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Et si la croissance ne revenait pas ?

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Publié le 07 mars 2011 à 20:27 - Mis à jour le 07 mars 2011 à 20:27

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ChroniqueDes ouvrages, rapports et articles de plus en plus nombreux et de plus en plus convaincants ont mis ces derniers mois en évidence les effets désormais clairement destructeurs de la croissance sur notre environnement, confirmant quarante années après la publication de « Is Growth Obsolete ? », en 1972, le caractère visionnaire des travaux des Meadows. Alors même que la croissance a joué et continue de jouer un rôle absolument structurant dans le fonctionnement de nos sociétés (la poursuite de l'abondance a permis aux êtres humains non seulement d'accéder aux nombreuses « commodités » et à « la conservation de la santé, le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie » que Descartes appelait de ses voeux lorsqu'il souhaitait que « les hommes se rendent comme maîtres et possesseurs de la nature », mais aussi d'être contraints à la sociabilité et de détourner la violence des rapports humains), nous devons aujourd'hui imaginer ce qui se passerait si la croissance ne revenait pas, ou si nous décidions de ralentir considérablement son rythme, au moins de manière transitoire.En effet, c'est moins la croissance en soi qui détruit notre environnement que la croissance actuelle, productrice d'émissions de gaz à effet de serre à l'origine de la menace de réchauffement climatique et grande consommatrice de ressources naturelles non renouvelables, telles que le pétrole et une série de minerais essentiels dont les stocks sont limités. Comme l'écrit Tim Jackson dans « Prospérité sans croissance », la croissance, de solution est devenue problème. Nous voici donc, sans doute pour la première fois dans la longue histoire humaine, entrés dans une époque où il nous est possible de décider de laisser les choses se dérouler « comme avant » et dès lors de prendre le risque immense de rendre notre planète inhabitable ou bien de prendre un tournant radical, d'accepter le caractère insoutenable de la croissance actuelle, de reconnaître que la « croissance verte » n'est pas une solution (dans la mesure où, si le découplage relatif entre la croissance du PIB et la quantité de gaz à effet de serre dégagée par unité produite est possible, le découplage absolu ne l'est pas, notamment en raison de l'augmentation de la population mondiale) et qu'il nous faut donc, à très court terme, renoncer à la croissance. Renoncer à la croissance. C'est une décision à la fois absolument nécessaire si nous voulons garantir notre survie et une idée impossible à porter pour un homme ou un parti politique souhaitant se faire élire, tant l'idée que la croissance est la condition nécessaire de l'emploi, de la redistribution, du progrès et du bien-être est ancrée dans les esprits. Et en effet, comment éviter de compter sur la croissance si nous voulons à la fois financer notre État providence, rembourser notre dette, consentir le gigantesque investissement dans les technologies d'avenir capables de fournir de nouvelles sources d'énergie ? Il nous faut faire un effort d'imagination. Reconnaître que ce que nous avons de plus précieux est sans doute le patrimoine naturel et le patrimoine social dans lequel nous puisons chaque jour pour fabriquer notre production et exhiber les accroissements de quantité de biens et services produits - la croissance - sans jamais comptabiliser les ponctions, puisque notre comptabilité n'est pas patrimoniale. Reconnaître que ce qui nous importe, c'est bien l'inscription dans la durée de nos sociétés, de nos fragiles constructions humaines sur une planète qui pourrait bien cesser d'être accueillante.Imaginer un arrêt de la croissance mondiale, cela ne signifie pas que la croissance doive s'arrêter partout ni peut-être toujours. C'est envisager - très vite car la fenêtre de tir est étroite - une redistribution massive des revenus et de la consommation au niveau mondial et national, de manière à rendre supportable, pour ceux d'entre nous qui ont le moins, le ralentissement de croissance auquel nous devrons consentir. C'est rompre avec tout ce que les économistes nous avaient appris depuis plus de deux siècles (la destruction créatrice, la consommation comme stade ultime du plaisir, la religion de la quantité, les gains de productivité comme source inaltérable de progrès...). Et c'est peut-être renouer, grâce aux vertus du partage, avec la possibilité que tous accèdent à un travail qui aurait enfin retrouvé son sens et à cette proximité des conditions de vie qui reste la clé d'une société démocratique.

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