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« On ne peut plus dire de l'Éducation nationale

La Tribune

Publié le 07 décembre 2009 à 00:46 - Mis à jour le 07 décembre 2009 à 00:46

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

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Votre académie, réputée difficile, est la deuxième plus importante de France. La considérez-vous comme un laboratoire ? Certains syndicats disent en avoir « marre d'être des cobayes »?Il faut porter haut et fort la notion de laboratoire, puisque c'est au bénéfice de nos élèves. L'académie doit son dynamisme à sa démographie, à la jeunesse de ses enseignants. Ce sont des atouts pour s'adapter aux défis du xxie siècle. Prenez les nouvelles technologies : nous avons développé le projet Cartable en ligne, qui dote la plupart de nos collégiens d'un environnement numérique de travail. Voilà ce qu'est être un laboratoire. Où est le côté négatif pour les élèves ? J'aimerais qu'on me le montre.L'essentiel des enseignants apprécient de pouvoir participer à ces grands enjeux et ils sont demandeurs de soutien institutionnel. Depuis la loi Fillon du 23 avril 2005 qui ouvre la possibilité d'expérimentation, les enseignants sont investis d'un nouveau pouvoir. Le temps est fini où l'on pouvait dire de l'Éducation nationale qu'elle était un mammouth. La plupart de nos expérimentations sont issues de propositions venues du terrain. En moins d'un an, le collège de L'Haÿ-les-Roses, qui était fui, est devenu attractif. Ce sont les professeurs qui l'ont métamorphosé, autour du projet porté par le chef d'établissement. Toute cette effervescence est raisonnée, organisée de façon parfaitement transparente, et au service de la transmission des savoirs.Comprenez-vous les réactions hostiles à votre expérimentation qui consiste à mettre en place une prime collective à l'assiduité ?Expérimentation d'une prime collective à l'assiduité ? Je comprends les réactions hostiles puisqu'elles étaient fondées sur une information fausse. On a essayé de faire croire à toute la France qu'on allait payer des élèves pour aller à l'école. Or, il s'agit avant tout de lutter contre l'absentéisme record (jusqu'à 30 %) de certains lycées professionnels en finançant des projets de fin d'année, à condition que les élèves se soient collectivement impliqués dans leur scolarité. Si nous avions parlé de « bourses », tout le monde aurait trouvé cela très bien. Or, les bourses, c'est de l'argent. Le problème est qu'il n'y a pas de tradition d'expérimentation des politiques publiques en France. Pour la première fois, le projet de Martin Hirsch, haut-commissaire à la Jeunesse, prévoit 165 expérimentations, qui seront toutes évaluées.Quand comptez-vous tirer les fruits de cette nouvelle dynamique ?Dans l'éducation, les fruits sont par définition à long terme. Mais les effets sont déjà mesurables. L'an dernier, l'académie a enregistré la deuxième progression de France au baccalauréat, avec 1.250 bacheliers de plus ; et les lycées qui ont le plus progressé sont ceux qui avaient mis en place un accompagnement éducatif spécifique. Voilà des résultats obtenus simplement en travaillant sur la confiance en soi des lycéens, les méthodes qui leur permettent de réussir aux examens. Pensez-vous que la nouvelle réforme du lycée va assez loin ?Oui, d'abord parce qu'elle fixe les grands principes sans abîmer ce qui fonctionne bien. Elle s'adresse aux problèmes pointés par les lycéens eux-mêmes dans les débats : l'orientation et l'accompagnement. Elle permet d'aérer le système, de donner plus de force à l'établissement. Le temps de l'élève est conçu différemment. On dégage du temps pour l'accompagnement personnalisé, l'orientation se fait en continu et les trois filières générales sont mises à égalité. Le fait que la série L devienne une série internationale d'excellence est une piste extrêmement intéressante. Chaque filière (y compris technologique) sera valorisée en lien avec l'enseignement supérieur. Nous avons anticipé, à Créteil : les lycées de l'académie sont rassemblés en dix réseaux distincts, chacun lié avec une grande école et une université.L'assouplissement de la carte scolaire aurait renforcé « l'effet ghetto », selon un récent rapport de la Cour des comptes. Cela s'est-il vérifié sur votre territoire ?L'assouplissement de la carte scolaire nécessite un accompagnement. Il s'agissait d'augmenter le droit des familles, selon des critères objectifs et transparents, à pouvoir choisir leur établissement scolaire. Sur le plan collectif, l'idée était de permettre aux établissements qui étaient fuis de rebondir, en développant leur taux d'encadrement. Mécaniquement, aujourd'hui, les établissements les plus prisés ont des classes avec plus d'élèves que les établissements les moins prisés. C'est d'ailleurs l'occasion de vérifier si des effectifs réduits sont un avantage. Je rappelle que les dérogations à la carte scolaire ne sont pas fonction du bulletin de l'élève : les premiers bénéficiaires sont les élèves boursiers et les handicapés. Selon la manière dont c'est fait, cela peut conduire à plus de mixité sociale.Le premier internat d'excellence a été inauguré en septembre à Sourdun. Vous avez parlé d'« utopie éducative ». Pourquoi ?Il s'agit d'offrir des conditions d'environnement et d'éducation qui permettent à des élèves issus de milieux défavorisés de réaliser tout leur potentiel. Il nous a fallu, en six mois, organiser le recrutement des élèves, des professeurs et des personnels, mettre aux normes les bâtiments, bâtir un budget pérenne, construire un projet pédagogique innovant basé sur la réussite, le sport, la culture? Il nous a surtout fallu convaincre que cette utopie éducative ? « transformer une caserne en école » ? était possible et utile pour des élèves qui ne bénéficient pas des conditions optimales de réussite dans leur environnement proche.Sur cette lancée, trois ministres, Luc Chatel, Valérie Pécresse et Fadela Amara, m'ont confié une mission nationale qui devra déboucher, d'ici à 2011, sur l'ouverture de dix internats d'excellence. Un financement national de 250 millions d'euros, issu du grand emprunt, a été proposé pour soutenir les initiatives.Les universités de banlieue attirent moins que les parisiennes. Comment gérez-vous cela ?Les universités de la région parisienne extra-muros ont un défi à relever, et elles s'y emploient. Marne-la-Vallée est entrée dans l'autonomie, Paris XII et Paris XIII sont en train d'y entrer. La capacité d'initiative et de gestion qu'elle confère va leur permettre d'en dégager les bénéfices, et surtout de s'appuyer sur leurs domaines d'excellence, comme les mathématiques ou la médecine. Les moyens considérables nouvellement accordés leur offrent la possibilité de renouveler leur patrimoine. Ainsi, le pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) Paris-Est bénéficie du statut de campus prometteur, qui se traduit par un apport financier important de l'État. La coopération scientifique et la capacité à nouer des partenariats (avec les lycées, les classes préparatoires, les grandes écoles) se mettent en place. Le paysage se clarifie et se rationalise.La crise économique et sociale a-t-elle ralenti vos efforts ?Bien sûr, elle a un impact sur les familles de nos élèves, et nous y sommes très attentifs. Nous avons embauché plusieurs centaines de contrats aidés au cours des derniers mois : des personnes en fin de droits ou des jeunes vont accomplir des missions au sein des écoles, comme la lutte contre l'absentéisme. Sur des territoires défavorisés socialement, il est important que l'Éducation nationale ne soit pas en position défensive. Il faut sortir de ces discours sinistres évoquant la crise, le déclin. Ici, on voit au contraire un territoire vivant, des jeunes qui ont envie de faire quelque chose de leur vie, pour lesquels l'école est le vecteur majeur de réussite, d'ascension sociale, d'ouverture sur le monde. L'Éducation nationale reste la colonne vertébrale de la République. n

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