, où, leur semaine terminée, les Berlinois filent selon la saison se baigner ou y glisser. Jardins ouvriers où les plus valeureux binent leurs plates-bandes à l'ombre des pommiers. Le gazon va même se faufiler entre les pavés des rues que la municipalité préserve pour favoriser un passage rapide de la pluie dans les nappes phréatiques. Cette touche « rétro » donne à la ville mitée par sa reconstruction un semblant d'unité. De même que ses vénérables réverbères en fonte, dont la pâle lumière évoque l'époque où Marlene Dietrich chantait « Lili Marleen ». Les cabarets de Berlin appartiennent à l'histoire, mais une atmosphère tout aussi libertaire règne dans les innombrables lieux de nuit qu'une jeunesse cosmopolite fréquente assidûment. Berlin by day, Berlin by night, les deux villes cohabitent en bonne intelligence. Au sortir du lit, les oiseaux de nuit, avec ou sans leur proie, ont l'embarras du choix. Même à 15 heures, ils trouveront à deux pas de leur nid un endroit pour petit-déjeuner. Comme New York, Berlin a décidé que les journées avaient vingt-quatre heures et que chacun était libre de les programmer à sa guise. Une vraie rupture avec les conventions très strictes auxquelles se plie encore le reste de l'Allemagne. Les matinaux font leurs courses à 7 heures du matin, les décalés à 11 heures du soir. L'important est de ne jamais avoir à se presser. À Berlin, celui qui ne flâne pas a l'impression de courir.

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