Norvège : les malheurs d'une économie qui se porte trop bien...

 |   |  638  mots
La plupart des pays européens s'interrogent sur la manière de regagner de la compétitivité. La contraction des salaires fait partie des pistes suivies. Pendant ce temps, les salariés norvégiens du privé menacent d'entamer un mouvement de grève lundi prochain pour la revalorisation de leurs salaires.  Dopée par la rente pétrolière, l'économie de la Norvège interpelle par ses performances macroéconomiques. Avec un taux de croissance du produit intérieur brut de 3,5% l'an dernier, un taux de chômage de 3,6% de la population active et un revenu mensuel moyen de 5.300 euros par employé, on pourrait même croire au paradis. Mais ces statistiques hors du commun européen cachent un mal insoupçonné. Les revenus ont exploséLe niveau de revenu moyen des norvégiens est supérieur de 60% à la moyenne des salaires européens. Depuis 2000, il a progressé de 63%. "Sans effet positif pour l'économie", déplore Dag Aarnes, économiste à l'Association des entreprises norvégiennes.  Les 50.000 immigrés pour 5 millions d'habitants qui entrent dans le pays chaque année pour trouver du travail ne suffisent pas à créer un effet, sinon de contraction, au moins de stabilisation des salaires.Les Norvégiens ne travaillent pas assez...Considérant que leur niveau de revenu le leur permet, les Norvégiens sont de plus en plus nombreux à vouloir réduire leur temps de travail. Selon l'OCDE, ils occupent la troisième place de ceux qui travaillent le moins dans le monde derrière... les Néerlandais et les Allemands. Les faits sont éloquents. Avec un taux d'emploi (part de la population active qui occupe effectivement un emploi) de 61%, le royaume scandinave se situe dans une moyenne regroupant la Grèce, la Hongrie, l'Espagne ou encore l'Italie. C'est-à-dire ceux qui rencontrent le plus de difficultés en Europe. "Nous gagnons assez pour nous offrir notre style de vie nordique : passer du temps dans notre chalet, faire du ski, faire du vélo et passer du temps avec nos enfants," explique Elise Bakke, 36 ans, qui vient de réduire son temps de travail à 6 heures par jour. "Pourquoi devrais-je travailler plus alors que je n'en ai pas besoin ?" s'interroge-t-elle.Les chefs d'entreprises s'agacent devant la perte de compétitivitéCe qui n'est pas sans conséquence sur l'économie du pays. Entre salaires qui ont augmenté et nombre d'heures travaillées en chute libre, le pays a enregistré une baisse continue de sa productivité entre 2006 et 2012. Les entreprises n'ont d'autre choix que d'augmenter leurs prix pour compenser la hausse des coûts liée aux salaires.Si bien que les pertes de marchés se multiplient. Le spécialiste de la construction de plateformes pétrolières offshore Kvaerner a ainsi laissé échapper un projet clé offert par la société pétrolière d'État Statoil au profit du Coréen Daewoo & Marine Engineering. La raison : Kvaerner était trop cher. "Nous n'arrivons pas à compenser par la qualité", a expliqué le patron de Kvaerner, qui estime ses coûts supérieurs de 15% à ceux de la concurrence. Exaspérés, les dirigeants de la compagnie aérienne low-cost Norwegian sont même allés jusqu'à menacer leurs employés de recruter des équipages asiatiques, plus travailleurs et moins chers selon eux, pour les vols européens.Le sujet n'est pas à l'ordre du jourA quelques mois des élections, on ne s'inquiète guère en Norvège. L'État-providence, couteux pour les contribuables et les entreprises, riche d'un fonds souverain de plus de 700 milliards de dollars issus de la rente pétrolière n'est pas remis en cause, et d'éventuelles réformes du marché du travail ne font pas partie du débat public. Il faut dire que la Norvège reste malgré tout le pays le plus productif du monde.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :