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La Turquie se veut la Chine de l'Europe

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Publié le 08 mars 2010 à 22:17 - Mis à jour le 08 mars 2010 à 22:17

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Tapis de soie iraniens, couvre-selles brodés des ex-républiques soviétiques, savons d'Alep, châles serbes et afghans : les images traditionnelles du grand bazar d'Istanbul illustrent paradoxalement ce que la Turquie moderne peut offrir aux entreprises étrangères. Des relations commerciales et culturelles tissées de longue date avec la région tout entière. De fait, c'est l'accès à tous ces marchés que la Turquie met désormais en avant auprès des Européens.Avec ses quelque 72 millions d'habitants, le marché national pourrait déjà allécher. Mais si l'on y ajoute les voisins, il passe, selon l'expression bien établie à Ankara, à près d'un milliard... Autant dire que pour les entreprises européennes, la Turquie et sa région pourrait jouer un rôle identique à celui de la Chine, en termes de production comme de consommation - la proximité géographique en plus. Le Medef ne s'y est pas trompé, en plaidant, comme il l'a fait récemment lors d'une rencontre avec des officiels et des entrepreneurs turcs, pour la mise en place de partenariats franco-turcs afin de pénétrer les marchés de la région -, de la Russie aux Balkans en passant par les pays arabes et l'Iran. Aujourd'hui, ce sont en majorité des entreprises turques qui construisent bâtiments et hôtels en Russie. Elles se placent au deuxième rang dans le monde, derrière les entreprises chinoises. Les mêmes et d'autres sont également présentes en Syrie, dans le Golfe, en Iran, en Irak. Tout comme le gaz et le pétrole, qui seront à l'avenir acheminés de la Caspienne à l'Europe à travers la Turquie, les marchandises, dans toute la région, transitent dans des camions turcs. « Les entreprises françaises devraient venir chez nous pour accéder à tous ces marchés », souligne Alpaslan Korkmaz, le président de l'Agence turque pour la promotion et le soutien à l'investissement. Si, au point de vue énergétique, mais aussi diplomatique et militaire, la Turquie aime à souligner vis-à-vis de l'Europe le rôle clé qu'elle joue dans ce voisinage parfois turbulent, c'est donc aujourd'hui sur le terrain des affaires, en tant que tremplin régional, qu'elle veut se positionner. En commençant par dévoiler ses propres attraits. « Investir en Turquie, c'est profiter de la croissance d'un pays émergent avec les simples risques d'un marché développ頻, insiste ainsi Mehmet Simsek, le ministre turc des Finances.Le pays, violemment touché par la crise mondiale (son produit intérieur brut, PIB, devrait s'être contracté de 5,8 % en 2009), se relève vaillamment. Sur les années 2010-2011, la croissance devrait être au moins égale à 3,5 %, selon les prévisions de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et du Fonds monétaire international (FMI). Et en 2050, la Turquie pourrait devenir la deuxième économie européenne, derrière le Royaume Uni, et la neuvième du monde (elle est quinzième actuellement), selon une étude de Goldman Sachs de septembre 2009. Mieux, « parmi les points forts de la Turquie, il faut noter sa structure productive, très compétitive sur des produits qui montent désormais en gamme », souligne Yves Zlotowski, économiste en chef à la Coface. À cela s'ajoute un renforcement des finances publiques. La dette, qui se situait à 80 % du PIB en 2001, devrait reculer à 25 % cette année. Enfin, le système bancaire, échaudé dans le passé par des crises économiques à répétition, est sain, car il est resté à l'écart des produits toxiques prisés par les institutions financières européennes et américaines. « L'environnement des affaires y est meilleur, notamment au point de vue légal, que dans les pays d'Europe de l'Est », ajoute l'expert de la Coface. Un point positif, en particulier pour les PME étrangères.Quant aux entreprises turques, souvent familiales, mais de plus en plus tournées vers l'extérieur, elles ont été si habituées aux chocs qu'elles savent gérer les crises, et lorsqu'elles doivent emprunter, paient en général leurs dettes rubis sur l'ongle. D'Axa à GDF Suez et BNP Paribas, les investisseurs français présents sur place ne tarissent pas d'éloges sur la Turquie, son esprit d'entreprise, la qualité de sa main-d'oeuvre et le potentiel de consommation que revêt une population jeune, dynamique et aux revenus en progression. « Nous avons des intérêts en Turquie et tout va bien, le pays est stable », résume ainsi Jean Lemierre, conseiller du président de BNP Paribas. « Le pays a réalisé des gains de compétitivité qui pourraient servir d'exemple à la Chine ! » souligne-t-il. De fait, selon les données 2009 de l'Institut international de développement du management (IMD), la motivation des salariés turcs se situe, sur une échelle de 0 à 10, à 5,44, contre 4,54 pour la France... La productivité par personne et par heure se place, quant à elle, à 21,06 dollars en 2008, contre 4,70 pour la Chine, et 3,27 pour l'Inde. « Si les entreprises françaises ne jouent pas la carte de la Turquie, elles se feront souffler l'occasion par d'autres », conclut Jean Lemierre. Le nombre de grandes sociétés françaises présentes en Turquie (300) a bien été multiplié par vingt en vingt ans, mais d'autres entreprises étrangères, notamment allemandes, veillent au grain.Toutefois, si la Turquie se veut incontournable au point de vue géostratégique comme économique, elle a encore du mal à convaincre les Européens, et notamment les Français, de l'intérêt de l'accepter au sein de l'Union européenne (UE). « Parfois, le monde politique suit avec retard celui des affaires », regrettent les diplomates à Ankara. Ils comptent aujourd'hui sur le business pour servir de relais à la candidature turque. Et soulignent que l'union douanière, nouée avec l'UE en 1996, ne remplace pas une adhésion. Les problèmes de visas, en particulier, restent entiers, « même pour mes ingénieurs qui doivent aller mettre en marche nos équipements vendus en Belgique », s'insurge Engin Gozukucuk, le patron de Gozukucuk Makina Elektrik Elektronik, à Kayseri, en Anatolie. Face à ce rejet européen qui perdure, les entrepreneurs turcs tentent de faire bonne figure. « La question de l'adhésion n'est pas centrale pour mes affaires, assure ainsi Engin Gozukucuk. Si je la souhaite, c'est parce que c'est un gage de stabilité et d'approfondissement de la démocratie pour mes enfants. » À défaut de pouvoir aller à Bruxelles quand cela lui chante, il ira ailleurs - dans les pays voisins. Consciente d'être une puissance régionale, la Turquie déploie déjà sa diplomatie, de Téhéran à Riyad, et même à Tel-Aviv. Si elle n'est pas acceptée dans l'Union, elle pourrait emboîter le pas à ses hommes d'affaires, et, en jouant la carte du régionalisme, tourner le dos à l'Europe...Lysiane J. BauduEn 2050, la Turquie pourrait devenir la deuxième économie européenne, derrière le Royaume- Uni, et la neuvième du monde, selon Goldman Sachs.

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