Le football, ce fantastique vecteur de mondialisation

 |   |  738  mots
Le football est le seul sport à se prévaloir d'une audience cumulée de 26 milliards de téléspectateurs. Dépassant la grande messe de l'olympisme, la Coupe Jules Rimet devenue Coupe du monde de la Fifa est l'événement planétaire qui suscite le plus d'attentes, génère les espoirs les plus fous, procure des joies inoubliables, et occasionne des tristesses insoupçonnées. Tout a été dit et écrit sur l'universalité du football. L'édition sud-africaine ne déroge pas à la règle. La ferveur sera aussi forte à São Paulo qu'à Pyongyang. De Berlin à Abidjan, en passant par Ljubljana, Lagos, Mexico, Tokyo ou Wellington, les supporters s'imagineront simultanément des destins étoilés et des nuits magiques tant que les premières rencontres n'auront pas livré leurs verdicts. Sport, spectacle, business, phénomène social, parfois instrument de propagande politique aux tendances démagogiques ou nationalistes, le ballon rond est au carrefour d'enjeux géopolitiques, économiques et sociétaux.Est-ce seulement pour figurer au palmarès de cette compétition que les nations de tous les continents se précipitent aux épreuves qualificatives?? Au-delà de l'amour du jeu et du prestige sportif, la Coupe du monde représente l'occasion inespérée pour certains États d'exister sur la scène internationale. Pour les plus puissants, il s'agit de maintenir leur rayonnement, leur influence et d'affirmer une forme de leadership. Ce n'est pas un hasard si la Fifa compte 208 membres tandis que l'ONU reconnaît 198 États. L'instance sportive associe les peuples au-delà de la politique. C'est le football qui a réuni l'Argentine et l'Angleterre lors de l'épreuve mexicaine en 1986, soit peu de temps après la guerre des Malouines. C'est toujours le football qui a scellé une « trêve » entre l'Iran et les États-Unis pendant la Coupe du monde organisée en France (1998). C'est encore la Fifa qui fut à l'origine de matchs symboliques ou inédits?: le Honduras contre le Salvador (1969), ou encore l'Arménie face à la Turquie (2009). Quand la géopolitique divise les États, le football d'équipes nationales rassemble, au moins l'espace d'une compétition ou d'un match, les peuples - par opposition au football de clubs dont les problèmes de violence récurrente se sont généralisés ces dernières années.Il existe bien une géopolitique propre au football où l'hyperpuissance est « carioca ». « La bannière étoilée » bien qu'elle rattrape son retard sportif notamment par l'intermédiaire de ses minorités visibles est encore loin des meilleures nations. La République populaire de Chine souffre toujours de son isolement passé. Quant à la grande Russie, elle n'est même pas qualifiée pour la présente édition. Au royaume du football, le clivage n'est pas Nord/Sud. Il oppose plutôt le Vieux Continent au Nouveau Monde. Aussi, sur le gazon, les géants sont le Brésil et l'Argentine d'un côté, l'Italie et l'Allemagne de l'autre. À l'orée de l'épreuve qui débutera le 11 juin, le match est équilibré?: neuf victoires de part et d'autre (1). Les pays asiatiques, puissances économiques majeures (Japon et Corée du Sud), sont en retrait de la scène sportive, même si la quatrième place à domicile de la Corée du Sud en 2002 est porteuse d'encouragements. Inversement, les sélections africaines sont globalement performantes au regard des ressources financières qui sont les leurs.Cette dix-neuvième Coupe du monde ancre le football dans la mondialisation. Même si les enjeux économiques relatifs au choix du pays organisateur, aux contrats générés pour la modernisation des infrastructures, à la cession des droits de télévision, à l'équipement des meilleures sélections, augmentent tous les quatre ans, le football est et demeurera un sport. Pendant quatre semaines Drogba, Eto'o, Kaka, Messi, Ronaldo, Rooney, et Ribéry vont enchanter le monde et faire vibrer les foules. Cet enthousiasme partagé par des milliards de téléspectateurs rend ce sport unique. Parce qu'il dépasse les frontières, qu'il rapproche les peuples en les transcendant, le football est l'étendard d'une mondialisation enfin heureuse.(1) Brésil 5 victoires, Argentine 2 victoires, Uruguay 2 victoires pour l'Amérique du Sud. Italie 4 victoires, Allemagne 3 victoires, France 1 victoire et Angleterre 1 victoire, pour l'Europe.(*) Directeur de l'Institut Choiseul et rédacteur en chef de la revue « Géoéconomie ».(**) Chargé de mission à l'Institut Choiseul.Point de vue Didier Lucas (*) et Alexandre Schoepfer (**)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :