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La nouvelle cartographie mondiale des pouvoirs

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Publié le 10 février 2011 à 20:32 - Mis à jour le 10 février 2011 à 20:32

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Dans « le Monde à l'horizon 2030 », Nicolas Tenzer n'élude ni les risques de conflits ni la persistance probable de la barbarie. Cette confrontation d'intérêts contradictoires n'aboutira pas au chaos, selon lui, mais, paradoxalement, à une stratégie des tensions propre à... plus de stabilité. L'auteur, qui, comme haut fonctionnaire, a beaucoup voyagé, reconnaît être passé, en cinq ans, du pessimisme actif de l'intellectuel à une once d'optimisme raisonné. Cette relative stabilité passera par des « voies méconnues » et non par les outils traditionnels, tels l'ONU ou l'Union européenne, menacée de « détricotage » par ses divergences internes. Elle viendra plutôt d'une coopération informelle entre les États. Écartant d'un trait de plume l'« illusion » d'une organisation multipolaire, Nicolas Tenzer voit certains pays jouer un rôle de pivot. C'est le cas des États-Unis, cette « puissance par défaut » et de la Chine dont l'ascendant économique posera moins de problèmes internationaux, à l'avenir, que son poids géopolitique. Des alliances à géométrie variable se noueront et une « stratégie du zigzag » façonnera le nouveau monde.Se dessine ainsi une planète plus inquiétante... et plus pacifiée, grâce à des États qui auraient pris conscience de leur intérêt bien compris : chercher à s'intégrer dans un réseau de relations internationales plutôt qu'exporter leurs déséquilibres. Reste à savoir si leur pouvoir s'en trouvera renforcé, comme l'affirme l'auteur, ou si, comme le pense Alain Cotta, il sera fragilisé par un écheveau d'influences puissantes et contradictoires. Dans « le Règne des oligarchies », l'économiste tente d'en dessiner les tendances. Une tentative d'autant plus complexe que, de l'aveu même de l'auteur, il est plus facile de définir l'oligarchie par ce qu'elle n'est pas : communauté sans chef, sans institution ni organisation, elle échappe à toute typologie. Pourtant, les règles, codes et rites imposés par un petit nombre « à la multitude des autres » ont, de tout temps, façonné les communautés humaines, de la famille à la nation, de l'entreprise aux religions. Une course à l'influence devenue planétaire. Après le temps de l'oligarchie économico-politique en Europe, où l'Angleterre de la révolution industrielle a su innover, est venu celui de « l'hégémonie américaine » avec la sacralisation de l'argent et de la richesse. Avec le réveil des pays émergents, désormais, le jeu se complique. Outre une population nombreuse, ces pays bénéficient de tous les acquis technologiques, scientifiques, organisationnels accumulés par les pays dits « avancés » ainsi que du formidable outil Internet. Et le « demi-million de super-riches » qui influe sur la conjoncture mondiale sera, « demain, un million ».Quand on sait que le double objectif de l'oligarchie, « survivre » et « étendre son domaine de pouvoir », la rend par construction « prédatrice », il y a de quoi s'interroger sur les réseaux serrés sur lesquels elle s'appuie. L'auteur distingue « quatre petits mondes » : des marchés autonomes, notamment le marché de l'art, pour les plus riches ; des institutions financières dont « le monde est devenu le terrain de chasse » ; des entreprises de l'économie « réelle » déterminées à détrôner les politiques ; des gouvernements « à la peine », leur compétence étant réduite aux relations internationales.Rassurons-nous... L'État bénéficiera longtemps de pouvoirs régaliens et le seuil de résistance à la volonté prédatrice des oligarchies existe. Certes, pour repousser l'« angoisse » de la révolte des « étourneaux », il est possible de jouer à la fois sur la peur et le rêve. Internet permet une surveillance accrue pour prévenir l'émergence de héros ou de mouvements contestataires. Reste que, la Tunisie et l'Égypte le prouvent encore aujourd'hui, les révoltes ne sont jamais prévisibles et Internet est à double tranchant. Même si de nouvelles oligarchies en émergeront peut-être. Un versant éclairant mais plus pessimiste sur le futur que celui, pourtant modestement optimiste, de Nicolas Tenzer.Françoise CrouïgneauLecture

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